Secteur minier

Québec prêt à secourir Stornoway, à ses conditions

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a gardé la porte ouverte à une opération de sauvetage de la mine de diamants dans laquelle Québec et la Caisse de dépôt ont investi ensemble un demi-milliard. « Je vais investir si les conditions sont gagnantes », a dit le ministre hier. « Il y a de nouveaux membres du conseil d’administration. Il y a des discussions internes avec Ressources Québec, filiale d’Investissement Québec, sur une base quotidienne. La Caisse de dépôt est aussi au dossier. On regarde à mettre les conditions en place, parce que c’est une opération qui pourrait un jour être profitable. Il n’y a rien d’insurmontable. » Stornoway a annoncé au début de la semaine l’arrêt de l’exploitation d’un gisement à ciel ouvert, comptant pour 7 % de la production totale de la mine. Elle continue d’exploiter deux gisements en souterrain. 

— André Dubuc, La Presse

CHRONIQUE

Le lustre terni des diamants de Stornoway

Les inquiétudes entourant la viabilité financière à court terme de la mine de diamants Renard, exploitée par la société minière Stornoway Diamond, sont loin de s’apaiser alors que le gouvernement québécois sera visiblement appelé à réinjecter des fonds dans le projet qui a déjà englouti plus de 1 milliard d’investissements publics et privés.

Investissement Québec (IQ), qui est déjà le plus important actionnaire de Stornoway Diamond, devra remettre la main dans sa poche pour assurer la poursuite des opérations à la mine Renard, située à 350 km au nord de Chibougamau, qui sont fortement déficitaires.

Au cours de son dernier exercice financier, Stornoway a enregistré des pertes de 329 millions. L’entreprise a dû réaliser un financement d’urgence de 130 millions l’automne dernier, auquel IQ, la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ ont participé.

Il est toutefois clair que la société minière devra prochainement avoir recours à de nouveaux capitaux pour poursuivre le développement de ses opérations et le ministre du Développement économique Pierre Fitzgibbon a indiqué qu’il n’entendait pas laisser tomber Stornoway. 

Le ministre Fitzgibbon a précisé toutefois qu’un nouveau sauvetage financier allait implicitement commander un retournement de situation.

Est-ce qu’il faut condamner l’utilisation des fonds publics québécois qui a été faite dans l’aventure Stornoway ? Est-ce qu’on est en train de reproduire une nouvelle Gaspésia ?

Rappelons qu’au début des années 2000, la Société générale de financement et le Fonds de solidarité avaient racheté l’usine d’Abitibi-Consolidated à Chandler, qui venait d’être fermée, pour la rénover à grands frais sans jamais être en mesure de l’exploiter par la suite.

Je ne pense pas que les deux dossiers puissent se comparer.

L’intervention du gouvernement québécois dans le projet de développement d’une mine de diamants était au départ pleinement justifiée.

D’abord parce que c’est une société d’État, la Société québécoise d’exploration minière (SOQEM), qui avait été à l’origine de la découverte d’un gisement de diamants potentiellement exploitable à la suite de travaux d’exploration entrepris avec la société minière Ashton, en 1996.

La SOQEM, qui s’est transformée depuis en Ressources Québec, s’est associée en 2006 avec la société Stornoway, qui a racheté la participation de 50 % qu’Ashton Mining détenait dans la mine Renard.

Ressources Québec a injecté 180 millions dans de nouvelles actions de Stornoway lorsque la société minière a réalisé, en 2014, son financement de 1 milliard pour lancer l’exploitation de la première mine de diamants à voir le jour au Québec. IQ a aussi accordé un prêt de 140 millions à Stornoway dans la foulée de ce même financement de 1 milliard.

Un beau projet sur papier

L’implication du gouvernement québécois était nécessaire pour cimenter ce premier financement. Le fonds américain Orion Mine Finance a pour sa part injecté 400 millions alors que la Caisse de dépôt a investi 105 millions.

Tout cet argent a été amassé alors que le prix des diamants de joaillerie sur une base commerciale était de 190 $US le carat.

Il y a quatre ans, Patrick Godin, le PDG de Stornoway, m’expliquait qu’il était rare qu’un financement d’un milliard dans le secteur minier profite d’une conjoncture aussi favorable que celle que vivait Stornoway avec sa proposition diamantaire.

« J’ai travaillé longtemps dans le secteur de l’or. On préparait un projet d’investissement de 400 $US l’once et lorsqu’on amorçait nos travaux, le prix était rendu à 300 $US.

« Le secteur du diamant est nettement moins spéculatif. Les prix évoluent de façon ordonnée et la demande va excéder l’offre au cours des 10 prochaines années », m’avait expliqué le PDG.

Il y a quatre ans, on prévoyait que les prix du diamant allaient continuer d’augmenter, portés par les marchés en forte de croissance de la Chine et de l’Inde. Mais cette prévision ne s’est pas avérée. Pire, les prix se sont mis à se contracter alors que l’offre s’est mise à excéder la demande.

L’entrée en production de deux nouvelles mines de diamants et une amélioration de la production ont fait chuter les prix à 85 $ le carat, ce qui est nettement inférieur aux prévisions de Stornoway.

On ne prévoit pas de raffermissement des prix avant 2020, lorsque le plus gros producteur de petits diamants au monde, la mine Argyle, exploitée par Rio Tinto en Australie, qui est responsable de 10 % du tonnage mondial, va cesser sa production.

D’ici là, Stornoway va être forcée de continuer à manger son pain noir et va nécessairement devoir solliciter de nouveaux capitaux pour poursuivre ses opérations.

L’entreprise a réduit ses coûts de production en cessant d’exploiter son site à ciel ouvert où elle a accumulé du tonnage pour lui permettre de réaliser une année de raffinage tout en poursuivant l’exploitation de sa mine souterraine.

Les diamants de Stornoway ont perdu de leur lustre, mais espérons que les conditions du marché lui permettent de le retrouver le plus tôt possible. À titre d’actionnaires importants de l’entreprise, c’est le souhait de tous les Québécois.

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