brésil élection Présidentielle

Le candidat d’extrême droite passe facilement au deuxième tour

Même si Jair Bolsonaro a obtenu plus de 46 % des voix, l’issue des élections s’annonce toujours imprévisible.

Le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro s’est très facilement qualifié hier pour le second tour de la présidentielle au Brésil, mais devra livrer à la gauche un duel à l’issue très incertaine dans un pays polarisé.

Celui qui caracolait en tête des intentions de vote depuis des semaines et se disait convaincu d’être élu président dès le premier tour a recueilli 46,46 % des voix, selon des résultats quasi définitifs (98 % des bulletins dépouillés) publiés dans la soirée hier.

Il devance largement son rival, le candidat du Parti des travailleurs (PT, gauche) Fernando Haddad, remplaçant de l’ex-président incarcéré et inéligible Lula, qui obtient 28,69 %.

Les premiers résultats partiels annoncés par le Tribunal supérieur électoral (TSE) ont été accueillis avec des cris de joie par les partisans de Fernando Haddad.

« Nous voulons unir les démocrates de ce pays », a déclaré celui-ci devant ses supporteurs.

Une grande déception régnait en revanche chez les partisans de Bolsonaro.

« C’est un peu décevant, on espérait gagner au premier tour », a confié Lourdes Azevedo, 77 ans, dans le bar d’un hôtel de Rio où le candidat s’apprêtait à prendre la parole. « Maintenant, ça va être plus difficile. Au second tour, il y a un risque », a-t-elle ajouté.

Le candidat d'extrême droite a affirmé hier en soirée être « certain » qu'il aurait été élu au premier tour des présidentielles si des « problèmes avec les urnes électroniques » n'étaient pas survenus. « Je suis certain que si ça n'avait pas eu lieu, nous aurions eu dès ce soir le nom du président de la République. C'est notre liberté qui est en jeu », a déclaré Bolsonaro dans une vidéo sur Facebook.

« Je croyais [en une victoire] au premier tour […]. C’est incroyable que le Parti des travailleurs ait réussi à obtenir autant de voix, avec tout ce qui s’est passé au Brésil. »

— Amilton Junior, professeur

Réunis devant son domicile à Rio, des partisans de l’ex-capitaine de l’armée saluaient toutefois en chantant le résultat du candidat, bien au-dessus des 40 à 41 % dont l’avaient crédité les dernières enquêtes d’opinion samedi.

Son propre fils, Flávio, député fédéral, a été, lui, élu sénateur dès le premier tour. Un autre de ses fils, Eduardo, est quant à lui devenu le député le mieux élu de l'histoire du pays, récoltant plus de 1,8 million de suffrages pour représenter l'État de São Paulo à la Chambre nationale des députés.

Sentiment anti-PT

Les Brésiliens ont voté en masse pour le candidat d’extrême droite, portés par l’espoir d’un changement dans ce pays en crise, qui ne parvient pas à endiguer la violence et la corruption.

Pour de nombreux électeurs, Jair Bolsonaro est apparu comme l’homme de la situation, avec son discours sécuritaire qui préconise la libéralisation du port d’armes. Il a aussi bénéficié d’un fort sentiment anti-PT, au pouvoir de 2003 à 2016.

Ce rejet du PT s’est notamment traduit par la défaite de l'ex-présidente de gauche Dilma Rousseff, destituée en 2016 par le Parlement, qui a échoué hier dans sa tentative de briguer un siège de sénatrice dans l'État de Minas Gerais (sud-est).

« Le Brésil veut du changement », a soutenu Roseli Milhomem, dans un bureau du centre de Brasília où elle a voté pour l’ex-militaire. « On en a assez de la corruption. »

À Rocinha, une immense favela de Rio, Antonio Pereira Moraes, 49 ans, a aussi voté pour l’ancien militaire.

« Le Brésil a besoin d’un changement, il y a beaucoup de choses à faire que les autres n’ont pas faites, surtout dans le domaine de la santé. »

— Antonio Pereira Moraes

Même sur la place São Salvador, un des fiefs de la gauche à Rio, certains électeurs affichaient leur enthousiasme pour le candidat d’extrême droite. « Notre pays a besoin de changement, ça ne peut plus continuer comme ça », a affirmé Terezinha Diniz.

Dans le camp du candidat de gauche, Fernando Haddad, c’était le soulagement, alors que le scénario de l’élection de Bolsonaro dès le premier tour faisait trembler les démocrates dans le grand pays latino-américain.

« Une catastrophe »

À São Paulo, des partisans du candidat du Parti des travailleurs applaudissaient à chaque annonce d’une variation à la baisse du score du candidat d’extrême droite, lors de la retransmission télévisée des résultats partiels, a constaté une journaliste de l’AFP.

Bolsonaro « aura du mal à débattre pour le second tour. Il n’a pas d’équipe, pas de projet », avait averti en votant M. Haddad. « Je comprends son anxiété à remporter les élections aujourd’hui, mais ce sera mieux pour le Brésil [qu’il y ait un second tour] pour comparer les deux projets. »

Le duel du 28 octobre pour succéder au très impopulaire Michel Temer s’annonce particulièrement imprévisible, et les électeurs du centre feront l’objet de toutes les convoitises.

Ciro Gomes (PDT, centre gauche), éliminé de la course avec 12,5 % des intentions de vote, était paradoxalement le plus à même de battre Bolsonaro au second tour.

Le PT, vainqueur des quatre dernières élections et qui suscite un fort sentiment de rejet, va devoir nouer des alliances, avec lui en priorité. Interrogé hier soir sur ses intentions, M. Gomes s’est borné à dire qu’il continuerait de « lutter pour la démocratie et contre le fascisme ».

« Ce serait une catastrophe si [Bolsonaro] passait », a estimé José Dias, un électeur de gauche rencontré dans un bureau de vote du nord de Brasília. « Beaucoup de jeunes votent pour lui, ils ne savent pas ce qu’a été la dictature [1964-1985]».

Les élections des gouverneurs et des assemblées des 27 États, des 513 députés de la Chambre basse et des deux tiers des 81 sénateurs ont également eu lieu hier. Elles ne devraient toutefois pas transformer radicalement le paysage politique.

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