Vaccin contre le coronavirus

Le musulman qui pourrait sauver la présidence de Trump

NEW YORK — En tant que candidat à la présidence, Donald Trump a proposé une « fermeture totale des États-Unis » à tous les musulmans, leur reprochant un « grave problème de haine » envers son pays. À titre de président, il a multiplié les décrets migratoires ciblant les ressortissants de plusieurs pays majoritairement musulmans. Et voilà qu’il vient de confier à un musulman une mission qui pourrait sauver sa présidence.

Le 15 mai dernier, lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, Donald Trump a nommé Moncef Slaoui, éminent immunologiste d’origine marocaine, à la tête de l’Operation Warp Speed (opération Vitesse de l’éclair), dont l’objectif est de doter les États-Unis d’un vaccin contre le coronavirus et d’en produire 300 millions de doses avant la fin de l’année.

En prenant connaissance des origines du Dr Slaoui, Juan Cole a failli tomber à la renverse.

« J’ai eu un choc », raconte ce professeur d’histoire à l’Université du Michigan, éditeur du site Informed Comment, sur l’islam et le monde arabe. « Après avoir tenu des propos islamophobes et utilisé un langage très dangereux à propos des musulmans américains, Trump m’a complètement soufflé en se tournant vers un musulman américain pour diriger son groupe de travail sur le vaccin. »

« Je pense que cela démontre que son discours sur les musulmans américains n’était pas sincère. C’était un stratagème politique pour exploiter la haine que nourrissaient certains Américains à l’égard des musulmans américains depuis les attaques du 11 septembre 2001 », ajoute Juan Cole au cours d’un entretien téléphonique.

« Un excellent choix »

Né il y a 60 ans à Agadir, ville marocaine située sur la côte atlantique, Moncef Slaoui a vite trouvé sa vocation en voyant sa petite sœur succomber à la coqueluche. Titulaire d’un doctorat en biologie moléculaire et immunologie de l’Université libre de Bruxelles, il a fait des études postdoctorales à Harvard et à Tufts, avant de retourner en Belgique où il a été professeur d’immunologie à l’Université de Mons.

À la fin des années 80, le scientifique s’est installé pour de bon aux États-Unis après avoir été recruté par le géant pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK). Il y a atteint les sommets, tout en participant à la découverte de 14 vaccins (contre la malaria, le cancer du col de l’utérus et les pneumocoques, entre autres).

Sa nomination par Donald Trump a suscité une grande fierté parmi ses confrères arabo-américains, selon Rouba Ali-Fehmi, professeure de médecine à l’Université de Wayne State, à Detroit, et ancienne présidente de l’Association nationale de médecine arabo-américaine.

« C’est un excellent choix, peu importe ses origines, dit cette native de la Syrie. Le Dr Slaoui a beaucoup à offrir dans cette quête d’un vaccin qui mettra fin au cauchemar que nous vivons. Il a un excellent bagage. »

Le Dr Slaoui a été choisi après un processus de sélection mené par Jared Kushner, gendre et conseiller du président. Il a été préféré à un autre scientifique arabo-américain, Elias Zerhouni, qui a notamment dirigé les Instituts américains de la santé sous George W. Bush avant de se joindre à la société pharmaceutique Sanofi.

« C’est fascinant. En tant qu’Arabo-Américains, et c’est quelque chose que je dis souvent à mes étudiants, nous travaillons d’arrache-pied pour prouver à l’ensemble de la communauté et du monde que nous sommes vraiment les meilleurs des meilleurs. Nous voyons aujourd’hui les résultats de ce travail acharné. »

— Rouba Ali-Fehmi, professeure de médecine à l’Université de Wayne State, à Detroit

Conflit d’intérêts

Cependant, la nomination du Dr Slaoui n’est pas exempte de controverse. La sénatrice démocrate du Massachusetts Elizabeth Warren a notamment déploré les liens entre le scientifique et la société américaine Moderna, soutenue par le gouvernement américain à hauteur de 483 millions de dollars, qui a annoncé lundi des résultats encourageants pour son vaccin contre le coronavirus.

« C’est un énorme conflit d’intérêts », a tweeté la sénatrice en faisant référence aux actions du Dr Slaoui dans Moderna, dont la valeur était estimée à 12,4 millions de dollars.

Le Dr Slaoui, qui avait déjà quitté le conseil d’administration de Moderna, a annoncé peu après qu’il céderait ses parts. Mais il refuse de liquider ses actions dans GSK, qui s’est alliée à Sanofi pour trouver un vaccin contre le coronavirus.

« Toute personne qui sait comment fabriquer un vaccin serait susceptible d’avoir un conflit d’intérêts », dit un ancien collègue du Dr Slaoui chez GSK sous couvert d’anonymat. « Vous pouvez seulement apprendre ça en travaillant dans l’industrie. Cela dit, je ne pense pas que cela aura un impact sur lui. D’abord, il n’a pas besoin d’argent. Ensuite, sa réputation est en jeu. »

Même s’il voue une grande admiration au Dr Slaoui, son ancien collègue voit dans sa nomination la volonté de la Maison-Blanche de reléguer au second plan le Dr Anthony Fauci et de pallier la rétrogradation du Dr Rick Bright, l’ancien expert des vaccins au sein du gouvernement américain.

« Le premier objectif de Trump est d’être réélu, dit-il. En nommant le Dr Slaoui, il pourra dire qu’il est le responsable de la découverte du vaccin, si le vaccin est découvert. »

L’ironie de la situation n’échappe pas à Juan Cole.

« D’une certaine façon, dit le professeur d’histoire à l’Université du Michigan, si Slaoui arrive en octobre et annonce la production imminente d’un vaccin, cela pourrait déterminer le succès ou l’échec de la présidence de Trump. »

COVID-19

MILLE VICTIMES EN UNE DU NEW YORK TIMES

Si une image vaut mille mots, la une du New York Times donne toute la place, ce dimanche, à mille noms : ceux d’une fraction des quelque 97 000 Américains morts de la COVID-19. Seul un titre – « Près de 100 000 morts aux États-Unis, une perte incalculable » – coiffe six colonnes où s’enchaînent les noms des victimes, leur âge ainsi qu’une anecdote ou une brève description. « Ils n’étaient pas seulement des noms sur une liste. Ils étaient nous », souligne le quotidien en guise de préambule. Avec cette une saisissante en forme d’hommage, le New York Times explique avoir voulu juguler « la fatigue des chiffres » dans la population. Un recherchiste a épluché une kyrielle de journaux locaux et d’avis de décès pour dresser la liste, qui se prolonge à l’intérieur du journal. Au moment de publier, l’image de la une avait été partagée près de 100 000 fois sur Twitter.

— La Presse

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