Télévision

Les Fourchettes à l’écran

Elle a perdu son « s » et s’incarne désormais dans un personnage. Alter ego de l’auteure Sarah-Maude Beauchesne, Fourchette est l’héroïne d’une nouvelle série web de 10 épisodes, disponible dès aujourd’hui sur ICI Tou.tv.

On l’a connue avec son blogue littéraire « soft-sexu » Les Fourchettes, lancé en 2010. Jeune femme fraîchement débarquée à Montréal, elle y déversait dans une écriture spontanée, dense et crue les hauts et les bas de sa vie de jeune célibataire mal dans sa peau à la recherche du prochain beau qui ferait battre son cœur et, chemin faisant, d’elle-même.

Depuis, Sarah-Maude Beauchesne a évolué, autant professionnellement que personnellement ; elle a publié des romans pour adolescents (dont Lèche-vitrines et Cœur de slush, dont elle travaille actuellement à l’écriture d’un scénario pour l’adaptation au cinéma) et écrit des séries jeunesse pour la télévision ou y a collaboré (Le Chalet, L’Académie).

« Les Fourchettes, c’était mon exutoire, un gros journal intime, mais je sentais que ça s’essoufflait, j’avais moins le goût d’y écrire puisqu’aujourd’hui, je suis fière de dire que je suis mieux dans ma peau. Mais je n’avais pas le goût que Les Fourchettes meurent ; Fourchette est né de la volonté de poursuivre le souffle du blogue, mais d’une autre façon, avec plus de recul », explique l’auteure.

La somme de cette maturation se retrouve donc cristallisée dans Fourchette, une série web de son cru où elle interprète également le personnage principal, en quelque sorte son « alter ego de la vingtaine ». Encouragée par Catherine Therrien, qui réalise la série et lui a donné la confiance de se « donner le droit » de le faire, la jeune femme de 29 ans a décidé de se lancer et a suivi des cours particuliers afin d’approfondir son jeu et de mieux cerner les émotions de son personnage.

Un « projet de femme »

Le blogue reste la matière première à partir de laquelle la dramaturge a fignolé son scénario. Ses lecteurs y reconnaîtront les mêmes obsessions et questionnements, sans oublier les « jeans tellement serrés qu’ils font mal aux ovaires », le tout arrosé, bien sûr, de vin rouge léger. Mais Fourchette se distingue en étant vraiment un « projet de femme », note Sarah-Maude.

« Les textes dans Les Fourchettes étaient dans le moment présent ; je le vis, je l’écris, je le publie. Là, j’ai pensé à mon affaire, je me suis analysée, posé des questions. C’est vraiment une libre interprétation du blogue ; j’ai gardé en tête les moments forts que j’avais vécus dans ma vingtaine et j’ai fait une série avec ça. »

Pour ce faire, son expérience récente en scénarisation l’a grandement servie, estime-t-elle. La voix hors champ a notamment été utilisée avec parcimonie afin de ne pas abandonner complètement le côté littéraire du blogue.

« Je suis contente d’avoir écrit cette série avec ce bagage, autrement, je crois que je me serais tiré dans le pied à vouloir véhiculer des émotions sans montrer quelque chose de concret. »

— Sarah-Maude Beauchesne

De ce passage de l’écrit à l’écran sont donc nés le personnage de Sarah, dite « Fourchette » (un clin d’œil à sa physionomie), ainsi que plusieurs personnages librement inspirés de personnes-clés de cette période de sa vie, qu’elle évoquait sans jamais nommer sur son blogue.

Entre passé et présent

L’action se divise en deux temps, le passé et le présent. On y suit Sarah, une jeune auteure qui apprivoise sa solitude après sa rupture avec Sam (Guillaume Lorain), notamment en discutant avec son éditrice et confidente, Juliette (Magalie Lépine-Blondeau). En flash-back, elle revit les moments qui ont ponctué son histoire d’amour, la rencontre, l’amour « adulescent » à la vie à la mort, les disputes, les folies, les déceptions.

« C’était important pour moi que Sarah dans la série ait déjà un recul par rapport à sa relation, qu’on ne soit pas dans l’histoire de break-up typique. J’avais envie d’aller plus loin, d’utiliser la peine d’amour pour parler d’amour-propre et de solitude saine », résume la jeune femme.

Elle ne s’en cache pas, la série est énormément inspirée de ses propres réflexions : sur la solitude, sur l’amour, sur la façon de vivre seule en tant que femme et sur les pressions sociales aussi. « Je me suis rendu compte que j’étais capable d’être heureuse seule, et même plus que jamais. Pourtant, je me suis fait dire toute ma vie que le bonheur ultime, c’était d’être en couple ! Pour moi, c’était une révélation, et j’avais le goût d’en parler. »

Y aura-t-il une suite à Fourchette ? Si oui, l’auteure devra repartir « à zéro », car elle a utilisé tout le matériel du blogue – et une époque de sa vie désormais révolue – pour la première saison. « J’aurais le goût de raconter une Sarah plus mature, de la faire exister dans un état d’esprit plus femme. »

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