La libération du coureur de demi-fond

Depuis son éclosion sur la scène internationale en 2015, Charles Philibert-Thiboutot a accumulé des blessures qui ont ralenti son développement. Le demi-finaliste des Jeux de Rio au 1500 m voit enfin « la lumière au bout du tunnel »… et se reprend à rêver au record canadien.

Charles Philibert-Thiboutot attendait cette libération depuis au moins deux ans. Ce sentiment de pouvoir courir au bout de ses forces sans sentir son corps se décomposer.

Lundi dernier, le demi-fondeur de Québec a connu le meilleur début de saison extérieure de sa carrière, terminant quatrième en 3 min 37,73 s au 1500 m du Josef Odložil Memorial de Prague.

« C’est la première fois depuis 2015 que je peux sprinter sans arrière-pensées, sans avoir peur d’endommager le dos », se réjouissait Philibert-Thiboutot quelques jours plus tard. « C’est très positif. Je vois enfin la lumière au bout du tunnel. »

Le champion canadien s’exprimait depuis Brighton, en Angleterre, où un collègue l’hébergeait entre ses deux premières épreuves de la saison en Europe. Son ton était celui d’un homme soulagé après une traversée du désert.

Depuis la fin de 2015, année de son émergence sur la scène internationale, il a souffert de quantité de blessures : dos, tendon d’Achille, tibia, nerf coincé dans la jambe. La faute à une biomécanique déficiente, a-t-il conclu avec son entraîneur et son équipe médicale.

Philibert-Thiboutot s’est accroché jusqu’aux Jeux olympiques de Rio, où il a atteint les demi-finales en 2016. Plusieurs rechutes ont marqué la reconstruction de sa foulée avec l’aide d’une physiothérapeute de Vancouver. Ses temps ont ralenti. Malgré un deuxième titre national l’an dernier, il a raté sa qualification pour les Championnats du monde de Londres et les Jeux du Commonwealth de Melbourne, « deux destinations de rêve » pour l’athlète de 27 ans.

« Un fardeau »

L’hiver dernier, sa tête a lâché. Courir était devenu « comme un fardeau ». Frappé par des « symptômes de dépression », il s’est tourné vers la psychologie, une démarche douloureuse à entreprendre.

« Franchement, ç’a été difficile, a dit Philibert-Thiboutot. Une grande partie du succès en course à pied repose sur la confiance en soi et la conviction de pouvoir faire face à ses adversaires. On pousse nos limites maximales chaque fois qu’on met le pied sur la ligne. Ça prend un mental extrêmement fort. »

« C’est un gros coup sur l’ego de devoir prendre du recul et se dire que, finalement, je ne suis peut-être pas aussi blindé mentalement que je le pensais. »

— Charles Philibert-Thiboutot

Pour son corps, le médaillé de bronze des Jeux panaméricains a trouvé à Montréal une physiothérapeute qui applique les mêmes méthodes que celle de Vancouver. Il n’avait plus besoin de traverser le pays pour son suivi médical. Son travail de transformation a pu se poursuivre plus sereinement sur la piste et en salle de musculation.

« Mes épaules dirigeaient beaucoup ma foulée. Je crispais les épaules quand ça devenait dur. Mon dos devenait rond et je m’écrasais vers le sol. Au lieu de rester grand et sur la plante des pieds, tu as tendance à courir plus du talon. Quand tu n’as pas de suivi constant, c’est dur de concrétiser ces changements. »

Après une saison en salle calamiteuse, marquée par ce qu’il qualifie de sa seule « contre-performance majeure » à vie au Wanamaker Mile de New York en février, il a recouvré la santé. Avant son départ pour l’Europe, il a passé trois semaines à Park City dans le cadre d’un stage en altitude organisé par la fédération québécoise et dirigé par son entraîneur Félix-Antoine Lapointe. « J’ai commencé à retrouver ma vitesse de l’année olympique et même mieux. »

Troisième à Stockholm

Hier, Philibert-Thiboutot est resté sur son appétit après sa troisième place lors d’un 1500 m en marge de la réunion de la Ligue de diamant de Stockholm. Dans une lutte à trois, il a dû lui-même refermer l’écart avec le lièvre, cédant ensuite le pas à la jeune sensation norvégienne de 17 ans, Jakob Ingebrigtsen.

« Ce fut une course typique où le niveau de compétition n’était pas extraordinaire, nous a-t-il écrit. Je suis parti avec les lièvres, qui finalement n’allaient pas à un rythme très rapide, pour me faire passer dans les derniers mètres. »

Dans ce « pire des scénarios », il s’encourageait de son chrono de 3:38,32. « On va bâtir là-dessus. Ce n’est pas si mal. C’est de l’entraînement supplémentaire qui va me rendre à 3:31, 3:34. »

Visant un pic de forme en juillet, il espère décrocher des invitations à des rencontres de la Ligue de diamant de Rabat, Londres ou Monaco, où le niveau plus relevé et les conditions de course favorisent de meilleurs chronos. Il a d’ailleurs réussi ses deux meilleurs temps à vie dans la principauté en 2015 (3:34,23) et en 2016 (3:34,24).

Au détour d’une phrase, Philibert-Thiboutot se prend à rêver au record canadien de Kevin Sullivan, un chrono de 3:31,71 réussi à Rome en 2000. « C’est un objectif de carrière, a-t-il précisé. Quand tu es blessé, une des choses que tu apprends, c’est de battre le fer pendant qu’il est chaud. Quand tu es en forme, profites-en ! »

Vers le 5000 m ?

Avant de rentrer à Québec, Charles Philibert-Thiboutot conclura son séjour européen le 13 juin par une participation au Zátopek Memorial, soit le 3000 m de la réunion Golden Spike d’Ostrava, en République tchèque. « Mon coach et moi aimons beaucoup l’idée de me tester sur 3000 m, a expliqué le Québécois. Comme coureur de 1500 m, je suis beaucoup plus du type aérobie qu’anaérobie. Tu vois des coureurs beaucoup plus musculaires que moi, extrêmement rapides, quasiment de type sprinter. Je suis plutôt de type longues distances, mais le 5000 m est encore un peu long pour moi. » Cela dit, il prévoit s’aligner sur 1500 m et 5000 m aux championnats canadiens d’Ottawa (du 3 au 9 juillet). Il se mesurera donc à des pointures comme Mohammed Ahmed, 4e aux Jeux de Rio, et au jeune Justyn Knight, 9e des derniers Mondiaux et champion de la NCAA.

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