Opinion

Notre crise de la quarantaine

Si on m’avait dit que j’allais devoir gérer ma crise de la trentaine en même temps que ma quarantaine.

Que j’allais devoir vivre avec mon anxiété comme seule compagnie. Que les points de presse deviendraient mes uniques rendez-vous quotidiens. Que de me laver les mains constituerait une action plus essentielle que de me brosser les dents. Que je louangerais notre premier ministre et son directeur de la Santé publique. J’aurais cru à un rêve qu’on raconte à la rigolade le lendemain parce qu’il est décousu et improbable.

Eh bien, alors que les jours avancent et ne se ressemblent pas. Que les mesures se multiplient à une vitesse irrationnelle. Que l’information est véhiculée plus rapidement qu’elle n’est assimilée. Et que la situation est à prendre avec le plus grand des sérieux. Je constate que tout cela est bien réel.

Notre province, notre pays, notre planète est au garde-à-vous face à ce rival sournois et invisible. Certains sont allés au front avant nous, en Chine, en Italie et maintenant en France. Plusieurs sont tombés au combat. D’autres se relèvent petit à petit. Et maintenant, le prochain bataillon, c’est le nôtre, celui de notre belle province.

C’est donc le temps, plus que jamais, de se tenir, mais à distance. D’agir en collectivité, en s’isolant. De suivre les recommandations, plutôt que de les entraver de façon insouciante. De penser aux autres, plutôt qu’à soi.

Notre quarantaine, notre isolement, notre distanciation sociale représentent actuellement notre arme la plus efficace pour rivaliser contre l’ennemi.

Elle est notre façon la plus concrète de protéger notre société, nos aînés, nos proches plus vulnérables. Alors, malgré la crise actuelle, il faut croire en cette quarantaine comme le remède le plus efficient à l’heure actuelle.

Faisons donc de cette crise de la quarantaine un moment d’histoire qui nous rendra fiers.

Jouons, chantons, cuisinons, rions, à l’intérieur de nos maisons. Appelons nos proches pour prendre des nouvelles. Limitons nos déplacements, rendons-les essentiels. Soyons créatifs, inventifs. Respirons. Bougeons. Respirons à nouveau. Apprécions la diligence de notre gouvernement provincial.

Soulignons sans modération le travail colossal et admirable des vrais combattants qui œuvrent dans le domaine de la santé et qui vont au front, pour vrai, pour nous. Trouvons le moyen d’égayer cette situation un geste à la fois, à grands coups de beau, de bon.

Parce que demain, même s’il paraît encore bien loin, alors que toute cette crise sera derrière nous, que la santé générale sera stabilisée, que les finances se redresseront, que les petites entreprises renaîtront et que les gens pourront se rassembler à nouveau, nous nous souviendrons, je l’espère, de ces nombreuses concessions que nous avons faites à l’unisson.

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