Élection à la mairie du Plateau-Mont-Royal

Projet Montréal conserve son château fort

Les habitants du Plateau-Mont-Royal ont choisi la continuité, hier, en donnant les clés de la mairie d’arrondissement à Luc Rabouin. Dans une victoire écrasante de 67 %, le candidat de Projet Montréal succède à Luc Ferrandez à la mairie du Plateau-Mont-Royal.

Luc Rabouin, de Projet Montréal, a conservé le château fort de son parti. Il affrontait Jean-Pierre Szaraz, du parti fondé par Denis Coderre, Ensemble Montréal (17,5 %), et Marc-Antoine Desjardins, du parti fondé par Mélanie Joly, Vrai Changement pour Montréal (15,5 %). 

« On a travaillé du premier jour au dernier jour. Le matin à 7 h dans les cours d’école… S’il y en a qui pensent qu’on a tenu ça pour acquis, ils n’étaient pas avec nous sur le terrain tous les jours », a déclaré le vainqueur devant une foule conquise réunie au Boswell Brasserie Artisanale, avenue du Mont-Royal Est, où il célébrait sa victoire écrasante.

« Cette campagne-là, on la gagne haut la main parce qu’on a eu une campagne positive, exactement dans la continuité de ma campagne à la mairie : des idées, de l’ambition, du courage politique », a ajouté la mairesse de Montréal et cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante.

DES PROMESSES VERTES

Durant sa campagne, M. Rabouin a répété qu’il ferait de l’accélération de la transition écologique sa priorité numéro un. En mai dernier, quand Luc Ferrandez a annoncé son retrait de la vie politique municipale après 10 ans, il a justifié sa décision par des motifs environnementaux, expliquant qu’il refusait de contribuer à une administration qu’il jugeait trop timide face aux défis climatiques.

« Mon analyse, c’est que la ville est en train de prendre le virage de la transition écologique. On l’a vu dans les dernières semaines avec des actions très, très concrètes, comme le grand parc dans l’Ouest, Valérie [Plante] présente à l’ONU. […] On a plusieurs actions qui ont été prises qui nous montrent que le virage se prend, et moi, je ne partage pas la lecture de Luc Ferrandez, sinon, je ne me serais pas présenté », a répondu le nouveau maire en mêlée de presse.

« D’avoir envie de chausser les chaussures de Luc Ferrandez… Whou ! On va se le dire, ce n’est pas une mince affaire. Mais il a dit : “Oui, je suis prêt”, et sa place est parmi nous. »

— La mairesse Valérie Plante, lors de son discours de victoire

Dans la même veine, le père de deux adolescents a avoué avoir beaucoup pensé à eux en prenant sa décision.

« J’ai deux enfants et j’ai envie de pouvoir les regarder chaque jour et d’avoir le sentiment que je fais tout ce que je peux maintenant pour leur assurer un avenir. Et je ne veux jamais avoir la tâche de leur avouer que j’aurais été trop lâche quand c’était le temps d’agir », a-t-il affirmé en lien avec sa volonté d’accélérer la transition écologique.

Engagements

M. Rabouin s’est engagé à planter 500 arbres supplémentaires et à implanter 15 nouvelles ruelles vertes. Il veut aussi poursuivre le corridor de la biodiversité du Mile End. Toujours en continuité avec les agissements de son prédécesseur, il entend poursuivre les efforts pour favoriser l’utilisation des transports en commun et des autres solutions de rechange à l’automobile. Il veut que les « piétons et les cyclistes se déplacent en toute sécurité ».

Dès le début de sa campagne, il a aussi promis de se porter à la rescousse des commerçants, dont plusieurs ont fermé leurs portes ces dernières années. Il a notamment proposé de travailler à l’élaboration d’un programme d’accès à la propriété pour les commerces indépendants ; de mettre en œuvre rapidement les recommandations de la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation qui relèvent des responsabilités de l’arrondissement ; d’offrir des aménagements piétonniers de grande qualité ; d’installer 1000 supports à vélo supplémentaires sur les artères commerciales ; et d’adapter les règles de zonage à la nouvelle réalité du commerce, en collaboration avec les SDC.

Le nouveau maire du Plateau-Mont-Royal y habite depuis 25 ans. Il a deux enfants de 12 et 14 ans. L’homme de 51 ans est directeur du développement stratégique à la Caisse d’économie solidaire Desjardins depuis trois ans et il a passé les dernières années de sa carrière à se spécialiser en développement économique local, notamment au sein du Centre d’écologie urbaine de Montréal, de Communauto France et de la Corporation de développement économique communautaire (CDEC).

Les années Ferrandez

2009

Luc Ferrandez, alors consultant en gestion d’entreprise, se lance en politique et est élu maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal avec 44 % des voix. Un mois après son élection, il annonce que l’arrondissement ne va plus déneiger le week-end pour une bordée de moins de 15 centimètres. Sa première décision polarisante d’une longue série à venir.

Hiver 2010

Luc Ferrandez envisage de rendre le stationnement payant pour les non-résidants du Plateau. Il annoncera plus tard l’installation de quelque 600 nouveaux parcomètres et doublera pratiquement le prix des vignettes de stationnement. Plus tard dans l’année, il met en place de nouvelles amendes pour le bruit nocturne.

Automne 2010

L’arrondissement modifie le sens unique de certaines rues. D’autres voies sont rétrécies. Le tout, dans le but de rendre le quartier « plus sécuritaire », annonce dans un communiqué la mairie d’arrondissement. En 2013, des camions lourds sont interdits dans certaines rues du Plateau.

2013

Malgré les polémiques, il est réélu avec 51 % des voix.

2014

L’arrondissement annonce un réseau cyclable doublé, des limites de vitesse réduites et des intersections réaménagées. La même année, il devient chef intérimaire de Projet Montréal lorsque le chef Richard Bergeron quitte ce parti pour se joindre à l’équipe du maire Denis Coderre.

2017

Nouvelles élections. Luc Ferrandez augmente encore ses appuis, qui passent à plus de 65 %. Nommé au comité exécutif de l’administration Plante, le maire du Plateau-Mont-Royal devient responsable des grands parcs, du développement durable, des espaces verts et des grands projets.

2018

Des dissensions se font sentir entre Valérie Plante et Luc Ferrandez après leur entrée dans le comité exécutif de la Ville. En 2018, il fait son mea-culpa après avoir qualifié d’« amateurisme » la promesse électorale de Projet Montréal de geler les taxes.

Mars 2019

Lors d’un remaniement au comité exécutif, Luc Ferrandez conserve la responsabilité des grands parcs, mais perd celle des grands projets.

Mai 2019

Luc Ferrandez annonce sa démission. Son testament politique livré sur Facebook prend la forme d’un cri du cœur écologiste. Il justifie sa décision en expliquant qu’il refuse de contribuer à une administration qu’il juge trop timide face au défi climatique.

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