Gallagher contre Domi

Les deux coéquipiers entretiennent une relation ludique sur les réseaux sociaux qui représente bien la nouvelle « attitude » du Tricolore.

Tout a commencé bien innocemment, le 15 juin dernier, quelques instants après que Max Domi eut été échangé au Canadien. Brendan Gallagher a publié sur Instagram une photo de la victoire canadienne aux Championnats du monde de 2016. On y voit Gallagher célébrant cette victoire avec Domi, Brad Marchand et Ryan Ellis, médaille d’or au cou.

Le message se lisait ainsi : « Max, j’ai aimé gagner avec toi. Faisons-le encore. P.-S. : Tu détestes désormais le gars à côté de toi. » C’était Brad Marchand, évidemment honni de tout Montréal.

Domi avait répondu laconiquement : « Allons-y, mon frère. J’ai hâte. » Suivi d’une émoticône de poing. Le nouveau venu ne savait pas que c’était la première étape d’une relation houleuse, et hilarante, sur les réseaux sociaux. Une relation qui a dégénéré au point que Gallagher s’est retrouvé avec de la crème fouettée en plein visage lors d’un récent souper d’équipe…

D’ailleurs, comment Gallagher décrirait-il sa relation avec Domi, qu’il connaît depuis trois ans maintenant ? Gallagher éclate de rire.

« Douteuse. »

Et comment se qualifie-t-elle sur les réseaux sociaux ?

« On est à égalité. Je ne sais pas trop comment la décrire. C’est indescriptible. On aime avoir du plaisir. C’est qui nous sommes. Nous sommes compétitifs, nous avons ça en commun, et nous n’aimons pas perdre. Quand il perd, j’aime qu’il le sache. »

Fidèle à lui-même, Gallagher a envoyé les premières salves. Domi posait sur Instagram avec un manteau de la nouvelle collection Harry Rosen lorsque Gallagher a décidé d’attaquer son coéquipier sur ce qu’il sait être son point faible : sa taille.

« Est-ce qu’ils le vendent en grandeur pour hommes, ou juste pour les enfants ? »

Pour Gallagher, c’était le coup de grâce. Il savait que le commentaire piquerait encore plus Domi puisque Gallagher est le plus petit des deux joueurs. « Quand je dis qu’il est petit, ça le dérange, alors je continue à le faire », a-t-il révélé hier dans le vestiaire. On reconnaît bien le fauteur de troubles qu’il est devenu.

La guerre était déclarée. Plusieurs autres membres du Canadien ont réagi à « l’affront ».

Mike Reilly : « Du calme, Frodon », référence, bien sûr, au personnage de petite taille du Seigneur des anneaux.

Andrew Shaw : « Venant de celui qui a un siège d’appoint dans sa voiture, mais qui n’a pas d’enfant… »

Puis Domi lui-même s’est défendu : « Est-ce que le père Noël sait que tu as quitté l’atelier ? »

« Se pousser »

Bien sûr, Domi n’a pas été blessé par le commentaire sur sa taille modeste (5 pi 10 po).

« Il devra être plus créatif que ça, a dit Domi, lui-même assez outillé pour déranger. C’est super quand tu peux créer une chimie avec quelqu’un en dehors de la glace. »

« Nous sommes devenus proches très rapidement. J’ai vraiment l’impression que je le connais depuis plus longtemps qu’en réalité. »

— Max Domi

Domi explique que les deux joueurs ont développé un lien fort par leur passion similaire sur la glace et leur volonté de gagner par-dessus tout.

« Nous voulons faire partie de quelque chose de spécial ici. Nous sommes impliqués à 100 % [Domi a utilisé l’expression all in], on va se pousser pour devenir les meilleurs joueurs et les meilleures personnes possible. »

En fait, les deux joueurs ont créé très rapidement une chimie qui représente bien la nouvelle mentalité du Canadien. La fameuse « attitude » tant recherchée. 

Quand Phillip Danault a annoncé en début de saison que « l’ambiance [la vibe] était 100 fois mieux », il ne voulait pas dire uniquement sur la glace. Dans le vestiaire aussi, ça compte. Les joueurs ont du plaisir entre eux, c’est palpable, et ils n’hésitent pas à en faire profiter les partisans. On a aussi pu de cette manière en apprendre davantage sur des joueurs plus réservés, comme Jacob De La Rose, Artturi Lehkonen ou Reilly, hilarants sur les réseaux sociaux.

