Carrosseries bicolores

Variations sur le style

Henry Ford aimait à rappeler que son Modèle T était offert dans « n’importe quelle couleur, pourvu qu’elle soit noire ». Cette couleur séchant plus rapidement que les autres et étant, de surcroît, moins coûteuse allait permettre au magnat de l’automobile américaine d’atteindre ses objectifs de production à grande échelle.

L’idée fit un temps, mais l’offre de la concurrence, dont la palette de couleurs rivalisait avec celle des Smarties, non seulement était plus alléchante, mais encore ouvrait la voie à la personnalisation. Entre le bleu roi, le rouge pompier ou le vert acidulé, le consommateur était à même d’afficher sa différence. Et plus encore lorsqu’est apparu le traitement bicolore des carrosseries. Celui-ci colorait généralement les plus belles carrosseries du monde comme les Rolls-Royce et les Bugatti, pour ne nommer qu’elles. D’autres marques, moins exclusives, ont suivi le mouvement avant que cette « mode » sombre pratiquement dans l’oubli.

La possibilité d’opter pour une carrosserie bicolore (un choix de teintes pour la caisse et une autre pour le toit) reprend des couleurs. Pour démarquer les carrosseries qui finissent toutes par se ressembler en raison des contraintes de sécurité, d’aérodynamique, mais aussi pour imposer une forte identité de marque. Quitte à rompre avec le conformisme, autant faire dans l’excentrique.

Redécouverte

L’industrie automobile redécouvre donc le principe de la double teinte, revenue (timidement) en grâce il y a près de 20 ans grâce à la Mini Cooper. Aujourd’hui, on dénombre une bonne douzaine de véhicules qui offrent d’harmoniser deux couleurs. Ce retour en force s’explique de différentes manières.

En proposant des agencements de couleurs variés, les constructeurs tentent de convaincre l’acheteur de consacrer un budget plus important que prévu (il faut songer à quelques centaines de dollars supplémentaires) et d’accélérer le rythme de renouvellement de son véhicule.

Sur le front du style, le traitement bicolore agit également en trompe-l’œil, sur des VUS notamment, en donnant l’impression qu’ils sont moins volumineux en « scindant » la carrosserie en deux ou encore en optant pour une teinte claire dans le but de réduire la température ambiante dans l’habitacle.

Même si le traitement bicolore complexifie et alourdit le processus de production (ne craignez rien, la facture est refilée au consommateur), il n’a essentiellement pas d’autre objectif que d’exciter la curiosité du public à l’égard d’un modèle récent (Nissan Kicks) ou de rallumer les projecteurs sur un modèle plus ancien (Toyota Yaris). Mais surtout, il ajoute une touche de fantaisie chromatique bienvenue – qui ne se monnaye pas à la revente, en revanche – dans un univers automobile fortement pigmenté de gris, de noir et de blanc.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.