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Zoom sur la politique culturelle 2018-2023

Annoncée hier en grande pompe par le premier ministre Philipe Couillard et la ministre de la Culture et des Communications Marie Montpetit, la politique culturelle du Québec 2018-2023 représente un ajout de 600,9 millions au budget du ministère de la Culture pour la mise en œuvre de 41 mesures. Coup d’œil sur les grandes lignes d’un projet ambitieux qui aura nécessité deux ans de consultations dans l’ensemble de la province et qui devrait survivre aux prochaines élections, à l’automne.

Une politique culturelle résolument libérale

Il s’agit de la deuxième politique culturelle de l’histoire du Québec. La première a en effet été dévoilée en 1992 par la ministre de la Culture et des Communications de l’époque, Liza Frulla. Trois éléments étaient alors au centre de cette politique : l’artiste au cœur des préoccupations, le français comme essence culturelle et l’accessibilité à la culture. Vingt-six ans plus tard, la ministre Marie Montpetit propose une mise à jour de la politique culturelle « adaptée aux réalités d’aujourd’hui et aux enjeux auxquels on fait face : l’accélération de la mondialisation, l’essor du numérique, la diversité culturelle ainsi que l’engagement croissant des acteurs locaux dans le développement culturel », a-t-elle précisé en conférence de presse, avant d’ajouter que cette politique était « dans la continuité des actions prises par tous les gouvernements libéraux concernant la culture ». La politique culturelle est gouvernementale et non ministérielle. