Opinion

Aucun chemin n’est tracé d’avance

Je n’ai jamais pensé devenir un modèle. J’ai par contre toujours su que je voulais faire une différence, que je voulais contribuer à la société. Ce n’est que le matin du 6 novembre, au lendemain d’une élection qui a changé ma vie, que j’ai réalisé à quel point j’avais désormais une responsabilité auprès d’un nombre incroyable de jeunes filles et de femmes.

Je n’oublierai jamais ma rencontre, sur les marches de l’hôtel de ville, avec une jeune fille venue du Brésil dont les yeux se sont illuminés lorsqu’elle a compris que j’étais la nouvelle mairesse de Montréal. Ou les centaines de mots signés par des enfants que j’ai reçus et qui soulignaient toute la fierté qu’ils ressentaient. Ou ce message d’une mère qui me racontait que, le soir de l’élection, sa fille de 5 ans jouait avec ses poupées et m’avait imaginée en mairesse et avait formé un conseil municipal avec ses jouets.

L’élection de la première mairesse de Montréal a eu l’effet d’une bouffée d’air frais dans l’imaginaire collectif. Ce fut un signe de renouveau dans une époque marquée par des révélations troublantes et une prise de conscience nécessaire afin que l’intolérable ne soit plus toléré. En accédant à la mairie, je crois avoir humblement contribué à ce mouvement qui confirme à toutes les filles et les femmes, de Montréal et d’ailleurs, que le monde qu’on disait à leur portée l’est réellement. Que rien ne peut freiner leur élan, du moment qu’elles croient en elles et qu’elles acquièrent les outils qui leur permettront de repousser les limites. Que leur voix compte réellement.

Mon élection a pu servir d’exemple à plusieurs Montréalaises et Montréalais, jeunes et moins jeunes, mais elle ne suffira pas, à elle seule, à briser les barrières qui subsistent pour les femmes et à défoncer le plafond de verre. Je ne suis qu’une pièce du casse-tête, qu’une partie d’un mouvement qui, grâce à celles qui ont tracé la voie avant moi et à l’arrivée de nouveaux modèles de leadership, clame à son tour : « On est là pour rester ! »

Je suis convaincue qu’ensemble, les femmes qui ont gravi les échelons des mondes politique, entrepreneurial, sportif et technologique sauront inspirer d’autres femmes fortes, d’autres femmes de tête issues de tous les milieux à défoncer les murs et à accéder aux postes de pouvoir trop longtemps réservés aux hommes.

Les femmes ont tant à apporter à tous les domaines d’emploi. Elles offrent une vision différente, une nouvelle façon de communiquer, bref, un leadership renouvelé qui permet d’explorer de nouveaux horizons et de sceller de nouveaux partenariats. 

C’est d’ailleurs pour ces raisons que je me suis entourée de nombreuses femmes à mon arrivée à la mairie. J’ai ainsi nommé une directrice de cabinet et un comité exécutif paritaire qui me permettent de mettre en valeur des femmes de cœur, des femmes de tête, des femmes de conviction, des femmes qui me font grandir un peu plus chaque jour.

Jusqu’à présent, la politique a surtout été formatée par et pour des hommes. J’estime, en tant que première mairesse de Montréal, qu’il est de mon devoir de tenter de changer les choses. Il est temps de redéfinir le modèle du monde politique. Il est temps d’en faire un univers ouvert à tous, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, peu importe leur origine et leur parcours. Il est temps d’améliorer la diversité à tous les niveaux à l’hôtel de ville de Montréal. Il est temps d’encourager les jeunes à découvrir le monde municipal grâce à des emplois étudiants et d’encourager les femmes à se présenter aux élections grâce à des incitatifs novateurs. Toutes les Montréalaises et tous les Montréalais doivent pouvoir se reconnaître à l’hôtel de ville et avoir envie de faire partie de cette extraordinaire famille. Ce défi, c’est le mien et j’entends bien arriver à mes fins.

Ce défi est aussi celui de toutes les femmes en position d’autorité, de toutes les femmes qui disposent d’une certaine notoriété. 

Ensemble, nous pouvons servir d’exemple aux jeunes filles d’aujourd’hui et les inviter à se lancer à la poursuite de leurs rêves. 

Peu importe le domaine dans lequel elles choisiront de s’impliquer, les filles et les femmes doivent se rappeler que rien ne peut les empêcher d’atteindre leurs buts si elles refusent de se laisser intimider par les structures existantes et qu’elles foncent. Elles doivent aussi savoir qu’aucun parcours n’est jamais tracé d’avance.

Je suis née et j’ai grandi à Rouyn-Noranda, en Abitibi. J’ai travaillé de longues années dans le milieu communautaire et culturel avant de décider de me lancer en politique en 2013. Après un seul mandat à titre de conseillère, j’ai été élue cheffe de Projet Montréal, puis mairesse de Montréal. Comment ? D’abord et avant tout, en ayant la conviction profonde que ce que j’avais à dire importait, que ma vision était pertinente, que mes idées pouvaient permettre de léguer à la prochaine génération une ville plus verte, plus sécuritaire et plus dynamique, bref, que je méritais tout autant que n’importe qui d’être à la tête de la ville que j’ai adoptée et que j’adore.

Avant moi, des femmes comme Marie-Claire Kirkland-Casgrain, Pauline Marois et Agnes Macphail ont tracé la voie, m’ont inspirée à croire en mes moyens et m’ont prouvé que toutes les femmes, peu importe leur parcours, ont le pouvoir de changer le monde.

Mais pour y arriver, les femmes doivent d’abord se faire confiance et se lancer. Il n’y a pas de secret, pas de recette magique. 

Les femmes doivent prendre conscience qu’elles sont aussi compétentes, aussi acharnées, aussi fortes, aussi passionnées et aussi indispensables que les hommes qui occupent présentement les postes clés.

En croyant en leur pouvoir, les femmes pourront changer le visage de tous les domaines d’activité. Il faut simplement lancer la roue. Elle deviendra rapidement impossible à arrêter. Et c’est tant mieux !

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