Chronique

Tuer un personnage n’est plus un crime

Il a été question, environ aux deux tiers de son parcours carcéral, que le personnage pivot de Marie Lamontagne disparaisse d’Unité 9.

Souvenez-vous. La pauvre Marie (Guylaine Tremblay) traversait une passe hargneuse dans le populaire téléroman de Radio-Canada. C’était au printemps 2016 et les téléspectateurs commençaient à la prendre en grippe.

Les deux enfants de Marie Lamontagne avaient péri dans un accident d’automobile. Sa sœur-fille Lucie (Émilie Bibeau) refusait de lui adresser la parole. Et Marie soupçonnait encore son ancien amoureux Benoit (Patrice L’Ecuyer) d’avoir couché avec sa fille Léa (Frédérique Dufort).

Isolée, notre Marie Lamontagne broyait du noir et explosait de colère à presque tous les dénombrements. À la fin de la saison 2015-2016, Marie s’est pendue avec la ceinture de son célèbre trench beige. C’est à cet instant précis que nous avons failli ne plus revoir vivante l’ancienne présidente du comité des détenues de Lietteville.

Pour diverses raisons, Marie a survécu à sa tentative de suicide et a filé jusqu’au dernier épisode, diffusé en mars 2019. Mais aurait-ce été si grave que Marie Lamontagne disparaisse d’Unité 9 ? Il y a 10 ans, oui. Aujourd’hui, pas du tout. Même que les téléspectateurs s’attendent à ce type de revirement (bonjour les massacres dans Game of Thrones).

Oui, la mort de Nadine Legrand (Magalie Lépine-Blondeau) a ébranlé les fans de District 31, qui n’ont pas pour autant boycotté leur feuilleton favori. À sa quatrième saison, District 31 caracole toujours en tête des sondages d’écoute.

Si vous suivez la prenante télésérie Wentworth, l’équivalent australien d’Unité 9, vous savez qu’il ne faut jamais, mais ne jamais s’attacher aux détenues, même si elles occupent des rôles de premier plan.

J’adore Wentworth, dont la septième saison a été mise en ligne en français (sous-titré) sur l’Extra de Tou.tv et en anglais sur Netflix. C’est tellement meilleur qu’Orange Is the New Black.

Sans rien divulgâcher pour les lecteurs vierges de Wentworth, mettons que ses créateurs encouragent fortement le roulement des habitantes de cette prison violente. Aucune femme n’y est à l’abri d’un coup de couteau artisanal dans les douches ou d’une mauvaise « batch » d’héroïne.

Dans Wentworth, les criminelles portent un uniforme de couleur bleu sarcelle et ne vivent pas dans des maisonnettes à la Unité 9. On y sent davantage l’oppression que ce milieu dur exerce sur les détenues.

Et ça brasse dans chacun des épisodes, tricotés autour du thème central de la série : le pouvoir. Qui contrôle le trafic de drogue et qui manipule la presse à vapeur dans la buanderie, un poste clé dans la hiérarchie carcérale.

Wentworth, c’est sombre, intense et graveleux. Des émeutes éclatent, des bombes se fabriquent et des raclées se donnent dans la cour intérieure. Et plusieurs gardiens corrompus ferment les yeux sur tout ce qui se trame une fois les lumières éteintes.

Autre point fort de Wentworth : la diversité de sa distribution. Les prisonnières y ressemblent à des prisonnières – et non à des actrices déguisées en prisonnières – avec leurs cheveux sales, leur acné, leur embonpoint ou leur maigreur, leurs origines ethniques variées, leurs cicatrices et leurs vêtements défraîchis. Vraiment, c’est excellent.

Maudite Providence !

Je regardais L’échappée lundi soir et je ne pouvais m’empêcher de sacrer après le couple de sautés que forment les ultrareligieux Françoise Chaput (Emmanuelle Lussier-Martinez) et Gérard Chaput (Alex Bisping).

Non mais, quels illuminés ces deux-là. On se souviendra que Françoise et Gérard ont marié de force leur fille mineure Rosalie (Milya Corbeil-Gauvreau) à un homme de 20 ans son aîné. On se souviendra qu’ils ont provoqué l’accouchement de Rosalie avec des aiguilles à tricoter, tout en lui administrant un puissant produit vétérinaire destiné aux… juments. Voyons donc !

Comment ces parents indignes, membres d’une secte bizarre, peuvent-ils encore maintenir des contacts avec Rosalie ou sa jeune sœur ? La DPJ n’a pas le goût d’intervenir, genre hier ?

L’obsession des Chaput pour les expressions « Providence », « mettre une fille grosse » et « cadeau des cieux » m’exaspère. Hey, votre Rosalie a failli mourir en accouchant, leur dit le médecin. Bah, c’est la Providence qui décide, répondent-ils en chœur. Viens, on va aller prier.

Honnêtement, le volet de la grossesse de Rosalie a déboulé trop rapidement. On pensait tous que Rosalie, qui n’avait pas de bedaine apparente, était enceinte de deux ou trois mois, gros max. Puis, dans l’épisode suivant, Rosalie mettait au monde un gros bébé joufflu, pas du tout prématuré. Clairement, c’est un cadeau des cieux de la Providence. Viens, on va aller prier.

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