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Tempête attendue, catastrophe évitée

Les autorités attendaient de pied ferme la tempête qui s’est abattue hier sur tout le sud du Québec. Le pire a été évité puisqu’aucun incident mortel n’a été rapporté, mais l’épais manteau de neige a tout de même chambardé la vie de centaines de milliers de personnes. Retour sur la journée. 

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Montréal sous la neige

Choyée par la tempête, la métropole a reçu une quarantaine de centimètres de neige. Nos photographes ont parcouru la ville enneigée.  

— Avec Pierre-André Normandin et Marie-Eve Morasse, La Presse

Billet

Silence, on neige

Après la neige, c’est le silence qui tombe sur la ville, et dans la même proportion.

On se promène à pas feutrés dans des rues qui ont l’air d’un dimanche, mais d’un très vieux dimanche, dans le temps où tout allait moins vite. Les rares voitures changent de personnalité. Elles font leur stop. Elles hésitent. On dirait qu’elles chuchotent, comme pour ne pas rompre l’atmosphère, comme on développe un bonbon très lentement pour ne pas se faire entendre.

Mais peut-être qu’elles n’avaient juste pas de freins.

Je n’ai pas pu résister au mont Royal. Des enfants s’approchaient avec un « crazy carpet » roulé sous le bras, comme s’ils allaient au boulot. Ça discutait technique de glisse et vitesse maximale et qualité de la neige.

À peine 500 mètres passé les glisseurs, sur le chemin Olmsted, j’ai entendu une série de « toc » lourds, espacés, retentir au-dessus de ma tête. Il n’y a qu’un grand pic pour produire ce son grave avec son bec. Voir cette bestiole superbe en pleine ville, quand même, c’est une grande joie pas cher payée.

Il faisait voler sur la neige de gros copeaux à la recherche de quelque minuscule insecte. Dodu comme il était, la récolte doit être bonne. Il nous a laissé tout le temps de l’observer, ce qui réjouissait les passants. Mais au bout d’un moment, cet abus de disponibilité lui enlevait ce côté furtif et mystérieux qui en fait le prestige. Sous prétexte d’urbanité, faudrait quand même pas devenir une dinde grimpante.

Je suis redescendu vers l’avenue du Parc. J’ai emprunté la piste cyclable qui borde le parc Jeanne-Mance, magnifiquement déneigée. Ferrandez ! Ferrandez ! Ferrandez ! J’ai crié ton nom et chanté tes louanges. Avec les amis coureurs, quand on débouche sur la piste de la rue Clark, sur celle de Saint-Vallier, sur Rachel même, je lève ma cagoule au maire éternel du Plateau, même si ce n’est pas son quartier. Quand je vois l’ébène de l’asphalte de la piste cyclable à côté d’une rue et de trottoirs jonchés de blocs de glace, d’ornières, de nids-de-poule gros comme des trous de grands pics au milieu de la sloche, et que nous courons peinards sur une piste si bien entretenue, je crie : Ferrandez !

Le plus beau de l’affaire, c’est qu’elles sont peu cyclées, ces pistes cyclables.

C’était le matin et ceux qui devaient travailler pour vrai n’étaient plus là depuis longtemps. Ne restaient que des écoliers, des skieurs de rue et des parents en salopette. Ceux qui déneigeaient leur voiture à cette heure-là n’avaient plus la rage du travailleur exaspéré. Tu voyais à la lenteur qu’ils y mettaient qu’ils iraient vaquer à un truc agréable et pas du tout rémunérateur. Souvent, un chien les regardait faire en mangeant une balle de neige envoyée par son maître, biscuit froid et décevant, mais dont ils ne se tannent jamais, les nonos.

Dans cet état de déneigement rudimentaire, la glace qui enserre toute la ville était rendue presque hors d’état de nuire. La neige avait comme caoutchouté le bitume pour un temps. On n’avançait pas vite, mais on ne chavirait pas.

Déjà aujourd’hui, tout aura bruni.

Mais hier, la montagne immaculée, l’écorce des arbres plaquée de neige, les trottoirs devenus de petits sentiers forestiers, les bulles blanches le long des rues avec des autos en dessous, tout ça n’était pas sans charme.

Et ce silence un peu partout…

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Le calme de la tempête

Est-ce que la neige engendre le silence ? Petit survol des phénomènes sonores créés par cet épais manteau blanc. Entrevue avec Luc Lafontaine, directeur général de l’école Musitechnic et spécialiste en ingénierie sonore.

Pourquoi a-t-on l’impression que la neige provoque le silence ?

L.L. : Bien sûr, il y a une diminution des bruits dans l’environnement immédiat, moins de moteurs, de passants, mais la neige absorbe aussi le son. Lorsque la neige est légère, qu’elle n’a pas été tapée, elle agit comme un absorbeur naturel. Lors de l’absorption, il y a une transformation de l’énergie acoustique en chaleur. Ce n’est pas nécessairement perceptible dans notre cas, mais c’est mesurable.

Donc à l’inverse, une neige dure et bien compacte amplifierait les sons ?

L.L. : Oui. Si, par exemple, demain il fait plus chaud et que finalement ça gèle à nouveau, on observera des phénomènes complètement différents : de la diffusion et de la réflexion. Plus une surface est dense, moins elle absorbe d’énergie et plus elle la repousse. Une neige folle absorbe le son, à l’inverse de la glace qui le repousse.

Une surface dure et lisse, comme l’asphalte, renvoie un signal direct et fait rebondir le son, elle crée un écho. Une surface plus irrégulière, comme un mur de brique, va réverbérer le son et le diffuser en le divisant. Il y aura alors, par exemple, 20 signaux, mais chacun sera moins fort.

Est-ce que les flocons de neige qui tombent modifient les sons ?

L.L. : Les sons sont des signaux, des ondes dans l’air. Si un signal rencontre une résistance, dans ce cas-ci un flocon de neige, il sera modifié et perdra de sa force.

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