CRITIQUE

Ça vaut son pesant de kitsch !

Comédie
Eurovision Song Contest : The Story of Fire Saga
David Dobkin
Avec Will Ferrell, Rachel McAdams, Dan Stevens.
2 h 
* * *1/2

Si vous faites un croisement entre des films construits autour de gens dont les talents sont en apparences trop limités pour atteindre les plus hauts niveaux (The Full Monty, Le grand bain, Les crevettes pailletées) et l’outrance d’une comédie comme Blades of Glory, vous obtiendrez probablement quelque chose comme Eurovision Song Contest : The Story of Fire Saga.

Si, de surcroît, vous êtes fan de Will Ferrell quand il se « lâche lousse », vous risquez de rire de bon cœur à cette comédie dans laquelle on retrouve toute la démesure du célèbre concours paneuropéen de la chanson.

Ayant eu l’idée de ce film après s’être familiarisé avec le gala de l’Eurovision en séjournant dans sa belle-famille suédoise, Ferrell a bien su saisir l’esprit d’un concours – gagné par Céline Dion en 1988 sous drapeau suisse – qui, au fil des ans, est devenu un sommet de la variété pompière. Il se trouve que depuis le jour de 1974 où, enfant, il a assisté à la victoire du groupe Abba (avec la chanson Waterloo), le petit Lars ne rêve que d’une chose : participer un jour à ce concours. À Húsavík, le village de pêcheurs situé dans le nord de l’Islande où il grandit, personne ne croit à ses idées de grandeur, surtout pas son père (Pierce Brosnan). Cela dit, Lars trouve néanmoins un soutien auprès d’une voisine de son âge, Sigrit, qui l’accompagne dans sa quête dès qu’ils deviennent tous deux adultes.

Même si le cœur y est, le talent n’est vraiment pas à la hauteur des ambitions. Par un concours de circonstances faisant en sorte que même une concurrente du calibre de Katiana (Demi Lovato) ne peut être finalement choisie pour représenter l’Islande, le duo Fire Saga, formé de Lars (Will Ferrell) et de Sigrit (Rachel McAdams), se retrouve pourtant à porter les couleurs nationales. Direction : Édimbourg, là où a lieu cette année le grand spectacle.

Une satire respectueuse

Le scénario est prévisible et suit le canevas attendu, mais il est parfois parsemé de gags hilarants. Le réalisateur David Dobkin (Wedding Crashers, The Judge) a trouvé le moyen de faire une satire de cette cérémonie, que bien des gens regardent pour rire, tout en étant quand même respectueux d’un évènement solidement inscrit dans l’imaginaire collectif du continent européen, organisé très sérieusement depuis plus de 60 ans. Il est à noter que plusieurs chansons lauréates du passé sont entendues, et que d’anciens gagnants y sont aussi vus, même s’ils ne font que passer. On y entend même Ne partez pas sans moi, mais sans Céline…

On apprécie aussi le soin apporté aux numéros de production, qui atteignent parfois l’au-delà du ridicule. Sur ce plan, la performance de la vedette russe Alexander Lemtov (Dan Stevens), et sa chanson érotico-homo-mocheton de pop opéra, intitulée Lion of Love, s’inscrit parmi les moments forts d’un film qui, à l’arrivée, vaut son pesant de kitsch.

Eurovision Song Contest : The Story of Fire Saga (Concours Eurovision de la chanson – L’histoire de Fire Saga en version française) est maintenant offert sur Netflix.

CRITIQUE

Le bon docteur

Documentaire
Athlete A (V.F. Team USA : Scandale dans le monde de la gymnastique)
Bonni Cohen et Jon Shenk
1 h 43
* * * 1/2

SYNOPSIS

Pendant plus de 20 ans, le médecin de l’équipe américaine de gymnastique Larry Nassar a agressé sexuellement des centaines de jeunes athlètes, y compris des championnes olympiques, en toute impunité. Athlete A (Team USA : Scandale dans le monde de la gymnastique en version française) suit l’équipe de journalisme d’enquête du quotidien IndyStar et de jeunes victimes dans leurs démarches pour faire éclater le silence.

