Bombardier Transport

L’idée d’une vente à Alstom plaît aux analystes

La perspective d’une vente de Bombardier Transport à Alstom plaît aux analystes financiers, qui se sont pour la plupart alignés au cours des derniers jours sur ce qui semble être la vision de la direction de l’entreprise québécoise.

« Bien que Bombardier ait amélioré ses liquidités de façon significative par le biais des récentes ventes d’actifs, son bilan reste encombré par une dette excessive qui nécessite d’autres gestes », a par exemple indiqué Steve Hansen, de la firme Raymond James, l’un des moins enthousiastes.

M. Hansen a du même coup relevé son cours cible pour l’action de Bombardier de 1,50 $ à 1,75 $. Elle a terminé la journée d’hier à 1,65 $, en baisse de 1,2 %.

Plus optimiste, Kevin Chiang, de CIBC, juge lui aussi que la vente d’une des deux divisions restantes chez Bombardier, plus spécifiquement la division Transport, serait intéressante, et relève surtout que l’entreprise se trouve dans une bien meilleure position de négociation qu’au moment où elle a cédé une part majoritaire de la C Series à Airbus.

« Bien que le niveau de sa dette soit encore élevé, elle dispose de suffisamment de liquidités pour affronter ses responsabilités pendant quelques années, écrit-il. Il ne s’agit pas d’un vendeur en détresse, ce qui devrait lui permettre de tirer une bonne valeur de ses ventes d’actifs. »

Bémol

L’analyste Dan Fong, de Veritas, met néanmoins un bémol sur l’avantage d’une vente de la division Transport, dans laquelle la Caisse de dépôt détient maintenant une participation de 32,5 %, dont le rendement garanti situe la valeur à environ 2,4 ou 2,5 milliards US, selon les calculs de différents analystes.

Comme la part de la Caisse devra être payée en premier, Bombardier doit espérer un prix de vente total avoisinant 7,7 milliards US pour mettre la main sur la pleine valeur de ses 67,5 %. La rumeur fait plutôt état d’une offre d’Alstom avoisinant 7 milliards, un prix que les analystes considèrent déjà comme assez élevé.

« Compte tenu du retour garanti de la Caisse, le bénéfice net d’une vente de [la division] Transport pourrait être moins intéressant pour les actionnaires que si l’entreprise corrigeait les problèmes de sa division ferroviaire par elle-même. »

— L’analyste Dan Fong, de Veritas

Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, croit quant à lui que peu importe laquelle des deux divisions est vendue, « cela mènera à une plus-value pour les actionnaires ». Il préférerait toutefois voir partir la division Aviation.

« Bien que la vente de [la division] Transport soit plus facile, nous continuons de croire qu’il serait plus judicieux d’être concentré dans ce secteur. »

Numéro un en Occident

La fusion de Bombardier Transport et d’Alstom, calcule Benoit Poirier de Desjardins, créerait une entreprise d’environ 18 milliards US de revenus. Ce serait encore loin derrière la chinoise CRRC et ses 34 milliards, mais bien devant celui qui deviendrait le deuxième acteur en importance en Occident, Siemens, à 10 milliards.

Des rapports venant de France jeudi indiquaient que la Caisse de dépôt, qui céderait ses actions de Bombardier Transport en échange d’actions d’Alstom, deviendrait de facto le plus important actionnaire de cette dernière, devant le groupe français Bouygues.

Isolée, la valeur de Bombardier Aviation pourrait croître rapidement. Selon les calculs de M. Poirier, la valeur de cette division au terme de la vente de Bombardier Transport ne représenterait que 4,4 fois son bénéfice d’exploitation de 2021, comparativement à 9 fois pour des entreprises comparables.

Conformité

Bombardier pourrait faire mieux, selon EDC

On peut faire mieux chez Bombardier en matière de conformité et d’éthique, selon un examen commandé par Exportation et développement Canada (EDC), dont les conclusions détaillées demeureront secrètes. La société d’État fédérale, qui agit en tant qu’agence de crédit pour les entreprises cherchant à faire des affaires à l’étranger, n’a toutefois pas été trop sévère à l’endroit du constructeur d’avions et de trains, estimant qu’il était sur la « bonne voie ». EDC a annoncé jeudi la conclusion de l’examen commandé au cabinet d’avocats McCarthy Tétrault, après la divulgation des résultats financiers de Bombardier. Le rapport annuel de la multinationale fait également état de la vérification qui s’était amorcée le 1er août. EDC avait commandé un examen externe dans la foulée des informations entourant un contrat de matériel ferroviaire de 340 millions miné par des accusations de corruption en Azerbaïdjan ayant été attribué à un consortium dirigé par Bombardier. L’agence fédérale n’était pas impliquée dans la transaction, mais n’en était pas moins préoccupée par les répercussions. Bombardier est actuellement sous la loupe de la Banque mondiale en lien avec cette affaire.

— La Presse canadienne

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