Question d’éthique

Ça existe, la chasse éthique ?

Chaque semaine, nous réfléchissons à un dilemme éthique où les principes et les valeurs s’entrechoquent. Parce qu’il arrive que la réponse ne soit pas simple, Pause invite les lecteurs à soumettre une question qui les préoccupe.

« Mon beau-frère se présente comme un grand humaniste. Pourtant, chaque automne, il va à la chasse. Il affirme qu’il pratique une chasse éthiquement responsable parce qu’il ne chasse que les animaux en surpopulation. Ai-je raison de croire que tuer un animal, peu importe le contexte, n’est absolument pas éthique ? »

« Il y a plusieurs façons de considérer cette question », note Martin Gibert, chercheur en éthique et auteur du livre Voir son steak comme un animal mort.

« Premièrement, je dirais qu’il y a une confusion entre l’éthique environnementale et l’éthique animale. Réduire une population animale peut avoir du sens dans le contexte de l’éthique environnementale, mais il n’en demeure pas moins qu’un individu animal sera tué au nom de l’environnement ou encore, du plaisir gustatif du chasseur. »

« On s’entend qu’il y a d’autres moyens de réduire une population animale, des moyens qui excluent la souffrance animale, poursuit M. Gibert. Par exemple, on peut envisager de les stériliser plutôt que de les tuer. Je ne suis pas un spécialiste de la question, mais il existe des programmes de stérilisation animale qui se font sans blesser ou traumatiser les animaux. »

« À un autre niveau, on peut se demander s’il est éthique de dire : “Je ne mangerai aucune viande [ou gibier] qui n’est pas le produit de la chasse.” »

— Martin Gibert, chercheur en éthique

Quelle est la différence entre la chasse et l’élevage puisqu’à la fin, il s’agit de tuer un animal ?

« En éthique animale, il y a toujours trois principes à considérer : l’intérêt du bien-être, l’intérêt de la liberté et l’intérêt de la vie », indique M. Gibert. 

« Du point de vue du bien-être, un animal aura une meilleure vie s’il vit en liberté que s’il vieillit dans un élevage industriel ou un élevage dit “humane” (une certification de bien-être animal réglementée par l’organisme américain Humane Farm Animal Care [HFAC]). L’animal vivra moins longtemps en élevage. Par contre, à moins qu’il s’agisse d’une chasse parfaite, il va sans doute mourir au bout d’une certaine agonie alors qu’en abattoir, il meurt sans souffrance. Donc les deux conditions s’annulent ici.

« D’un point de vue plus philosophique toutefois, à la chasse comme à l’abattoir, on prive un animal de la vie qu’il pourrait avoir, et ce, sans son consentement. Ça pose problème du point de vue de l’éthique animale.

« Il est aussi intéressant de considérer la posture du beau-frère dans tout ça. Il se considère comme un humaniste, il a une conscience morale. Comment peut-il justifier son plaisir d’aller à la chasse ? Du point de vue de la psychologie morale, c’est ce qu’on appelle une dissonance cognitive. Sa justification – je chasse seulement les espèces en surpopulation – est une stratégie qu’il invoque pour neutraliser cette dissonance cognitive. »

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