CHRONIQUE

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles…

C’est une excellente nouvelle rapportée hier par mon collègue Vincent Larouche : le gouvernement du Québec veut stopper le déversement de déchets toxiques dans les campagnes.

C’est un dossier que Vincent suit depuis longtemps. Il a publié récemment une enquête montrant des camions-bennes larguer en pleine nature des sols contaminés. Ce n’était pas sa première enquête sur ce sujet, qui existe médiatiquement grâce à lui.

Ces derniers temps, deux enquêtes criminelles ont avorté au Québec dans la foulée de déversements semblables, qui sont de véritables saccages environnementaux. Dans un des cas, la pollution engendrée par cette pratique était à ce point toxique qu’un chimiste a soulevé les risques de mutations génétiques dans la faune.

Pourquoi « domper » ses déchets – de construction, d’excavation qui comportent des sols contaminés par des métaux lourds – dans la nature, plutôt que de les faire décontaminer et de les faire enfouir de façon écologique ?

Parce que ça ne coûte rien. Tout le monde est écolo jusqu’à ce que l’entreprise de camionnage te dise que tu vas épargner 20 000 $ sur ton projet si tu ne poses pas de questions sur la destination des sols contaminés…

S’est donc développée « une économie parallèle illégale » du déversement sauvage de déchets contaminés en milieu rural, selon les mots du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, économie qui serait selon lui l’un « des principaux générateurs de contamination actuellement ».

Un nouveau règlement forcera les donneurs d’ouvrage et les entreprises de camionnage à assurer une certaine traçabilité des déchets extraits de sites d’excavation. Le système s’appellera d’ailleurs « Traces Québec », et permettra notamment de suivre les camions en temps réel par GPS. Amendes potentielles pour les contrevenants : 3 millions de dollars.

Je souligne cette bonne nouvelle (qui sera sans nul doute difficile à implanter, le décalage étant toujours immense entre les belles ambitions et le réel) parce que c’est le genre d’action simple qui, en matière d’environnement, peut avoir un effet immédiat, effet qui se répercute sur la santé des citoyens.

Je vous ai déjà dit que je suis tout à fait convaincu que le climat se réchauffe, que c’est la faute de l’activité humaine, mais que je doute fortement de la capacité de l’humanité à freiner ce réchauffement. Je ne suis pas cynique face aux efforts de ceux qui se démènent pour limiter la hausse de la température planétaire, mais je ne crois pas que l’humanité ait les outils et le temps pour agir de façon décisive.

Cependant, là où un gouvernement comme le gouvernement du Québec peut avoir un impact, c’est dans des actions comme celle que La Presse a révélée hier, au sujet de ces sols contaminés qui souillent la nature. Ce n’est pas sorcier. Ça ne demande pas un traité mondial, ça ne demande pas une révolution des habitudes de production et de consommation de milliards de personnes.

Ça demande de la volonté et des effectifs, pour des résultats qui peuvent se mesurer facilement et rapidement. Dans le cas qui nous occupe, il s’agit de s’assurer que des bandits liés à ces criminels du terroir que sont les Hells Angels soient enfin surveillés, traqués et punis s’ils se servent de la nature comme de leur poubelle personnelle.

Bref, bravo au gouvernement de la CAQ, bravo au ministre de l’Environnement. Là-dessus, Traces Québec est un programme nécessaire et sensé.

J’aimerais maintenant voir la même ambition au ministère de l’Agriculture, encore et toujours empêtré dans des histoires de surutilisation des pesticides dans nos campagnes : Thomas Gerbet de Radio-Canada a encore sorti un scoop cette semaine à ce sujet, quelques semaines après la saga du congédiement de l’agronome Louis Robert, qui s’opposait à cette surutilisation de pesticides…

On a donc appris qu’en 2016, un centre de recherche du gouvernement recommandait de façon urgente de limiter l’utilisation de pesticides dans nos campagnes, en faveur d’autres méthodes plus douces…

Le rapport a été tabletté par le ministère de l’Agriculture, le MAPAQ.

Un jour, il va falloir que le MAPAQ explique pourquoi tant de ses décisions favorisent les vendeurs de pesticides.

L’UNIVERSITÉ MICKEY MOUSE DE TROIS-RIVIÈRES

Le 19 novembre 1983, Wayne Gretzky a prononcé des paroles célèbres. Ce soir-là, le joueur étoile des Oilers d’Edmonton avait inscrit 8 points dans une victoire de 13-4 de son club contre les Devils du New Jersey.

