OPINION SYLVAIN CHARLEBOIS

« Flexitarisme » au menu

Les options végétariennes et végétaliennes prennent de plus en plus de place, et pas seulement sur les étagères des épiceries. Le secteur de la restauration n’a vraiment d’autre choix que de s’adapter.

En restauration rapide, le succès du Beyond Burger cet été chez A & W en a surpris plus d’un. Pendant un bon moment, les ventes de ce dernier ont surpassé celles du produit vedette de la chaîne, le Teen Burger. Le Beyond Burger, qui contient une galette à base de protéines végétales, est un véritable coup de maître parce que le goût du produit en confond plusieurs. Il n’y a qu’une légère différence entre le goût d’une véritable galette de viande et celle du Beyond Burger.

C’est un peu la même chose ailleurs. Chez McDonald’s, on peut commander un Big Mac sans viande ne contenant aucune protéine. Les guichets libre-service de ses restaurants affichent même sa photo, avec le pain, la laitue, la tomate, la sauce, et c’est tout. Une image qui frappe. Pendant des années, McDonald’s s’est présenté comme un ambassadeur important de la filière bovine canadienne. C’est un revirement des plus surprenants.

Végéburger 2.0

Il y a plus d’une décennie, des chaînes comme Burger King et McDonald’s avaient tenté leur chance avec un « végéburger »… au goût exécrable. Aujourd’hui, les entreprises tentent d’offrir un produit semblable, exempt de protéines animales, sans nécessairement marginaliser l’exercice. Son achat devient un geste « dans l’air du temps » qui permet de suivre une tendance sans s’adresser uniquement à ceux qui rejettent la viande de leur assiette. Plusieurs carnivores invétérés se laissent parfois tenter.

En effet, ces produits touchent un marché qui dépasse le mouvement anti-viande bien ancré au Canada, surtout chez les jeunes.

Ce mouvement s’accompagne aussi d’un autre mouvement important chez les moins jeunes : le « flexitarisme ». Le Robert a intégré ce mot cette année même si le terme anglais s’utilisait depuis au moins 20 ans.

Le flexitariste est essentiellement un végétarien à temps partiel. Le flexitarisme permet de suivre une pratique alimentaire flexible selon les circonstances. Certains consommateurs se posent des questions sans vouloir changer leur mode de vie. Selon un récent sondage de l’Université Dalhousie, pratiquement la moitié de ces derniers sont des baby-boomers, des carnivores sensibilisés par une série de facteurs tels l’environnement, le bien-être animal, le prix et la santé.

Autrement dit, les baby-boomers commencent à penser à leur alimentation de manière différente. Mais surtout, ces derniers sortent souvent pour aller manger au restaurant et côtoient de plus en plus de végétariens ou de végétaliens.

Les restaurants s’adaptent, autant au niveau de la restauration rapide que de la fine cuisine. Partout au pays, on trouve des restaurants, grand public ou non, qui offrent des produits végétariens et végétaliens.

Ceux qui n’ont aucune préférence diététique sont évidemment bien servis. Les végétariens et les flexitariens aussi, jusqu’à un certain point. Les végétaliens semblent moins satisfaits que les autres. Au total, 45 % d’entre eux se disent satisfaits ou très satisfaits, contre 82 % pour les consommateurs qui ne sont pas rebutés par la viande et les animaux, une différence importante.

Autrement dit, les personnes végétaliennes doivent visiter essentiellement des restaurants consacrés au véganisme pour trouver leur compte. Pas surprenant, puisque ce mode de vie n’accepte aucun compromis. Les flexitariens, quant à eux, s’avèrent satisfaits à 78 %.

Là pour rester

Près d’un Canadien sur cinq suit une diète tendant à réduire ou à éliminer la viande. Au sein d’un groupe ou d’une famille de cinq, il y a de fortes chances de trouver au moins une personne qui désire autre chose que des protéines animales. Le calcul se fait donc facilement et les restaurants doivent miser sur l’inclusion. Rassurez-vous : ces plats auront le goût et l’aspect de ceux qui contiennent des protéines animales.

Les mouvements du végétarisme et du véganisme ne s’arrêteront pas de sitôt. Les jeunes de la génération Z et les milléniaux se mobilisent et imposent leurs préférences. Plus de 63 % des personnes végétariennes et végétaliennes ont 38 ans ou moins. La plupart des restaurants devront les écouter pour survivre, tout en satisfaisant les flexitariens qui veulent, de temps en temps, suivre la parade anti-viande.

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