survie du géant chinois ZTE

Trump dit travailler à une solution avec Pékin

Alors que la survie du géant chinois des télécoms ZTE est menacée par une sanction américaine, Donald Trump a semblé donner des signes d’ouverture, hier, en assurant travailler à une solution avec son homologue chinois Xi Jinping.

« Le président chinois Xi et moi travaillons ensemble pour donner à […] ZTE un moyen de reprendre ses activités, vite. Trop d’emplois perdus en Chine. Le département [américain] du Commerce a reçu l’ordre d’y parvenir ! », a tweeté le président américain.

Mercredi, le géant chinois – qui a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 108 milliards de yuans (16,7 milliards de dollars) – avait annoncé que « les principales activités du groupe [avaient] cessé » à la suite de la décision américaine, qui met en danger sa survie même.

Il avait aussi précisé poursuivre « activement » les communications avec l’administration américaine pour « faciliter la modification ou l’annulation » de la sanction.

Washington accuse l’entreprise d’avoir violé ses engagements sur des embargos commerciaux et a décidé à la mi-avril d’interdire, pendant sept ans, l’exportation de composants électroniques américains destinés à ZTE, comme les microprocesseurs indispensables à ses téléphones intelligents.

Pékin avait émis des « protestations solennelles » sur ce dossier, qu’il a érigé en priorité dans les négociations commerciales en cours entre les deux pays.

Guerre technologique

L’affaire envenime encore un peu plus les différends commerciaux entre Washington et Pékin, alors que plane le spectre d’une guerre commerciale, avec la menace de droits de douane américains punitifs qui pourraient être mis en place le 22 mai.

Fer de lance du développement des infrastructures 5G (internet mobile ultrarapide) en Chine, ZTE, qui compte plus de 74 000 employés, est très dépendant de composants électroniques achetés aux États-Unis pour ses réseaux de télécoms à fibre optique.

Outre les microprocesseurs, produits par des firmes américaines comme Intel ou Qualcomm, ZTE utilise aussi le système d’exploitation Android (Google) pour ses téléphones intelligents.

En montrant qu’il peut mettre à terre le colosse ZTE, Washington a fait une démonstration de force qui pourrait lui être utile dans ses négociations commerciales avec Pékin.

L’exemple de ZTE est aussi devenu emblématique de la bataille technologique entre les deux puissances mondiales.

La Chine, qui importe par exemple 80 % de ses microprocesseurs, met au point ses propres composants pour assurer son indépendance en la matière, ce qui inquiète les États-Unis, qui veulent empêcher Pékin de dominer le marché des infrastructures 5G, considéré comme hautement stratégique.

Soupçons d’espionnage

Les États-Unis dénoncent notamment les subventions massives de l’État chinois aux secteurs stratégiques et les transferts de propriété intellectuelle imposés aux firmes étrangères. Pékin est aussi soupçonné par les Américains de chercher à dominer le secteur des infrastructures 5G à des fins d’espionnage.

Les autorités américaines ont d’ailleurs déjà interdit à l’armée et aux fonctionnaires civils d’utiliser les téléphones de ZTE et d’un autre groupe de télécoms chinois, Huawei, lui aussi très actif dans la 5G et également dans le viseur de Washington.

En mars, les États-Unis ont bloqué le rachat du fabricant américain de microprocesseurs Qualcomm par un concurrent alors établi à Singapour, pour des raisons de « sécurité nationale », au motif que cela aurait pu par ricochets aider Huawei à dominer la 5G.

Selon les experts en technologies, comme le secteur est mené par la Chine et les États-Unis, dont les entreprises sont dépendantes les unes des autres, un conflit est potentiellement très dommageable.

« Cela va perturber les chaînes d’approvisionnement, cela va toucher beaucoup d’entreprises de façons diverses », selon un haut cadre du secteur technologique qui a souhaité garder l’anonymat.

« Personne ne panique encore, mais les gens sont nerveux, et observent », ajoute-t-il.

Pour James Lewis, spécialiste du secteur pour le Centre d’études stratégiques et internationales, un groupe de réflexion établi à Washington, les inquiétudes américaines sur le fait de voir Huawei dominer la technologie 5G sont justifiées.

« Huawei cherche à devenir le premier groupe de télécoms mondial », souligne M. Lewis, qui rappelle que Washington le considère comme le bras armé technologique de Pékin, ce que le groupe, qui travaille dans 170 pays, nie vigoureusement.

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