Stars de Dallas

L’équipe qui gagne sans marquer de buts

D’emblée, des excuses s’imposent pour le titre sensationnaliste. Pas besoin d’être un lauréat de la médaille Fields pour savoir qu’il faut marquer des buts pour gagner. Il n’empêche que les Stars de Dallas, prochains adversaires du Canadien, réussissent à accomplir énormément en remplissant bien peu le filet.

Car c’est un fait indubitable : Jamie Benn et sa bande ne forment pas une grande menace offensive cette saison. En fait, avec une moyenne de seulement 2,67 buts inscrits par rencontre, ils se retrouvent au 25e rang de la LNH. Leurs voisins dans ce décompte sont au mieux des équipes qui luttent pour une place en séries éliminatoires, au pire des formations de fond de classement.

Les Stars ne s’en sortent pas plus mal pour autant. En font foi leurs 33 victoires cette saison – un sommet dans l’Association de l’Ouest –, qui les placent confortablement au troisième rang de la division Centrale, à trois points du premier échelon.

Leur secret ? À défaut de marquer beaucoup de buts, ils sont encore plus avares défensivement. Seulement deux équipes ont une moyenne plus basse que la leur à ce chapitre (2,49 buts accordés par match).

La brigade défensive tire d’ailleurs une grande fierté de cet état de fait.

« On est une équipe qui pratique un style serré chaque soir, et je pense que c’est ce qui fait notre succès. »

— Le défenseur Miro Heiskanen

Ajoutez à cela le brio de l’un des meilleurs duos de gardiens de but de la LNH, et vous obtenez une recette qui fonctionne drôlement bien. Cela ne veut pas dire que l’équipe s’en satisfait complètement pour autant.

« On essaie de marquer plus de buts, croyez-moi ! », s’est esclaffé l’entraîneur-chef Rick Bowness vendredi après-midi, en mêlée de presse.

Plus sérieusement, il a confirmé que ses troupes misaient sur une formule éprouvée : « Créer de l’attaque en partant d’une bonne défense d’équipe. »

« On tente de devenir une meilleure équipe en ce qui a trait à la possession de la rondelle, de passer davantage de temps en zone adverse, a-t-il nuancé. On a confiance en nos moyens pour gagner des matchs de 3-2 ou de 2-1. La chose importante, ça reste les deux points au classement. »

Canons discrets

Si les Stars ne marquent pas davantage, c’est notamment parce que leurs canons offensifs ne résonnent pas comme ils le devraient. Ex-champion marqueur de la LNH, Jamie Benn ne revendique que 31 points en 57 matchs. Alexander Radulov présente la même récolte.

On plaçait des espoirs élevés en Joe Pavelski lorsqu’on l’a embauché l’été dernier. Ses 12 buts du moment laissent toutefois présager qu’il ne s’approchera pas de ses 38 de l’an dernier.

Il reste donc Tyler Seguin, meilleur pointeur des siens. Il a mis fin, jeudi à Toronto, à une disette de 17 matchs sans trouver le fond du filet. Sur la séquence, son expression faciale en disait long sur son état d’esprit.

« C’était tout un soulagement, a-t-il dit vendredi. Je suis content d’en avoir fini avec ça. »

Pour un joueur qui a marqué de 33 à 40 buts au cours de cinq de ses six dernières campagnes, une telle traversée du désert était particulièrement pénible.

Malgré tout, « il ne faut pas sous-estimer la valeur de ce qu’il nous apporte », a dit son entraîneur.

Seguin, de fait, semble désormais habité d’une sagesse qu’on ne lui connaissait pas.

« Quand je fermais les yeux, le soir, je pensais à toutes ces chances ratées, a-t-il raconté. J’ai dû me poser la question : comment puis-je contribuer autrement ? Ça a fait évoluer mon jeu. J’ai compris que les deux points [au classement] sont bien plus importants pour l’équipe qu’un but de ma part si on perd le match. C’est le genre de chose qu’on apprend avec le temps. »

Vent de jeunesse

L’aide offensive tant recherchée par les Stars viendra peut-être bien de ses plus jeunes éléments.

À sa deuxième saison dans la LNH, le Finlandais Roope Hintz profite de l’absence de Radulov pour évoluer sur le premier trio à la gauche de Tyler Seguin et de Corey Perry. Peu bavard, il a quand même souligné aux journalistes qu’il ne sentait pas que son jeune âge était pris en compte dans l’établissement de la hiérarchie en attaque, et que les nombreux vétérans du club « prenaient soin de lui ».

Denis Gurianov, dont c’est la première saison complète à Dallas, s’impose déjà comme un marqueur naturel. Il complète avec Jamie Benn et Jason Dickinson un trio de « gros bonshommes qui savent patiner », pour reprendre les mots de Rick Bowness, et qui peuvent « causer du dommage quand ils trouvent leur vitesse de croisière ».

L’entraîneur a vanté les qualités du joueur russe en soulignant que sa vitesse et sa puissance lui valaient des échappées pratiquement à chaque match.

Gurianov et Hintz partagent le deuxième rang de l’équipe avec 17 buts chacun.

Et il y a maintenant Jason Robertson, qui a disputé son tout premier match dans la LNH jeudi. Il a conclu cette soirée en beauté en obtenant une mention d’aide sur le but gagnant de Seguin.

Il n’y a rien de surprenant, donc, à entendre Rick Bowness dire qu’il n’a « aucun problème » à donner du temps de glace à ses jeunes loups, et ce, en dépit de l’armada de vétérans sur laquelle il compte à l’avant – six de ses attaquants réguliers ont plus de 30 ans.

Il ne lui manquerait plus que quelques buts de plus pour être pleinement heureux. Mais tant que les victoires sont là, c’est un moindre mal.

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