« Ils sont en train de gâcher cette ligue, avait dit Wayne Gretzky après le match, en critiquant l’organisation des Devils, pathologiquement incapable de mettre un club sérieux sur la glace. C’est une équipe de Mickey Mouse… »

La déclaration était entrée dans la légende dès qu’elle avait quitté la bouche de La Merveille…

Ce détour dans le temps, ce n’est pas pour vous parler du numéro 99, c’est pour vous parler de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Début février, je chroniquais sur cette prof au MBA-UQTR qui parle à ses élèves de ses vues psychotroniques sur la forme de la Terre (plate, dit-elle), sur les « chemtrails », sur la conquête de la Lune, qui n’a jamais eu lieu, sur le cellulaire, qui contrôle les naissances, et sur Satan, qui se cache dans le logo des cafés Starbucks…

Réaction de l’UQTR : elle n’a pas voulu commenter directement le cas de la prof, prétextant que c’est un « dossier de ressources humaines ».

Puis, hier, un autre prof de l’UQTR aux vues farfelues se ramassait dans La Presse, un biochimiste qui fait une croisade facebookienne contre les vaccins, une position anti-science indigne d’un employé d’une université digne de ce nom.

Un scientifique digne de ce nom s’empresserait de faire des recherches sur ses doutes à propos des vaccins et d’en publier les résultats là où la science avance : dans des revues scientifiques, dont les articles sont révisés par des pairs.

Réaction de l’UQTR au papier de La Presse : au nom de la liberté académique, l’Université ne suit pas les propos des profs sur les réseaux sociaux… Donc, l’UQTR, nous a appris un porte-parole, n’a pas l’intention d’agir.

Ce qui me dérange, ici, ce n’est pas de savoir si l’UQTR peut agir ou pas. Il est vrai que la liberté académique est un rempart souhaitable dont le corollaire détestable est qu’il protège des illuminés comme ce biochimiste.

Non, ce qui me dérange, c’est qu’on ait confié au porte-parole de l’UQTR la responsabilité d’aller au bâton pour commenter l’article de Philippe Mercure, hier.

Il était où, le recteur de l’UQTR, Daniel McMahon ?

J’ai demandé au recteur hier s’il avait quelque chose à dire au sujet de son prof qui propage des doutes à propos des vaccins sur Facebook, maintenant que La Presse avait publié son enquête.

Voici sa réponse : « Comme tous les professeurs universitaires, monsieur Linard jouit du privilège exceptionnel de la liberté académique. Toutefois, cela ne veut pas dire que l’on puisse dire n’importe quoi, puisque la liberté ne dispense pas de la rigueur scientifique.

« Il lui revient donc de fournir toutes les données probantes sur lesquelles reposent ses affirmations et, s’il ne peut soutenir ce qu’il avance, le jugement de ses pairs sera sévère.

« Je n’ai pas l’expertise scientifique requise pour exprimer une opinion personnelle sur les affirmations du professeur Linard. Toutefois, en tant que recteur, je lui souhaite de pouvoir être en mesure d’appuyer ses dires sur des données probantes. »

Deux morceaux de robot au recteur McMahon pour être enfin sorti publiquement sur cette affaire. Mais un bonnet d’âne pour la mollesse de la condamnation !

Peut-être que ces profs ne peuvent pas être congédiés, peut-être qu’ils ne doivent pas l’être, au nom du principe supérieur de la liberté académique. OK. Mais la direction devrait les dénoncer brutalement, le recteur en tête, même si ce comptable de formation doit se faire expliquer la méthode scientifique par des profs de son campus…

Mais peut-être que c’est dans l’ADN de l’UQTR de tolérer les singeries non scientifiques : en 2011, je faisais écho à un cours qui prétendait « étudier » le paranormal, un cours au contenu aussi léger que ses méthodes d’évaluation…

J’avais assisté au cours « La science face aux phénomènes paranormaux » et permettez que je me cite, une fois n’est pas coutume : « Les sources citées dans le cours étaient souvent des livres d’enquêteurs patentés du paranormal, des livres que je googlais en temps réel dans mon iPhone et qui faisaient l’objet de déculottages en règle sur le site d’une association de sceptiques américains… »

Si l’UQTR se soucie de la science, c’est quoi une université qui se fiche de la science ?

Si l’UQTR n’est pas une université Mickey Mouse, c’est quoi, une université Mickey Mouse ?

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