Tom Wolfe 1931-2018

Le pape du nouveau journalisme n’est plus

Mort lundi à New York à l’âge de 88 ans, l’écrivain et journaliste Tom Wolfe a marqué la scène littéraire américaine avec son style flamboyant, ses descriptions imagées de la société américaine et ses costumes trois-pièces. Retour sur un personnage qui a influencé son époque.

QUI était TOM WOLFE ?

Journaliste et écrivain, Tom Wolfe était un New-Yorkais pur jus, même s’il n’était pas natif de la Grosse Pomme (il est né à Richmond, en Virginie, en 1931). Titulaire d’un doctorat en études américaines de l’Université Yale, il a décroché son premier emploi de journaliste au Springfield Union, au Massachusetts. Il est « monté » à New York en 1962 et n’en est plus jamais reparti. Sa spécialité : de longs reportages colorés et souvent sarcastiques sur la société américaine, qu’il s’agisse des hipsters de la contre-culture ou de la haute société new-yorkaise. On lui doit plusieurs expressions qui font désormais partie du langage courant comme radical chic, the Me Decade ou encore statusphere, un terme qu’il utilisait pour décrire un groupe de personnes reconnues socialement. Enfin, c’était un vrai dandy toujours tiré à quatre épingles.

On le reconnaissait tout de suite dans les rues de l’Upper East Side, vêtu d’un costume trois-pièces blanc ou beige, d’une chemise à col haut avec pochette assortie et chapeau sur la tête. Avec beaucoup d’humour, il décrivait son propre style comme « néo-prétentieux ».

Qu’est-ce quE le NOUVEAU JOURNALISME ?

On dit de Tom Wolfe qu’il est le pape du nouveau journalisme. Qu’est-ce que c’est au juste ? Une manière plus littéraire d’écrire un reportage, avec une narration au « je ». Les faits sont respectés, mais la narration est subjective. Le nouveau journalisme a vu le jour dans les années 60 et a connu son âge d’or dans les années 70. Parmi ses représentants les plus célèbres : Joan Didion, Hunter S. Thompson, Norman Mailer et Gay Talese. Le style de Tom Wolfe était particulièrement flamboyant, comme en font foi les titres de certains de ses essais : The Kandy-Kolored Tangerine-Flake Streamline Baby ou The Electric Kool-Aid Acid Test. Dans ses textes, publiés dans plusieurs magazines, dont New York, Esquire et Rolling Stone, l’écrivain s’amusait avec la forme en utilisant avec exubérance la ponctuation, les majuscules et les onomatopées.

SES ÉCRITS

Tom Wolfe a eu une longue carrière, mais n’a publié qu’une quinzaine de livres : 4 romans et 13 essais, dont le célèbre Radical Chic & Mau-Mauing the Flak Catchers. Dans ce long texte, l’écrivain raconte une soirée mondaine qui a lieu dans le chicissime appartement du chef d’orchestre Leonard Bernstein, dans Park Avenue. Un cocktail y est organisé pour souligner la libération d’un militant des Black Panthers. Le reportage mordant de Wolfe, qui a fait époque, décrit les snobs de l’Upper East Side frayant avec les révolutionnaires, canapé dans une main et flûte de champagne dans l’autre. Son roman Le bûcher des vanités – l’histoire de la descente aux enfers d’un financier de Wall Street – est devenu un best-seller mondial. Il a souvent raconté en entrevue que sa routine de travail consistait à écrire 10 pages à triple interligne tous les jours, peu importe le temps qu’il y mettait.

Moins connues du grand public, ses illustrations ont déjà été publiées dans un recueil, In Our Time, en 1980. Elles ont également été exposées dans quelques galeries d’art ainsi qu’au National Museum of American Illustration. Il a en outre travaillé comme illustrateur au magazine Harper de 1978 à 1981.

AU CINÉMA

Son essai The Right Stuff (L’étoffe des héros), qui raconte la vie des premiers astronautes américains, figure au numéro 52 des œuvres les plus importantes du siècle selon le palmarès de 1999 de la Modern Library. L’histoire a été portée à l’écran par le réalisateur Philip Kaufman en 1983, avec Sam Shepard, Dennis Quaid et Ed Harris. Le film a remporté plusieurs Oscars en 1984. Quant au roman Le bûcher des vanités, qui avait d’abord été publié sous forme de feuilleton dans les pages de Rolling Stone Magazine, il a été adapté au cinéma par le réalisateur Brian de Palma ; le film met en vedette Tom Hanks, Bruce Willis, Melanie Griffith et Morgan Freeman.

Source : The New York Times 

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.