des nouvelles des aventuriers

L’appel de l’aventure est puissant. Ils sont plusieurs à y répondre, à laisser le confort de côté pour se lancer dans des expéditions dans des régions isolées. Pause s’intéresse à leurs expériences.

Des nouvelles des aventuriers 

De retour d’Amazonie

L’appel de l’aventure est puissant. Ils sont plusieurs à y répondre, à laisser le confort de côté pour se lancer dans des expéditions dans des régions isolées. Pause s’intéresse à leurs expériences.

Nom : Marie-Josée Béliveau

Âge : 46 ans

Profession : ethno-géographe

Coéquipier : Santiago Bertolino

Projet : traverser l’Amazonie pour aller à la rencontre des peuples de la forêt

Début de l’aventure : 27 mars

Marie-Josée Béliveau et le cinéaste Santiago Bertolino ont passé près de trois mois à parcourir le fleuve Amazone à travers le Brésil, le Pérou et l’Équateur. Trois mois, ça peut sembler long. Mais c’est très court quand on essaie de tisser des liens avec diverses communautés au fil des semaines.

« Ça a pris plus de temps que prévu pour entrer en contact et établir des liens de confiance », raconte Marie-Josée Béliveau, à son retour à Montréal.

À certains endroits, il a fallu trois ou quatre jours pour que le conseil des sages du village, un peu méfiant, accepte d’accueillir les deux voyageurs. Mais une fois dans la communauté, Marie-Josée et Santiago ont su se faire apprécier grâce à leur écoute et à leur intérêt.

« Chaque fois, les départs étaient difficiles. Il faut déjà partir ? On commence tout juste à tisser des liens avec l’endroit, avec les gens. »

— Marie-Josée Béliveau

L’ethno-géographe, qui avait remporté une bourse « Osez l’aventure » offerte par Frédéric Dion et Karavaniers, avait bien préparé son périple en ciblant d’avance les communautés intéressantes à visiter. Mais voilà, des communautés se sont ajoutées au fil des rencontres.

« Ça nous retardait, mais en même temps, c’était justement ça, le but du voyage, rencontrer des gens », s’exclame-t-elle.

Les visiteurs s’intéressaient tout particulièrement aux problématiques environnementales et aux projets que les communautés tentaient de mettre en place pour contrer ces menaces.

Enjeu criant

La déforestation est un enjeu criant, particulièrement au Brésil.

« Le couvert forestier est très affecté par l’industrie du soya et de la palme africaine [pour l’huile de palme], par l’exploitation forestière, par l’élevage bovin », note Marie-Josée Béliveau.

En Équateur, le couvert forestier est un peu mieux préservé, mais on retrouve de l’exploitation forestière et minière, qui présente des risques de contamination de l’eau.

À certains endroits, les communautés locales sont en lutte contre l’industrie ou l’administration pour préserver leur environnement. À d’autres endroits, elles mettent en place des projets respectueux de l’environnement pour assurer le bien-être de la population. Il peut s’agir de commercialiser une plante locale, ou encore de construire un centre écotouristique puis utiliser les profits pour financer des projets de reforestation, des écoles ou des centres de santé.

Chance

Au cours de leur périple, Marie-Josée Béliveau et Santiago Bertolino n’ont pas subi de pépin majeur. Dans certains secteurs, il arrive que des pirates s’attaquent aux bateaux qui parcourent l’Amazone.

« Nous avons eu de la chance », note Santiago Bertolino.

Toutefois, le duo a eu peur lorsqu’une petite embarcation dans laquelle ils avaient pris place s’est mise à prendre l’eau, à s’enfoncer, risquant de sombrer. La pompe refusait de fonctionner, il n’était pas possible d’accoster.

Les visiteurs ont sauvé la situation en découpant leur précieuse bouteille d’eau et en la transformant en écope.

« On s’est demandé : qu’est-ce qui est le plus important ? Avoir de l’eau lorsque nous serons dans la prochaine communauté ou se noyer ? se rappelle Marie-Josée. OK, on sacrifie la bouteille. »

Lien

En visitant diverses communautés, Marie-Josée Béliveau et Santiago Bertolino se sont trouvés à faire un lien entre elles, en rapportant aux unes les initiatives adoptées par les autres.

« Les gens sont souvent très isolés dans la protection de l’environnement, affirme Marie-Josée Béliveau. Un des objectifs de notre projet, c’était de leur donner la parole, de montrer ce qu’ils font et de les soutenir. Je ne peux pas demeurer les bras croisés. »

Elle prévoit donc donner des conférences dans les cégeps et les universités, mais aussi pour la population en général, afin de faire connaître ces initiatives.

« C’est une façon de parler de la protection de l’environnement en montrant des exemples de gens courageux et inspirants. »

— Marie-Josée Béliveau

Santiago Bertolino préparera des extraits vidéo pour ces conférences, mais il montera également de son côté un long métrage qu’il entend présenter dans des festivals.

« J’ai accumulé à peu près 100 heures d’images, s’exclame-t-il. C’est la première fois que je filmais autant, sans arrêt, je voulais donner le sens du voyage, montrer comment Marie-Josée prenait contact avec les gens, montrer l’Amazonie réelle. Pas juste les peuples autochtones isolés, mais la réalité industrielle. »

Marie-Josée Béliveau entend retourner en Amazonie en avril prochain pour assister à une conférence de l’organisation des peuples autochtones du bassin amazonien.

