Projet de loi sur l’interdiction des pitbulls

Une solution « à court terme » qui « polarise », estiment les vétérinaires

QUÉBEC — Les vétérinaires craignent que Québec ne divise ceux qui sont pour ou contre l’interdiction des pitbulls avec son projet de loi qui vise à les bannir, alors qu’une telle mesure ne serait selon eux qu’une « solution à court terme » qui ne réglerait pas les enjeux pour assurer la sécurité des personnes.

Le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux entamera en commission parlementaire, le 20 mars prochain, les consultations publiques sur le projet de loi 128, qui interdirait au Québec les races pitbull et rottweiler, ainsi que leurs croisements. Seuls les propriétaires actuels de ces chiens conserveraient en partie le droit de les garder.

La présidente de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec, la Dre Caroline Kilsdonk, qui sera la première à témoigner en commission parlementaire, juge pour sa part que « parler de la question de la race centre le débat sur une possible solution à court terme », mais que « personne ne croit vraiment qu’une telle mesure soit une solution à long terme ».

« Il faut qu’on parle d’autres choses si on veut avancer dans ce dossier-là ! Qu’on arrête de nous diviser entre les pro- et les anti-pitbulls et qu’on considère la question [de la sécurité des personnes] dans son ensemble. Sinon, on ne s’en sortira jamais », plaide-t-elle.

« C’est inutile, ça polarise les gens sur une question qui, à long terme, n’a pas un impact suffisant et important. Je vous parle autant comme citoyenne, comme éthicienne, comme présidente de l’Ordre des médecins vétérinaires : qu’est-ce que ça donne de camper les gens dans deux camps qui s’opposent si, au final, on ne s’est pas occupé du problème ? »

— La Dre Caroline Kilsdonk, présidente de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec

Dans l’enceinte du parlement, la Dre Kilsdonk souhaite agir comme une éclaireuse pour proposer d’autres solutions qui ne sont pas prévues ou annoncées pour l’instant par le gouvernement. La présidente de l’Ordre croit d’abord qu’il faut établir un programme de responsabilisation des propriétaires de chiens, un élément « tellement essentiel » qui ne figure pas au projet de loi actuel.

« La plupart des gens qui ont des animaux ne comprennent pas les signaux de leur propre animal. C’est ce qui explique d’ailleurs que la plupart des morsures se produisent dans la maison même de l’animal », illustre-t-elle.

La Dre Kilsdonk voudrait également que Québec établisse des balises plus contraignantes qui encadrent les éleveurs de chiens et ceux qui en font la reproduction. « On dit toujours aux gens de ne pas acheter un chien n’importe où, mais bien dans un bon élevage, alors que dans une animalerie ou sur Kijiji, on ne sait pas d’où ils viennent », dit-elle.

« On est réalistes. Je ne pense pas que le gouvernement exigera du jour au lendemain des permis pour la reproduction d’animaux. Ça serait un gros changement soudain. Mais si on peut s’en aller vers ça, [ce serait un bon pas] », ajoute la médecin vétérinaire.

Réserves des municipalités

La Fédération québecoise des municipalités (FQM) appelle pour sa part le gouvernement à ne pas étendre à l’ensemble du territoire l’interdiction des pitbulls, chaque ville n’ayant pas la possibilité de faire identifier facilement les races de chien.

« Est-ce qu’on aura dans chaque municipalité des spécialistes pour identifier les chiens ? Nous ne le croyons pas. Face au projet de loi, nous avons beaucoup de questionnements sur son application […]. Ce qu’on demande, dans les faits, c’est un cadre minimal pour encadrer les chiens dangereux et préserver l’autonomie des villes », explique Jacques Demers, président de la Fédération.

Sur le terrain, les villes du Québec n’ont actuellement pas les mêmes règlements pour encadrer les chiens de race pitbull, entre autres. À Montréal, l’administration Plante a récemment suspendu un règlement adopté sous Denis Coderre qui interdisait cette race de chien, alors que l’élu responsable du dossier, Craig Sauvé, affirmait que « cibler simplement une race crée un faux sentiment de sécurité ».

Bernard Biron témoignera

Cette décision a depuis été vivement critiquée par Bernard Biron, père de la petite Vanessa Biron, défigurée en 2015 à Brossard par le pitbull de Karim Jean-Gilles, jugé coupable il y a quelques jours de négligence criminelle causant des blessures. M. Biron sera présent en commission parlementaire le 22 mars prochain pour commenter le projet de loi du ministre Coiteux, alors que M. Jean-Gilles connaîtra le lendemain la sentence du juge Pierre Bélisle.

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