Éditorial Paul Journet

DISCOURS EN ANGLAIS DE VALÉRIE PLANTE S’effacer par gentillesse

La journée où le gouvernement caquiste baissait le nombre d’immigrants, la mairesse de Montréal prononçait un discours uniquement en anglais. Il y a un lien entre les deux.

Les caquistes prétendent que le Québec accueille trop d’immigrants pour être en mesure de les franciser et de les intégrer au travail. Il faudrait donc temporairement « en prendre moins pour en prendre soin ».

Or, si la francisation piétine, ce n’est pas seulement à cause des ratés – bien réels – dans les programmes de francisation. C’est aussi à cause d’un problème plus intangible, à cause d’un certain esprit de l’époque. Mardi, Valérie Plante l’a incarné de façon aussi claire que maladroite.

La mairesse annonçait une excellente nouvelle : l’arrivée à Montréal de trois entreprises britanniques en intelligence artificielle (Quantum Black, WinningMinds et BIOS). Son discours préparé était en français et en anglais. Puis, quand elle est montée sur scène, un déclic s’est fait. Elle a mis de côté son discours pour parler uniquement en anglais. C’était pour être polie, pour être comprise.

Et c’est ainsi que la mairesse a fait la preuve que le français devient parfois facultatif dans la plus grande métropole francophone en Amérique.

Comment s’étonner alors que certains nouveaux arrivants ne parlent pas une langue que la mairesse juge elle-même facultative ? Comment exiger qu’ils s’échinent à apprendre une langue que Mme Plante n’utilise pas toujours chez elle ?

Elle pourrait prendre des leçons de… Stephen Harper. Même lorsqu’il était à Washington, le premier ministre du Canada commençait ses discours en français. Parce qu’il voulait rappeler que son pays avait deux langues officielles.

On ne veut pas s’acharner sur Mme Plante. À sa décharge, elle s’est depuis excusée. Si on en parle, c’est parce que cette bourde renforce une tendance qui existait bien avant elle. Soit celle de mettre de côté le français quand le pragmatisme l’exige.

Un autre exemple, l’ouverture d’une boutique Adidas l’année dernière au centre-ville. Le gérant s’était presque excusé de prononcer quelques mots en français – il voulait « accommoder » les médias – avant de revenir à son laïus en anglais.

Dans les deux cas, le raisonnement était le même : l’important est de se comprendre, et quoi de plus efficace pour cela que l’anglais, la lingua franca des affaires.

On le sait, l’intégration et la francisation des nouveaux arrivants se font en bonne partie grâce au travail. Plusieurs nouveaux secteurs de pointe, comme l’intelligence artificielle, peuvent nécessiter la connaissance de l’anglais.

Mais il y a une différence entre reconnaître que l’anglais est utile et démontrer que le français est optionnel.

Mme Plante s’est fait élire autant pour son programme que pour ses qualités personnelles. Elle apporte un style plus humain à la mairie. C’est ce qui fait sa force. Mais il est possible de s’ouvrir à l’autre sans s’oublier soi-même. Il est possible de célébrer sa langue avec le sourire.

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