Qu’il semblait beau, le monde de la gymnastique de haut niveau : des jeunes filles déterminées vêtues de maillots brillants qui effectuaient des mouvements spectaculaires. En coulisse, la situation était moins rose. L’entraîneur vedette Bela Karolyi était réputé pour ne pas faire dans la dentelle. Dans ce monde où la violence psychologique était monnaie courante, le Dr Larry Nassar se démarquait pas sa gentillesse. Mais à l’abri des regards, le médecin se livrait à d’étranges traitements qui impliquaient des gestes sexuels intrusifs. La fédération américaine de gymnastique a reçu des plaintes, mais a refusé de les transférer aux autorités policières, préférant réaliser « sa propre enquête ».

Athlete A illustre bien la dichotomie entre l’image et la réalité : les performances époustouflantes des jeunes gymnastes alternent avec de franches entrevues avec les adultes qu’elles sont devenues. Le documentaire nous fait pénétrer dans les salles de réunion de l’équipe de journalistes d’enquête de l’IndyStar, dans sa quête de la vérité, et nous mène jusqu’au tribunal, pour nous permettre de constater que ces jeunes femmes sont le portrait même de la résilience.

Le documentaire Athlete A (Team USA : Scandale dans le monde de la gymnastique en version française) est présenté sur Netflix.

CRITIQUE

Le film des éternels deuxièmes

DRAME
House of Hummingbird
Bora Kim
Avec Park Ji-hoo, Saebyuk Kim et Jeong In-gi
2 h 18
* * * *

SYNOPSIS

Cadette d’une famille de trois enfants encore dominée par un système patriarcal et un père violent, la jeune Eun-hee vit difficilement son passage à l’adolescence. Confrontée à des amitiés et des amours fragiles, elle acquiert une assurance salvatrice auprès de Youngji Kim, son enseignante de mandarin.

House of Hummingbird, c’est le film des oubliés, des rejets, des laissés-pour-compte, des éternels et bons deuxièmes qui ne prennent pas de place et baissent le regard quand la personne d’à côté siphonne tout l’air dans la pièce.

Souvent, ces gens-là ne voient pas qu’il y a autour d’eux des gens qui les aiment, leur tendent la main, sont prêts à leur faire une place. Et ils ne parviennent pas à métaboliser ces amitiés qui prennent les allures de nouvel échec dès que l’autre s’éloigne un peu.

Voilà le quotidien d’Eun-hee (excellente Park Ji-hoo) dans ce film à la fois très lent et magnifique qui est une éclatante chronique de la place que chacun d’entre nous essaie de prendre dans la vie. Se moulant parfaitement à la société coréenne du milieu des années 90, le film est traversé de violence larvée, de rituels, de croyances, de hiérarchie, de malaises et de morts.

Le titre renvoie au colibri, cet oiseau à la fois si fragile et si complexe dont le battement d’ailes effréné assure la survie. Ce n’est pas la première ni la dernière métaphore. Ainsi, l’effondrement (réel) du pont Seongsu à Séoul, le 21 octobre 1994, est ici symbolisé comme une immense rupture.

Dans son parcours, Eun-hee fera heureusement la rencontre de l’enseignante Youngji Kim (Saebyuk Kim). Il est intéressant de voir que ce personnage, sans jamais être central à l’histoire, reste crucial. Elle joue le rôle du professeur-guide comme l’ont été M. Thackeray (Sidney Poitier) dans To Sir With Love ou M. Keating (Robin Williams) dans Dead Poets Society. De précieux phares.

Ce film aux résonances universelles est un hymne à la survie.

House of Hummingbird (en coréen avec sous-titres anglais) est diffusé sur la plateforme du Cinéma Moderne.

Critique

Une satire un peu trop douce

Comédie dramatique
Irresistible
Jon Stewart
Avec Steve Carell, Rose Byrne, Chris Cooper
1 h 41
* * *

SYNOPSIS

Un stratège politique du Parti démocrate, complètement anéanti par la défaite d’Hillary Clinton en 2016, tente de se refaire les dents en s’impliquant dans une course à la mairie d’une petite localité du Wisconsin, réputée pour être un fief du Parti républicain.

