Chronique

La fin souhaitée des distorsions de marché

La fin de l’imposition des tarifs sur l’acier et l’aluminium a été évidemment bien accueillie par les grands producteurs et exportateurs canadiens, mais ce sont les transformateurs de ces produits stratégiques, nos PME manufacturières, qui espèrent le plus que l’abolition des tarifs mette réellement fin aux distorsions de marché qui leur ont coûté cher au cours de la dernière année.

Il fallait bien un jour ou l’autre que Donald Trump lâche un peu de lest dans l’unique et obsessive politique commerciale qu’il pratique depuis son élection à la Maison-Blanche.

Pour redorer le lustre de la grande nation américaine, le milliardaire et improbable président a décidé qu’il fallait imposer des tarifs douaniers sur tous les produits qui entrent aux États-Unis, qu’ils constituent ou non une menace pour les produits fabriqués par les entreprises américaines.

Dans le cas des tarifs de 10 % sur les exportations canadiennes d’aluminium et de 25 % sur celles de nos aciéries, Trump a même pris comme prétexte que nos produits – et ceux du Mexique – représentaient une menace à la sécurité intérieure des États-Unis. Du grand n’importe quoi…

Et le pire de cet outrage à l’encontre de ses principaux partenaires commerciaux, c’est que Trump a décrété l’imposition de ces tarifs injustifiables au moment même où les trois pays renégociaient un nouvel accord de libre-échange.

Une semaine après avoir lancé une nouvelle offensive encore plus démesurée et dévastatrice que les précédentes contre les exportations chinoises, les conseillers économiques du président américain lui ont fait comprendre qu’il était temps de démontrer qu’il était capable d’autre chose que d’être seulement consumé par la mauvaise foi.

Le résultat de cette démonstration d’ouverture, c’est que les tarifs sur nos exportations d’aluminium et d’acier vont être abolis et que les droits punitifs équivalents que le Canada a imposés sur les exportations des mêmes matériaux américains vont l’être aussi.

On revient donc là où on était il y a tout juste moins d’un an, mais les choses ne reviendront pas à la normale pour autant puisque les effets disruptifs qu’ont induits les tarifs Trump dans le marché nord-américain vont perdurer pour un moment encore.

Des tarifs qui frappent !

Il y a un an, je vous ai présenté le cas de la société Tremcar, de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui fabrique les semi-remorques-citernes que l’on voit partout sur les routes. Ces citernes sont fabriquées à partir de plaques d’aluminium ou de feuilles d’acier inoxydable.

Dans les deux cas, Tremcar doit s’approvisionner aux États-Unis parce qu’il n’y a au Canada aucun moulin qui fabrique des feuilles d’acier inoxydable ni aucun transformateur d’aluminium qui produit des plaques d’aluminium.

Tremcar a été frappée par les droits punitifs de 10 % et de 25 % que le Canada a imposés aux exportations américaines en riposte aux tarifs Trump.

Heureusement, le gouvernement canadien a finalement décidé d’exempter de droits punitifs les feuilles d’acier inoxydable, mais Tremcar a dû payer les droits de 10 % sur ses plaques d’aluminium. Coût de la facture à ce jour : 700 000 $.

Il y a six mois, je vous ai exposé le cas de Novatech, le plus important fabricant québécois de portes et fenêtres en acier, qui a vu le prix de l’acier exploser de 38 % un mois seulement après l’imposition des tarifs américains.

Novatech a beau acheter tout son acier chez des producteurs québécois – Stelco et ArcelorMittal –, elle doit composer depuis bientôt un an avec des coûts de matières premières qui ont été gonflés par les tarifs américains.

« On paie notre acier au prix de l’indice de l’acier nord-américain. Or le prix a explosé un mois après l’annonce des tarifs. J’ai dû hausser mes prix trois fois durant l’année pour ne pas perdre toutes nos marges.

« Au bout du compte, le prix de nos produits a augmenté de 20 % depuis un an », tempête le PDG de Novatech, Harold Savard.

Novatech fournit tous les grands groupes de détail québécois et ces derniers sont obligés de refiler la hausse des coûts aux consommateurs.

Même situation chez le fabricant de portes de garage Garaga, qui s’approvisionne lui aussi exclusivement chez des producteurs d’acier canadiens. Pour compenser la hausse des prix de l’acier, Garaga a dû hausser de 12 % le prix de ses produits, m’a confirmé hier Martin Gendreau, copropriétaire de l’entreprise familiale.

Les dirigeants de ces deux PME très performantes ne se bercent pas d’illusions. Ils souhaitent bien sûr que la fin des tarifs marque le retour aux conditions de marché d’il y a un an, mais ils ne sont pas convaincus que les producteurs d’acier réduiront leurs prix aussi rapidement qu’ils les ont haussés.

Harold Savard résume très bien l’état d’esprit des entrepreneurs manufacturiers québécois au lendemain de l’épisode tarifaire que vient de leur faire vivre Donald Trump.

« Le marché est déjà tellement compliqué, dit-il. On doit composer avec tellement de variables, on n’a vraiment pas besoin de perturbations additionnelles qui viennent de l’extérieur comme celles que vient de nous faire subir Donald Trump. »

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