Affaire Wirecard

L’ Allemagne ébranlée par un scandale financier monstre

L’affaire rappelle le scandale Enron au début des années 2000, alors que le groupe d’énergie américain avait sombré après avoir maquillé ses comptes. La société allemande Wirecard, spécialisée dans les paiements en ligne, est accusée par l’auditeur de ses comptes, EY (Ernst & Young), de « fraude de grande envergure ». En tout, ce sont 1,9 milliard d’euros (2,9 milliards de dollars) qui ont disparu. Explications.

Comment fonctionne Wirecard ?

Installée depuis sa création en 1999 près de Munich, Wirecard garantit des règlements de transactions effectuées en ligne par des entreprises – compagnies aériennes, agences de voyages, pharmacies en ligne, etc. –, encaissant au passage une prime de risque. Que les consommateurs paient via un téléphone intelligent, une carte de débit ou un compte PayPal, Wirecard est derrière pour assurer à ces commerçants qu’ils vont être payés. La firme revendique à ce jour plus de 300 000 entreprises clientes dans le monde et des accords passés avec les géants chinois du paiement mobile Alipay et WeChat, après ceux avec Apple et Google. Des clients ont néanmoins commencé à déserter la société ces derniers jours.

Des débuts sulfureux

À ses débuts, la firme a répondu aux besoins de sites de jeux d’argent ou de films pornographiques. Une activité saluée alors par les analystes financiers pour son caractère stable. C’est aussi à cette époque que Markus Braun, alors patron de Wirecard, va investir pour devenir le premier actionnaire du groupe avec 7 % du capital. Inculpé en début de semaine, il a été libéré sous caution de 5 millions d’euros et a vendu un paquet d’actions, sa participation redescendant sous les 3 %.

Bourse : de l’ascension fulgurante à la chute

L’essor de Wirecard a coïncidé avec le déclin des banques traditionnelles, Deutsche Bank en premier lieu, distancées par la concurrence étrangère depuis la crise financière de 2008. Quand Wirecard parvient à se hisser en septembre 2018 dans l’indice vedette Dax, à un cours proche de 180 euros, elle évince le dinosaure Commerzbank. Début 2019, Wirecard affiche encore une capitalisation boursière de 17 milliards d’euros, comparable à celle de Deutsche Bank, mais avec 15 fois moins de salariés et de chiffre d’affaires. Le vent commence toutefois à tourner en janvier 2019 après des révélations du Financial Times sur des malversations comptables en Asie. Le groupe a fini lundi par reconnaître suspecter une gigantesque fraude : 1,9 milliard d’euros figurant dans ses comptes se sont évaporés. Le cours en Bourse s’est effondré, ramenant en une semaine la valeur boursière de l’entreprise à environ 320 millions d’euros.

Un acteur peu surveillé

Le scandale Wirecard est « une honte », s’est offusqué lundi Felix Hufeld, président du gendarme financier en Allemagne (Bafin), qui n’avait d’œil que pour la filiale bancaire de Wirecard, loin d’être la plus importante du groupe. L’affaire met ainsi en lumière les lacunes de la supervision de ce type de sociétés en premier lieu technologiques. Wirecard fait partie des « PSP » (pour payment service provider), auxquels deux directives européennes ont été consacrées depuis 2008. Ces textes obligent les PSP à mieux lutter contre la fraude dans les paiements en ligne, mais ne prévoient rien sur la fraude d’ordre comptable, qui se situe au cœur de la présente affaire.

Le mystère philippin

Un homme clé pourrait éclaircir le mystère de ce thriller financier : l’avocat d’affaires Mark Tolentino, présenté par la presse allemande comme celui qui opérait en tant qu’agent fiduciaire pour le compte de Wirecard, au sein du centre financier philippin de Makati City. Le juriste s’est dit mardi victime d’une usurpation d’identité, les sommes déposées dans les comptes qu’il avait ouverts étant « juste suffisantes pour acheter un iPhone ». Selon le ministre de la Justice des Philippines, Menardo Guevarra, il n’est pas certain que Wirecard ait mené des opérations dans ce pays. La justice va toutefois ouvrir une enquête contre des personnes soupçonnées d’avoir trempé dans l’affaire, a-t-il dit mercredi, y compris contre un ancien directeur du groupe, Jan Marsalek, qui pourrait, selon lui, se trouver sur le sol philippin.

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