Festival de jazz

« Il y avait une crainte réelle de dérapage »

Les organisateurs du festival se défendent d’avoir censuré SLĀV

La décision d’annuler la présentation de la pièce SLĀV n’est pas un acte de censure. Elle a été prise en raison de l’incapacité de Betty Bonifassi à remonter sur scène et des tensions croissantes mettant en danger la sécurité publique, a affirmé le Festival de jazz, hier.

« J’aurais aimé que la pièce continue », a déclaré Jacques-André Dupont, président-directeur général de l’organisation, lors de la conférence de presse bilan du 39Festival de jazz de Montréal, hier après-midi.

Toutefois, ce n’est pas la controverse qui a eu raison de l’œuvre de Robert Lepage et de Betty Bonifassi, mais d’abord le fait que cette dernière avait fait savoir aux organisateurs qu’elle ne pourrait reprendre son rôle pour les représentations restantes. Blessée à la jambe et blessée par le tollé qu’a soulevé SLĀV, la chanteuse a annoncé qu’elle se retirait.

De plus, « le Festival prend les questions de sécurité très au sérieux » et les risques que posait l’escalade des tensions et de l’agressivité de certains manifestants ont forcé les organisateurs à prendre des mesures pour s’assurer qu’aucun incident ne survienne.

« Il y avait une crainte réelle de dérapage. […] Quand on a 100 000 personnes et plus qui circulent chaque jour, on doit prendre une décision. »

— Jacques-André Dupont, PDG du Festival de jazz

La production doit, à la suite de cette annulation, essuyer des centaines de milliers de dollars de pertes. Le Théâtre du Nouveau Monde, la compagnie de production Ex Machina et le Festival de jazz s’assureront cependant de pallier les salaires amenuisés des artistes de la pièce.

À l’écoute des contestations, mais pas de censure

M. Dupont a indiqué que le Festival en jazz avait engagé vendredi une discussion de plusieurs heures avec de jeunes militants afrodescendants, afin de comprendre le fond de leurs récriminations. « Il s’agit d’un débat plus profond que juste SLĀV », a-t-il dit, ajoutant ne pas encore tout comprendre de ces débats, mais souhaiter créer un dialogue qui permettra de « faire mieux ».

Cependant, il a répété à plusieurs reprises que l’organisation n’avait pas muselé les créateurs de SLĀV, insistant sur le fait que les facteurs « humains et techniques » avaient mené à cette décision presque inédite. N’eussent été la sécurité et la décision de Mme Bonifassi, le spectacle aurait continué, a confirmé Jacques-André Dupont.

La décision de l’artiste américain Moses Sumney d’annuler son spectacle n’a pas non plus joué.

L’art ne peut plaire à tout le monde, mais pour ne pas s’engager dans la censure, tout en faisant en sorte de mettre en pratique la résolution d’être plus à l’écoute des communautés culturelles montréalaises, les organisateurs entameront une réflexion en vue de la 40édition du festival, en 2019.

Le président-directeur général de l’organisation a précisé que le Festival de jazz n’était que le diffuseur dans cette réunion artistique de renommée mondiale, à l’instar « d’un festival de films qui met à l’affiche des films qu’il n’a pas produits ».

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.