droit au retour des citoyens occidentaux partis en syrie

La dignité humaine pour tous

Alors qu’on lui demandait dans une entrevue pourquoi il avait consacré sa carrière d’avocat à défendre des individus ayant commis des crimes de guerre et des actes terroristes, Jacques Vergès avait simplement répondu : « C’est très facile d’être humaniste avec un bébé. » 

Pour ce célèbre avocat, il faut voir l’humain derrière ce que d’autres appellent le monstre et surtout, il ne faut pas laisser l’atrocité des crimes d’un individu le priver de sa dignité humaine.

De toute évidence, Maggie de Block, ministre belge responsable de l’Asile et de la Migration, ne partage pas cette vision de la justice. En effet, à la fin décembre, un tribunal de la Belgique a rendu une décision forçant l’État à rapatrier deux de ses citoyennes, soit Tatiana Wielandt et Bouchra Abouallal, ainsi que leurs six enfants, actuellement coincés dans un camp de réfugiés en Syrie. La ministre belge a choisi de porter cette décision en appel.

La raison ?

Ces femmes, cinq ans auparavant, ont quitté la Belgique avec leur époux afin de rejoindre les rangs du groupe État islamique. Pour Maggie de Block, « les femmes de l’État islamique ne méritent pas notre empathie » et il « n’y a pas de place pour elles » dans la société belge. Ainsi, bien qu’elle accepte d’accueillir les enfants, elle refuse qu’ils soient accompagnés des mères.

Un appel aux allures d’exécution

Il faut savoir que les deux femmes ont déjà été condamnées à cinq ans de prison. Il est entendu qu’une fois qu’elles seront sur le territoire belge, elles devront purger leur peine. En refusant de les rapatrier, la ministre belge choisit de se substituer à la justice et de condamner à mort les deux mères.

En effet, une équipe soignante a clairement fait valoir l’état de détresse physique et psychologique des deux familles, état directement lié aux conditions de vie inhumaines des camps de réfugiés. Ainsi, empêcher le rapatriement de ces femmes revient à les condamner à une agonie plus longue, mais dont la conclusion est non moins certaine que la chaise électrique.

Pour être capable de prendre une telle décision, il faut avoir complètement déshumanisé les femmes qui en seront victimes. Il faut être totalement aveuglé par la monstruosité de leurs actes. Il faut avoir cédé à des passions vengeresses.

La fin des exils

Ce problème n’est pas exclusif à la Belgique. Dans les dernières années, plusieurs milliers de citoyens occidentaux ont quitté leur pays pour rejoindre les rangs du groupe État islamique. Plus récemment, avec l’effondrement du califat, beaucoup de ces individus, pour une raison ou une autre, choisissent de rentrer au bercail.

Pour les États occidentaux, ces retours représentent évidemment un problème complexe pour la sécurité nationale. Toutefois, il s’agit surtout d’un enjeu qui nous force à nous questionner collectivement sur notre vision de la justice, sur ses fondements.

En rejoignant les rangs du groupe État islamique, ces individus ont tourné le dos à leur communauté au nom d’un idéal incompatible avec nos sociétés. Ces hommes et ces femmes ont probablement commis des atrocités. Malgré tout, ils et elles demeurent des humains, capables de regrets et de repentance : certains des meilleurs programmes de déradicalisation sont d’ailleurs offerts par des gens qui ont autrefois épousé l’extrémisme violent.

Doit-on emprisonner jusqu’à la fin de leurs jours tous ceux et celles qui ont rejoint les rangs du groupe État islamique ? Leur imposer une vie de misère et de souffrance pour les punir de leurs crimes ? Rappelons-nous simplement que la façon dont nous traiterons ces gens en dira moins sur eux ou sur leurs crimes qu’elle n’en dira sur nous et sur notre capacité à faire preuve d’humanité en tant que collectivité.

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