Première Réunion de l’OCDE à Montréal

« L’expérience canadienne » pour contrer le populisme

OTTAWA — Pour la première fois de son histoire, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a décidé de tenir une réunion ministérielle à l’extérieur de Paris, soit à Montréal. L’organisation veut examiner de plus près les solutions adoptées par le gouvernement Trudeau pour combattre les inégalités sociales et, du même coup, la montée du populisme. Le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, sera l’hôte de cette conférence de deux jours qui commence lundi.

L’OCDE a décidé de tenir sa réunion à Montréal pour étudier ce que l’on fait ici pour aider la classe moyenne ?

Oui. C’est la première fois que les pays de l’OCDE se rencontrent en dehors de Paris pour parler du lien entre la société et l’économie et entre les politiques sociales et notre développement économique. Il va y avoir des représentants de 39 pays. Lundi, c’est un forum qui est ouvert à tout le monde et on attend 300 personnes. Mardi, c’est une rencontre seulement entre les représentants des 39 pays où on discutera de manière plus discrète des défis et des opportunités qui se présentent dans nos pays respectifs.

Vous allez prononcer le discours d’ouverture lundi matin ?

Je vais présenter le point de vue du Canada, sachant qu’il est à la fois attendu et aussi bien reçu puisque les yeux de l’OCDE sont tournés vers le Canada depuis le début de 2016, depuis l’élection du gouvernement actuel. L’OCDE avait fait avant 2016 – et continue de le faire – la promotion d’un agenda de politiques sociales qui se trouve être très près de celui qu’on met en œuvre ici depuis deux ans. L’OCDE voit le Canada comme une forme de laboratoire pour le genre de politiques sociales dont elle fait la promotion depuis un certain nombre d’années.

Elle veut qu’on en parle et qu’on parle surtout des résultats que cet agenda a générés au cours des deux dernières années. L’OCDE sera en mesure de faire valoir aux autres pays à quel point cet agenda est faisable et que cela peut donner des résultats significatifs sur le plan économique et aussi sur le plan politique. C’est une croissance qui profite à tous et quand ces politiques font la démonstration qu’elles fonctionnent, ça aide d’autres gouvernements à en faire la promotion. Et c’est ce que l’OCDE essaie de faire.

Quel sera le thème de votre discours ?

Je vais parler de l’expérience de la fédération canadienne. Je vais parler du Québec où, il y a une vingtaine d’années, il y a eu des investissements dans les services de garde éducatifs pour nos enfants. Ça, c’est en train de créer au Canada des effets d’émulation. D’autres provinces, récemment l’Ontario et la Colombie-Britannique, ont décidé, avec le partenariat du gouvernement canadien, d’aller plus loin et de s’inspirer des leçons du Québec pour faire davantage, pour faire mieux pour nos familles avec des investissements significatifs pour les services de garde éducatifs. C’est la même chose qui se passe au sein de l’OCDE, on se compare et on se regarde mutuellement. Lundi et mardi, on va donc beaucoup parler de l’expérience canadienne ainsi que de celle des autres pays.

Vous comptez expliquer aussi les grandes lignes des politiques du gouvernement pour favoriser une croissance dite « inclusive » ?

Je vais résumer notre expérience par ce que j’appelle le triangle magique, le triangle des trois C. Le premier C pour croissance, le deuxième C pour classe moyenne et le troisième C pour confiance. Car, quand la croissance profite à tous, et en particulier quand la croissance permet de renforcer la classe moyenne, c’est une croissance qui donne évidemment des effets plus importants pour les familles qui en ont davantage besoin, cela fait aussi en sorte que ces familles de la classe moyenne contribuent davantage à la croissance économique. Cela fait aussi en sorte qu’une telle croissance crée plus de confiance – confiance dans l’avenir de nos enfants, confiance dans notre société et notre économie. Le sentiment de confiance permet aussi d’éviter que nos gouvernements construisent des murs plutôt que des ponts et d’éviter des comportements électoraux de repli sur soi, de méfiance et de peur, qui nourrissent le populisme et éloignent les sociétés.

Cette mise en garde, vous allez la faire valoir durant la conférence ?

Oui, tout à fait. Car tous les pays de l’OCDE, tous les gouvernements sont soumis à des pressions de repli sur soi et de populisme, et c’est normal parce que les technologies changent rapidement, la mondialisation met en place des forces économiques majeures. Le marché du travail change aussi. Les emplois ne sont plus aussi stables qu’ils l’étaient avant. Notre démographie est en pleine évolution. On a de plus en plus besoin de gens de l’extérieur pour nous aider à nous développer d’un point de vue économique. Nos jeunes ont un avenir, dans la majorité des cas, plus solide que celui de leurs parents. Mais il est aussi plus variable. Il est moins clair que celui des générations antérieures. Tout ça mène naturellement à des craintes et ça limite les investissements. Quand les gens ont peur, quand ils n’ont pas confiance en l’avenir, ils n’investissent pas.

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