« J’ai l’impression que cette réunion-là constituera un moment intéressant, qu’elle montrera que ce renouveau culturel se passe à travers l’Amazonie », indique-t-elle.

Santiago Bertolino espère y aller également.

« Ça ferait une belle fin pour notre film », laisse-t-il tomber.

Des nouvelles des aventuriers

Éviter le pire

L’appel de l’aventure est puissant. Ils sont plusieurs à y répondre, à laisser le confort de côté pour se lancer dans des expéditions dans des régions isolées. Pause s’intéresse à leurs expériences.

Nom : Martin Trahan

Âge : 37 ans

Profession : technicien en travail social

Coéquipière : Jillian A. Brown

Projet : traverser les États-Unis en canot, du Pacifique à l’Atlantique

Début de l’aventure : 28 avril

En soirée lundi dernier, Martin Trahan et sa partenaire Jillian A. Brown reçoivent un inquiétant message sur leur balise InReach : on prévoit une violente tempête dans leur secteur, près de la frontière entre le Montana et le Dakota du Nord, peut-être même des tornades.

Le canoteur québécois écrit un message laconique sur sa page Facebook : « Priez ! ! ! »

« Nous n’avions pas pagayé cette journée-là parce qu’il y avait trop de vent, raconte le canoteur québécois à La Presse. En voyant le message, nous nous sommes activés : nous avons bien attaché tout notre équipement, nous avons installé le canot de façon à ce que nous puissions nous réfugier en dessous en cas de grêle, nous nous sommes couchés avec nos vêtements de pluie pour être prêts. »

Au petit matin, il écrit un autre message sur sa page Facebook : « On a survécu mais on n’a pas dormi beaucoup. »

La tempête a dévié juste assez pour que le duo évite le pire.

« Ç’a été violent, mais pas dangereux », se rappelle Martin Trahan.

Destruction

Par contre, dans les villages alentour, il y a beaucoup de destruction. En fait, au moins deux tornades ont touché terre dans la région, et l’une d’elles avait des vents de 185 km/h. Près d’une trentaine de personnes ont été blessées.

Lorsqu’il a entrepris sa grande traversée des États-Unis, à la fin du mois d’avril, Martin Trahan avait dressé une petite liste des défis qui l’attendaient : le fait de traverser l’allée des tornades pendant la saison des tornades figurait tout en haut.

« Les gens de la place nous disent qu’ils n’ont jamais vu autant de tornades en si peu de temps. C’est peut-être dû au fait que le niveau de l’eau est très élevé. »

— Martin Trahan

En effet, la région a connu ses pires inondations depuis 2011. Les autorités ont notamment décrété l’état d’urgence à Great Falls, au Montana, tout juste après le passage de Martin Trahan et de Jillian Brown. Les eaux sont devenues dangereuses en raison d’arbres entiers qui dérivaient. Les deux canoteurs ont quand même poursuivi leur trajet.

« Comme on est sur des réservoirs, ça ne change pas grand-chose, indique Martin Trahan. À part qu’il n’y a aucune plage où coucher. On doit s’installer dans les herbes hautes. Il y a des tiques partout, c’est incroyable. »

Avantage

En fait, les inondations présentent un avantage pour les canoteurs : ils profitent du courant pour parcourir d’énormes distances. Le 22 juin, ils ont notamment pagayé 163 km en une journée, soit un record pour Martin Trahan. Ils ont pagayé pendant 12 h 30 min avec une vitesse moyenne de 13 km/h.

« Mon record précédent était de 103 km et avait été réalisé lors de ma traversée du Canada en 2015 sur le fleuve McKenzie, dans les Territoires du Nord-Ouest, avec comme partenaire Valérie Jolicoeur », précise-t-il sur sa page Facebook. 

« Pour moi, faire du canot, c’est relaxer, rêver, prendre son temps, admirer ce que la faune et la flore ont de plus beau à me présenter. Mais une fois ou deux durant l’expédition, ce n’est pas mauvais de se donner un petit défi physique ! »

— Martin Trahan

Il y a deux semaines, c’est un passage à proximité d’une communauté autochtone dotée d’une mauvaise réputation qui a inquiété les canoteurs.

« Un canoteur s’est fait tirer dessus il y a deux semaines en passant devant la communauté autochtone de Wolf Point, raconte Martin Trahan. D’autres canoteurs se sont également fait tirer dessus ou sévèrement battre dans le passé. »

Mais tout s’est bien passé pour Martin Trahan et sa partenaire, qui se sont faits discrets et qui ont parcouru le territoire à bonne vitesse.

Dernier effort

Après un petit repos bien mérité à une auberge, les deux se préparent maintenant à parcourir un dernier grand réservoir, le lac Oahe, ce qui devrait leur prendre une quinzaine de jours. En chemin, ils traverseront la frontière entre le Dakota du Nord et le Dakota du Sud.

« Le Dakota du Sud, c’est considéré comme la capitale des tornades, note Martin Trahan. En théorie, la saison des tornades se terminait en juin, mais cette année, elle se poursuit en juillet. Les gens ici ne comprennent pas trop. »

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