Quand un brillant satiriste comme Jon Stewart écrit et signe la réalisation d’une comédie politique, les attentes sont évidemment très élevées. Qui de mieux placé que celui ayant tenu la barre du Daily Show pendant 16 ans pour enfin nous dérider en s’inspirant des mœurs politiques qu’empruntent nos voisins du Sud ? Surtout en cette année électorale ?

Hélas, même s’il reste divertissant, Irresistible n’est pas à la hauteur. Du moins, pas aux yeux de ceux qui espéraient une satire plus mordante. Même s’il tire à boulets rouges sur les deux partis et même s’il dénonce un système électoral basé essentiellement sur l’argent, on dirait que Stewart, qui signe ici un deuxième long métrage après Rosewater, n’a voulu froisser personne.

Cela dit, on prendra quand même plaisir à cette campagne électorale organisée par deux experts venus de Washington, que la rivalité entraînera à emprunter des méthodes plus inhabituelles dans les petites localités. Steve Carell s’acquitte bien de sa tâche dans le rôle du stratège démocrate, trop content de soutenir un progressiste aux valeurs conservatrices (excellent Chris Cooper), tout comme Rose Byrne dans la peau d’une organisatrice républicaine qu’on dirait sortie tout droit de Fox News.

Dommage que l’histoire dans laquelle Jon Stewart plonge tout ce beau monde ne soit pas assez crédible pour faire vraiment réfléchir. Ni vraiment rire. Quand le mot « RESIST » se détache en majuscules du titre Irresistible à la fin, on ne sait plus trop à quelle résistance incite au juste le cinéaste, aussi auteur du scénario, tellement le lien avec l’histoire qu’il vient de nous raconter n’est pas évident.

Irresistible est offert à la vidéo sur demande en version originale anglaise seulement.

CRITIQUE

Complètement dépassé

COMÉDIE
Rendez-vous chez les Malawas
James Huth
Avec Christian Clavier, Michaël Youn et Sylvie Testud
1 h 33
* *

SYNOPSIS

À l’occasion d’une émission spéciale de Noël d’une téléréalité d’aventure, l’animateur Léo Poli emmène quatre vedettes françaises à la découverte de la tribu la plus isolée d’Afrique du Sud. Cette rencontre se traduit par une série de quiproquos. Le film est une parodie de l’émission Rendez-vous en terre inconnue.

D’aucuns ont entendu cette blague éculée qui roule dans les cours d’écoles primaires depuis des décennies. Au milieu du désert, un homme est piqué par une bestiole venimeuse dans une partie de son anatomie. Un de ses compagnons doit sucer la plaie (insérer un rire gras ici) pour lui sauver la vie. Mais personne ne veut le faire.

Eh bien… félicitations aux scénaristes de Rendez-vous chez les Malawas qui, frappés par la grâce, ont inséré cette blague dans leur film. À tout le moins, ils ont eu la décence de faire en sorte que leur victime soit piquée au gros orteil et non à un endroit plus intime.

Tout ça pour dire que ce passage consternant est à l’image de cette comédie pratiquement insipide de bout en bout, jamais subtile et dans laquelle les comédiens surjouent sans aucune gêne apparente.

Le scénario insiste beaucoup sur l’incompréhension entre les peuples. Mais dans le contexte actuel, il y a de quoi se demander pourquoi on nous propose un film tapissé de blagues qui donnent le malaise. Parce que pour les invités de l’émission, les Malawas ne peuvent qu’être des barbares avec leurs coiffures en forme d’ananas, leurs vêtements de style rideau de douche et leurs habitudes alimentaires proches du cannibalisme.

À défaut de rire, on se laissera happer par la beauté des paysages de l’Afrique du Sud. Il y a aussi un joli clip avec la star du foot Kevin (Michaël Youn) à la toute fin de cette histoire au ton complètement dépassé.

Rendez-vous chez les Malawas est proposé en vidéo sur demande et sur AppleTV

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