Énergir se fait rassurante

Énergir, qui fournit du gaz naturel aux Québécois, refuse pour l’instant de s’avancer en disant qu’un accident comme celui qui a frappé le Massachusetts ne pourrait jamais se produire au Québec. Mais la société se fait rassurante, affirmant qu’un grand nombre de mécanismes sont en place pour réagir à d’éventuels problèmes de surpression.

« Il est difficile de répondre parce qu’on connaît encore mal les causes et les circonstances de ce qui s’est passé dans la région de Boston », répond Catherine Houde, porte-parole d’Énergir (anciennement Gaz Métro), lorsqu’on lui demande si des explosions semblables pourraient survenir au Québec.

« Mais je peux rassurer nos clients en disant qu’il ne s’est jamais passé quelque chose du genre au Québec. Notre réseau est plus jeune et bien entretenu », assure-t-elle.

Si la surpression est bel et bien en cause dans les explosions du Massachusetts, le réseau de distribution québécois possède plusieurs mécanismes qui pourraient contribuer à prévenir une telle catastrophe. « Pour chaque bâtiment alimenté par le gaz naturel, il y a une soupape de détente qui permet de relâcher du gaz. Quand la pression dépasse d’au moins 10 % la pression normale, ces soupapes s’activent automatiquement pour délester du gaz naturel », explique Mme Houde. Ces soupapes sont situées à l’extérieur des bâtiments, si bien que le gaz naturel relâché, plus léger que l’air, monte au ciel sans jamais atteindre une concentration suffisante pour déclencher une inflammation.

Les conduites québécoises ont aussi été testées pour pouvoir supporter une fois et demie leur capacité normale. « Un événement comme celui-là, honnêtement, on se l’explique assez mal, dit Mme Houde. On a hâte de connaître les conclusions de tout ça. Il y a des gens qui travaillent depuis longtemps dans le domaine chez nous et personne n’a jamais vu quelque chose de cette ampleur. »

— Philippe Mercure, La Presse

Explosions au Massachusetts

Que s’est-il passé ?

On ne sait pas encore exactement ce qui a causé la série d’explosions qui ont dévasté jeudi une quarantaine de maisons au Massachusetts. Mais les experts s’entendent sur une séquence probable d’événements. Voici ce qui s’est sans doute passé.

1. Surpression

Lorsqu’il circule sur de longues distances, le gaz naturel est mis sous haute pression dans le réseau de distribution afin d’accélérer son écoulement. Cette pression est ensuite graduellement réduite à mesure qu’on s’approche des bâtiments au moyen d’appareils appelés régulateurs. Les experts estiment que pour une raison encore inconnue, cette réduction de pression ne s’est pas produite, entraînant une surpression dans des conduites qui n’étaient pas conçues pour y résister. « On sait que des travaux avaient eu lieu pour améliorer le réseau. Notre hypothèse est que ça a peut-être touché un régulateur, qui a mal fonctionné », explique Catherine Houde, porte-parole d’Énergir – l’ancien Gaz Métro, chez qui on suit les événements avec beaucoup d’attention. Bob Ackley, président de l’entreprise américaine Gas Safety USA cité par le Boston Globe, a aussi émis l’hypothèse qu’un travailleur avait raccordé par erreur une conduite de haute pression vers une autre conçue pour les basses pressions.

2. Rupture de conduite

Soumises à des pressions qu’elles étaient incapables de supporter, une ou plusieurs conduites ont ensuite cédé, provoquant des fuites de gaz naturel. Lorsqu’il est libéré dans le sol, ce gaz gagne la surface. « Peut-être qu’il a trouvé un chemin dans les égouts et a migré dans des bâtiments », avance Catherine Houde, d’Énergir.

3. Accumulation

Une fois dans une résidence, le gaz naturel, plus léger que l’air, monte vers le plafond. S’il ne peut s’échapper, il s’y accumule. Le danger survient lorsque la concentration de gaz naturel atteint sa « plage d’inflammabilité », entre 5 % et 15 %. Ces conditions très strictes expliquent pourquoi les explosions ont été éparpillées dans l’espace. Elles ont touché une quarantaine de résidences, pas nécessairement contiguës et réparties dans trois villes du Massachusetts. La volatilité du gaz naturel fait en sorte qu’il ne s’est pas distribué de façon uniforme. Et dans certains endroits, la concentration était trop faible ou, ironiquement, trop élevée pour provoquer des dégâts.

4. Bombes potentielles

Les bâtiments où le ratio entre le méthane du gaz naturel et l’oxygène de l’air correspondait à la plage d’inflammabilité se sont transformés instantanément en bombes potentielles. Dans ces situations, un interrupteur électrique, un chauffe-eau et même un simple coup de fil peuvent déclencher une explosion. « Ça peut même se produire avec l’électricité statique », dit Catherine Houde, d’Énergir. C’est de toute évidence ce qui s’est produit dans au moins 39 maisons des environs, jeudi.

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