« Authentique et cool »

Pour Gallagher, cette présence en ligne se veut avant tout ludique. C’est pour lui une manière comme une autre de communiquer avec les partisans et avec ses amis. Il se garde toutefois une petite gêne, sachant à quel point une telle plateforme peut se révéler négative par moments.

Domi, en revanche, profite pleinement des réseaux sociaux pour montrer aux gens des aspects méconnus de sa personnalité.

« C’est agréable, surtout dans une ville comme Montréal, de montrer un autre côté de soi. Finalement, tu partages des portions de ta vie avec les partisans pour qu’ils sentent qu’ils font partie du projet. On est peut-être des joueurs de la LNH et pas eux, mais nous sommes tous des humains. Je suis sûr qu’ils apprécient de nous voir interagir au quotidien. Pour qu’ils voient qu’on est des gens normaux. C’est authentique et cool. »

Domi a fini par obtenir sa revanche. Dans une soirée d’équipe, il était aussi aux premières loges pour documenter le moment où Gallagher s’est retrouvé avec de la crème fouettée dans le visage pendant une partie de Pie Face. Il n’a pas manqué non plus de rappeler sa fiche contre Gallagher au ping-pong : trois victoires, aucune défaite.

« Il y a une première fois pour tout. On ne doit pas s’attendre à ce que ça arrive trop souvent », a tenu à rectifier Gallagher.

À défaut de tout rafler sur la glace, au moins la mouture 2018-2019 du Canadien aura la prétention de ne pas être ennuyeuse. Cette amitié naissante entre Domi et Gallagher en est une preuve de plus.

Comme en 1993

C’est jour de match d’ouverture à domicile pour le Canadien, contre les Kings de Los Angeles. Comme il n’y a pas de hasard, la rencontre sera précédée d’une cérémonie honorant l’équipe championne de 1993. Claude Julien a pris un intéressant détour hier matin pour lier sa situation à celle du Canadien de 1993. « C’est comme Vegas l’an passé, un groupe de joueurs qui n’était pas supposé gagner, a dit Julien. 1993 ou 2018, ces choses-là existent encore. Ce ne sont pas toujours les meilleurs joueurs qui forment la meilleure équipe, c’est le meilleur groupe. Tu as besoin de tout. C’est ce que Jacques Demers avait. […] Je trouve que c’est bien qu’on les reconnaisse, et on espère toujours que ça va nous inspirer à suivre ce qu’ils ont accompli. »

La formation

Sans surprise, le Canadien devrait garder sa formation intacte contre les Kings, avec Tomas Plekanec, Nikita Scherbak et Karl Alzner laissés de côté. Aucun changement non plus dans les trios. Chez les blessés, Jacob De La Rose (épisode cardiaque) s’est entraîné avec ses coéquipiers, et son état est réévalué quotidiennement. De son côté, Nicolas Deslauriers (fracture au visage) devrait revenir au jeu d’ici deux semaines. Hier matin, le Canadien a aussi beaucoup travaillé l’avantage numérique. « On doit avoir les bonnes personnes aux bonnes places et c’est ce qu’on essaie de faire », a dit Claude Julien. Les deux vagues se déclinaient ainsi : Gallagher, Drouin, Armia, Tatar et Petry ; Shaw, Kotkaniemi, Domi, Lehkonen et Mete.

Kotkaniemi plus libre

Jesperi Kotkaniemi disputera son premier véritable match au Centre Bell devant sa mère, tout juste arrivée à Montréal. Le Finlandais de 18 ans sera intéressant à suivre. Claude Julien a pris la décision de le protéger contre les Penguins de Pittsburgh, pour éviter que des joueurs de centre d’élite comme Evgeni Malkin n’exposent ses faiblesses. Maintenant à domicile, avec le dernier changement, Julien a plus de latitude dans son utilisation de Kotkaniemi. « On ne doit pas penser qu’il n’est pas capable, il est ici car il est capable. Sur la route, les autres entraîneurs lui opposent les meilleurs trios. C’est à moi de bien réagir. À la maison, je suis en meilleure position, mais d’un autre côté, je trouve qu’il s’en est très bien tiré. »

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