Bernard Landry 1937-2018

La passion du Québec

Même si nous savions tous qu’il était très malade, le décès de Bernard Landry me touche profondément. Si nos vies se sont croisées et recroisées si souvent, c’est parce que nous avons toujours partagé les mêmes idéaux.

Je veux lui rendre un hommage qu’il a bien mérité, lui un homme d’une totale intégrité et d’une fidélité absolue envers le Québec, sa seule patrie.

La ligne de sa vie a été marquée par un souci constant pour notre développement économique. Conseiller de M. Lévesque lors de la nationalisation de l’électricité, il a rejoint le Parti québécois dès sa fondation. Devenu ministre, c’est à lui qu’on doit « Bâtir le Québec », la première politique économique globale du gouvernement québécois.

Polyglotte et ouvert sur le monde, il n’a jamais hésité à s’aventurer dans les voies nouvelles. 

Si Montréal est un leader du multimédia et de l’intelligence artificielle, c’est grâce à sa volonté d’associer le Québec aux créateurs de la nouvelle économie. Beaucoup lui disaient que le risque était grand, trop grand. Il répondait que nous étions capables de réussir, qu’il fallait plonger dans l’avenir.

Je suis certaine que tous les jeunes, tous les créateurs qui animent ce monde nouveau sont heureux que le Québec ait osé se lancer sur les chemins de l’innovation.

Bernard n’a jamais manqué un rendez-vous pour que l’économie du Québec s’ouvre au monde et que nous participions à fond au commerce international. Il a toujours cru que, pour le Québec, rien n’était trop grand, rien n’était impossible.

L’ouverture sur le monde de Bernard Landry s’est manifestée d’une façon bien singulière. Brillant orateur, il n’a jamais renoncé à transmettre son savoir aux jeunes générations. Ce pédagogue infatigable, durant de nombreuses années, a enseigné les sciences économiques à des étudiants mexicains. Tout au long de sa vie, son désir de transmettre son savoir est demeuré intact. 

Les étudiants qui ont eu la chance de suivre ses cours buvaient ses paroles. Souvent, il gardait un contact avec  les plus motivés d’entre eux.

Dans mes souvenirs, il y a aussi le collègue humaniste qui a proposé à nos compatriotes amérindiens « la Paix des braves ». Encore aujourd’hui, ce geste demeure la clef de voûte essentielle pour construire un pont entre le Québec et les peuples autochtones. Je suis profondément convaincue que ce geste est celui qu’il aimerait que nous gardions en mémoire quand nous pensons à son héritage.

Bernard Landry était un brave. Il nous quitte sans que son plus grand rêve, la souveraineté du Québec, soit réalisé. Il nous dirait sans doute que cela arrivera un jour et de ne pas désespérer. Il dirait cela parce qu’il est toujours respecté des militants, qu’il a toujours été l’un d’entre eux. Il dirait cela parce qu’il a toujours été un patriote et que la passion du Québec ne l’a jamais quitté.

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