Déguster avec Karyne

La revanche du Beaujolais

Certains vins font rêver. D’autres nous poussent à en apprendre davantage. Notre collaboratrice dévoile tous les secrets d’un vin coup de cœur.

La fausse bonne idée

Une idée qui semblait bonne au départ tourne parfois au vinaigre. Parlez-en aux vignerons du Beaujolais. La commercialisation le troisième jeudi de novembre du Beaujolais nouveau, un rouge très léger produit avec les raisins de la plus récente vendange, a connu un succès magistral dès les années 50. Dans un article publié dans The Guardian, le journaliste Stephen Buranyi rappelle que, dans les années 70, « le Beaujolais, une région grande comme la ville de New York, exportait plus de bouteilles que l’Australie et l’État de Californie réunis ». Jusqu’aux années 90, au Québec comme ailleurs dans le monde, on faisait d’ailleurs la file pour acheter ses bouteilles de vin nouveau. Mais l’engouement s’est estompé dans plusieurs pays. Les consommateurs se sont lassés de ce rouge léger aux arômes de levure.

Juliénas

Le retour du balancier a été brutal. Les amateurs n’ont pas boudé uniquement le vin nouveau, mais aussi l’ensemble de la production de la région. Pour se détacher de cette image de vin peu complexe et trop jeune, les vignerons ont misé sur leurs crus. Ces 10 appellations situées dans le nord de la région, près de Mâcon, se trouvent sur un sol de granite, de sable et d’argilo-calcaire dont les propriétés sont reconnues depuis l’époque des Romains. À preuve, le nom du cru Juliénas serait dérivé de celui de l’empereur Jules César. Dans cette appellation, le domaine de la Vieille Église propose un beaujolais aux antipodes du vin nouveau. Il assemble les fruits de parcelles exposées vers le sud dont les vignes ont une trentaine d’années.

Petits fruits

Le rouge du Beaujolais est produit uniquement avec du gamay. Ce cépage donne des vins dont le nez rappelle les petits fruits d’été. Cette cuvée n’échappe pas à la règle. On y sent la framboise et le bleuet. Des parfums qui se marient à une note d’épices et de fleurs. Ici, pas d’effluve de banane, un arôme typique du vin nouveau créée avec des levures sélectionnées. Ce bouquet de petits fruits plaît et s’inscrit dans la tendance des vins « de soif », faciles à boire. Si bien que le Beaujolais retrouve tranquillement sa popularité… et même pour certains vins nouveaux, qui arriveront dans les succursales de la SAQ le 15 novembre, cette année. (Autre signe que les perceptions changent, le réputé restaurant Joe Beef a récemment apposé son nom sur une cuvée du beaujolais du vigneron Georges Descombes.)

Tannins

Avec un nez aussi éclatant de fruits, on s’attend à déguster un rouge léger en bouche. C’est à ce moment que la magie opère et que les préjugés tombent. L’attaque gouleyante et fruitée est suivie par d’étonnants tannins. Pour apporter cette structure, la peau des raisins a été mise en contact une vingtaine de jours avec le jus selon la technique du chapeau grillé, soit en utilisant une grille pour maintenir les peaux immergées. On retire ainsi de la couleur et des tannins. Dans le vin, cette extraction est bien dosée. Les tannins se fondent dans une bouche longue et savoureuse qui vous donnera envie de célébrer le beaujolais autrement.

Maison Loron Juliénas Domaine de la Vieille Église 2016, 22 $ (13108133)

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