Pointe d’humour

Combattre novembre

Hiii là là, mes amis, j’en ai braillé une shot ces temps-ci. Novembre. Ark. Y’a à peu près juste Louis-José Houde qui est assez parfait pour préférer novembre. Je comprends le titre de son spectacle, moi aussi, je préfère le lent. Ce qui ne fait pas de bruit. L’inutile. Le futile. Tout ce qui nous slacke patience. Comme novembre. Ce mois squeezé entre l’Halloween et le jour de l’An et qui ne requiert aucune turlutte ni aucun chapeau de fête. Mais dernièrement, il semblerait qu’il fasse trop sombre pour préférer novembre. La planète va trop mal. Les océans montent trop vite, et le fascisme aussi. La peur est partout. L’inquiétude.

Mon inquiétude grandit et je regarde mes trois enfants et bien sûr qu’il y a des matins où je me demande si j’aurais pas dû les laisser dans les étoiles. Les protéger en ne les faisant jamais naître.

Mais ç’aurait été se résigner. Faire perdre la beauté. Ne plus se battre au nom de ce qui a du sens. Et j’en suis incapable. Je suis peut-être une éternelle optimiste ou bien j’ai l’ego qui me dit qu’il est plus courageux d’être heureux. De choisir le bonheur malgré tout. Car bien sûr que tout va mal. Bien sûr que l’on est inondé chaque jour d’un torrent de mauvaises nouvelles, de gens qui pognent des maladies, de monde qui part en burnout, d’inconnus qui s’insultent sur l’internet… On vit dans le chaos.

Mais après tu regardes dehors et tu te dis : on vit-tu dans le chaos tant que ça ? Me semble que les feuilles jaunes dans ma cour ont l’air de se foutre de Donald Trump. Me semble que ça va peut-être pas si mal que ça.

Me semble qu’il y a beaucoup de gens bien gentils et bien normaux et que le bordel est amplifié par les médias sociaux, le cycle incessant des nouvelles et notre (ma) dépendance fulgurante aux écrans. Au virtuel. Me semble qu’on est rendus tellement loin dans notre connexion au virtuel qu’on en oublie le réel.

L'été dernier, je suis allée dans un chalet où y’avait pas d’eau et pas d’électricité. Niveau de confort : chier dans un seau. On était dans le bois. Sur le bord d’un lac. Un grand lac. Un grand lac calme. Dans la forêt où y’avait à peu près juste des huards pour nous tenir compagnie. Y’avait rien. À part les milliards de nuances de vert que la nature peut t’offrir quand tu t’y attardes et qui te donnent envie de te faire une permanente et de te mettre à peindre comme un Bob Ross en délire.

Y’avait rien. Juste la certitude que ce paysage était là depuis des millénaires. Juste la certitude que la nature est plus forte que nous et la certitude qu’au fond, fond, fond de nous, quand tout le bruit s’arrête, y’a ça. Ce calme. Ce grand calme pénétrant qui nous unit tous et chuchote : arrête de capoter, arrête. On est là. C’est là. Y’a rien, y’a juste ça. Cette vie. Dans laquelle tu es, pis au fond, tu es vraiment mieux que tu crois. T’as pas besoin de réfléchir à la moitié des trucs qui entrent dans ta tête. T’as pas besoin de contrôler pratiquement 100 % des trucs qui t’inquiètent.

Pis c’est pas un « on va tous mourir, à quoi bon ? », c’est un chill out. Ça va bien aller. Y’a bien des trucs auxquels tu penses qui sont pas importants. Qui, au jour de la mort, t’apparaîtront comme des vétilles. Alors si tu veux combattre novembre, sors. Mets tes souliers pis va voir comme les arbres sont forts. Va te rappeler comme ils sont là, pratiquement souriants et à quel point ils sont habitués à juste laisser passer novembre.

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