COVID-19

Ottawa ouvre la porte à une aide financière aux municipalités

L'accord des provinces sera toutefois nécessaire, avertit la vice-première ministre, Chrystia Freeland

Ottawa — Le gouvernement Trudeau ouvre la porte toute grande à donner un coup de pouce financier aux municipalités, qui voient leurs revenus chuter dramatiquement à cause de la pandémie de COVID-19 et qui n’ont pas le pouvoir d’enregistrer des déficits.

Mais, au préalable, les provinces devront donner leur accord à tout plan d’aide, prévient la vice-première ministre, Chrystia Freeland, car la gestion des affaires municipales est une juridiction qui relève des gouvernements provinciaux.

Le mois dernier, la Fédération canadienne des municipalités (FCM) a lancé un appel à l’aide urgent à l’intention d’Ottawa en réclamant 10 milliards de dollars pour éviter un naufrage financier qui les forcerait à mettre la hache dans les services à la population, notamment le transport en commun.

Interrogée à ce sujet mercredi à la Chambre des communes par le député néo-démocrate Alexandre Boulerice, Mme Freeland a soutenu que les municipalités seraient appelées à jouer un rôle crucial, aux yeux d’Ottawa, pour assurer la relance de l’économie canadienne.

« Je suis absolument d’accord que c’est un enjeu très important pour notre pays. Notre gouvernement est prêt à travailler en étroite collaboration avec les municipalités. Le transport en commun est absolument essentiel pour la réouverture de l’économie. Je veux souligner aussi que c’est très important pour les municipalités de continuer de travailler avec les provinces, qui sont en première ligne responsables des municipalités. Le fédéral sera là aussi », a affirmé Mme Freeland.

« C’est bien agréable d’entendre cela. Mais on a hâte d’entendre une solution avec des sous pour les municipalités. Ça presse ! », a réagi M. Boulerice.

Les municipalités « sur la ligne de front »

À Montréal, l’administration de la mairesse, Valérie Plante, estime que le manque à gagner pourrait friser les 500 millions de dollars cette année, selon la durée de la crise. À lui seul, le transport en commun serait responsable de la moitié de cette perte financière anticipée. Mme Plante s’est d’ailleurs entretenue vendredi dernier avec Mme Freeland au sujet, entre autres, de la crise financière qui pend au bout du nez de la métropole, a-t-on confirmé au bureau de la mairesse.

« L’ouverture démontrée aujourd’hui par le gouvernement est bienvenue. Les municipalités sont sur la ligne de front depuis le tout début de la pandémie, et la pression sur les finances publiques des villes ne va pas en s’amenuisant, bien au contraire. En ce sens, un engagement ferme et rapide de la part du gouvernement fédéral et des provinces est attendu », a indiqué mercredi la mairesse Plante dans un courriel à La Presse.

En tant qu’entités relevant des municipalités, les sociétés de transport en commun n’ont pas droit au programme de subvention salariale mis sur pied par le gouvernement Trudeau pour permettre aux employeurs de verser une partie des salaires à leurs employés.

À Toronto, le maire, John Tory, calcule que la Ville Reine accuse des pertes financières d’environ 65 millions par semaine depuis le début du confinement.

À Gatineau, le déficit pourrait friser les 35 millions cette année, a récemment fait savoir le maire de la ville, Maxime Pedneaud-Jobin.

Ce dossier a été abordé jeudi dernier lors de la conférence téléphonique que tient chaque semaine le premier ministre Justin Trudeau avec ses homologues provinciaux afin de faire le point sur la crise à l’échelle du pays.

Selon des informations obtenues par La Presse, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, appuie fortement l’idée qu’Ottawa délie les cordons de sa bourse afin d’accorder une aide financière aux municipalités du pays. Il a repris à son compte des demandes formulées par certaines associations de municipalités de sa province.

Il faut dire que l’Ontario n’a pas forcément les moyens financiers de le faire, la province se dirigeant vers un déficit de près de 40 milliards cette année.

Un déficit combiné de 10 à 15 milliards

Selon les calculs de la FCM, le déficit combiné des municipalités, grandes et petites, devrait atteindre au minimum de 10 à 15 milliards cette année à cause des pertes financières irrécupérables liées à la pandémie de COVID-19.

Cette estimation comprend les pertes en impôts fonciers, en factures de services publics et en frais d’utilisateur. Il comprend également les pertes liées aux droits de passage pour les villes ayant un réseau de transport collectif, pertes qui, à elles seules, sont estimées à 400 millions par mois. Qui plus est, les municipalités doivent prendre des mesures pour préserver la santé publique et la sécurité.

Contrairement aux provinces et au gouvernement fédéral, les municipalités ne peuvent pas enregistrer de déficits. Selon la FCM, la somme d’urgence de 10 milliards permettrait aux municipalités d’éviter une crise financière sans précédent pour le monde municipal. De cette somme, au moins 7,6 milliards devraient être versés en affectations directes aux municipalités, tandis que 2,4 milliards seraient versés en plus aux municipalités qui exploitent des réseaux de transport collectif.

Trudeau ouvert à assister au sommet du G7 en personne

S’envoler vers les États-Unis en pleine pandémie pour assister au prochain sommet du G7 en personne, à Camp David ? Pourquoi pas ? « C’est une idée intéressante », a dit Justin Trudeau en conférence de presse. « On va regarder ce que les Américains sont en train de proposer », a-t-il ajouté en réaction à l’invitation lancée par le président des États-Unis. « Il faut souligner l’importance du G7, l’importance des rencontres des pays pour pouvoir contrer la crise, pour pouvoir parler de la restauration de l’économie globale, donc c’est important qu’on ait une rencontre ; on a déjà eu une rencontre virtuelle il y a quelques semaines, et c’est important qu’on en ait une autre, d’une façon ou d’une autre, au mois de juin », a-t-il dit. En revanche, il voudra en savoir davantage sur les mesures sanitaires qui seraient adoptées. Hôte de la rencontre annuelle de 2020, le président Donald Trump tape du pied et espère redémarrer la machine économique. La machine diplomatique aussi, selon ce qu’il a signalé mercredi. « Maintenant que notre Pays “est en transition pour revenir à la Grandeur”, j’envisage de reprogrammer le G7, à la même date ou à une date similaire, à Washington, D.C., au légendaire Camp David », a-t-il écrit sur Twitter.

— Mélanie Marquis, La Presse

Le port du masque recommandé par santé publique du canada

La Santé publique du Canada recommande maintenant aux citoyens de porter un masque non médical ou un couvre-visage comme « protection supplémentaire », lorsqu’il est impossible de garder une distance de deux mètres en public. Cette « recommandation spécifique » qui découle du déconfinement graduel amorcé dans plusieurs provinces demeure toutefois étonnante, puisque l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada suggère le port du masque depuis déjà des semaines. « Il n’y a pas de véritable nouvelle », a admis la Dre Theresa Tam. « Il n’y a pas vraiment de différence, [voire] pas de différence du tout » entre l’ancienne directive et la nouvelle recommandation, a concédé le Dr Howard Njoo, sous-administrateur en chef de la Santé publique. La numéro un de la Santé publique a rappelé que le port du masque était un « concept de solidarité », puisqu’il permet d’abord de protéger les autres. À Québec, la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, a également abordé la question du masque. « On le sait, ça fait bizarre peut-être les premières fois, mais il faut développer cette habitude-là », a-t-elle souligné.

— Louis-Samuel Perron et Ariane Krol, La Presse

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