Boxe

Stevenson détrôné

Le règne d’Adonis Stevenson est terminé. Hier soir, à Québec, Oleksandr Gvozdyk a passé le knock-out au Québécois de 41 ans dans les dernières secondes du 11e round. Le champion a fini sa soirée à l’hôpital.

Sans dominer, Stevenson (29-2-1, 24 K.-O.) détenait une légère avance au pointage après 10 rounds – 98-92, 96-94 et 95-95 sur les cartes des trois juges. 

Mais après avoir bénéficié des câbles pour éviter une chute au plancher à la 10e reprise, l’Ukrainien de 31 ans (16-0, 13 K.-O.) a exercé beaucoup de pression pour terminer le round. Puis il en a remis une couche au 11e, enchaînant les combinaisons en mitraille. Au point que Stevenson ne levait plus ses mains et s’est finalement écroulé dans son coin du ring à 2 min 49 s de l’avant-dernier round. Il est d’ailleurs resté au sol de longues minutes, avant de se relever péniblement. Il a eu besoin d’être soutenu pour se rendre au vestiaire.

« Je suis allé parler du combat avec lui dans le vestiaire et il avait l’air correct. Je suis ensuite retourné près du ring pour voir le combat de Marie-Ève [Dicaire], puis on m’a appelé pour me dire que ça allait vraiment mal. Les médecins ont préféré ne pas prendre de risque et il est parti en ambulance », a expliqué le promoteur Yvon Michel, s’avouant « inquiet » pour son poulain.

« On m’a dit qu’il était confus en arrivant à l’hôpital, on soupçonne une commotion cérébrale. Il était sur le point de passer des scans », a poursuivi Michel, juste après la conférence de presse de Dicaire, tout juste sacrée nouvelle championne du monde IBF des 154 lb.

« Adonis avait livré un super combat dans les 10 premiers rounds, il est juste tombé fatigué au 11e. Cette performance me dit qu’il est encore au niveau de l’élite mondiale des poids mi-lourds, parce qu’à mon avis, Gvozdik est aussi bon ou même meilleur que Dmitry Bivol.

« On verra ce qu’il veut faire, mais on est extrêmement fier de ce combat, de sa carrière et de ses cinq années comme champion. Il a aidé la compagnie [Groupe Yvon Michel] à passer à travers des temps difficiles. Là, on a trois champions du monde, mais si Adonis n’avait pas été là, on ne serait plus là nous non plus », a souligné Michel.

Le nouveau roi

Dans le clan vainqueur, c’était bien sûr l’euphorie.

« J’attendais mon moment et je l’ai eu ! [Adonis Stevenson] remplit bien la distance et frappe fort, mais il n’est pas polyvalent. Je devais faire attention à sa puissance, c’est pourquoi je n’ai pas été si actif dans la première moitié du combat. Mais au 11e, j’avais encore de l’essence pour exploser. »

— Oleksandr Gvozdyk

Quelques minutes plus tôt, Stevenson avait quitté le Centre Vidéotron sur une civière, en ambulance, quand même près d’une heure après sa deuxième défaite en carrière professionnelle. 

Le roi Stevenson avait acquis sa couronne en juin 2013 et livrait une 10e défense de titre. Une victoire l’aurait hissé devant Lucian Bute à ce chapitre au sommet des boxeurs québécois devenus champions du monde dans l’histoire.

Dans un affrontement défensif axé sur la patience pendant les neuf premiers rounds, il n’était pas surprenant de voir Gvozdyk, un médaillé de bronze olympique, tabler sur la vitesse et la quantité de coups, tandis que Stevenson préparait son gros coup pour lequel le gaucher est célèbre. Gros coup qui n’est jamais venu. 

Quand les fenêtres se sont ouvertes au 10e, Stevenson pensait bien avoir Gvozdyk à sa merci, mais l’aspirant obligatoire revenait toujours avec une série rapide des deux mains qui ébranlait le champion et l’obligeait à se replier. 

Puis au 11e, il n’a plus été capable de se protéger pendant de trop longues secondes. Celui que l’on surnomme « Le Clou » était devenu le marteau et Stevenson s’est enfoncé jusqu’au tapis. Fin des émissions. 

Le nouveau champion des poids mi-lourds (175 lb) du World Boxing Council (WBC), qui s’entraîne maintenant en Californie sous l’égide du renommé entraîneur Teddy Atlas, fait dorénavant partie d’un trio ukrainien de champions du monde avec Vasyl Lomachenko et Oleksandr Usyk. Les deux champions olympiques de 2012 étaient d’ailleurs sur place pour encourager leur ami et compatriote. Le héros du jour a d’ailleurs remercié Atlas en premier. « C’était mon premier camp avec Teddy et sans toi, je n’y serais jamais arrivé. Merci aussi à sa femme, Elaine, pour la bonne nourriture qu’elle m’a préparée », a-t-il dit. « Tout le mérite revient à Oleksandr. C’est son talent et son intellect qui lui ont permis de vaincre le premier ou deuxième cogneur de la boxe actuelle, un gaucher en plus ! », a commenté Atlas.

Quant aux cartes des juges après 10 rounds, Atlas a qualifié de « criminel » le pointage de 98-92 présenté par le juge québécois Jack Woodburn. « Retirez-lui son permis ! Dieu merci, on n’a pas eu besoin des juges, mais ça démontre pourquoi un juge ne devrait jamais venir du même pays qu’un des deux boxeurs. Il ne peut pas être neutre », croit Atlas. 

Gvozdyk était le premier adversaire invaincu de Stevenson depuis 2006.

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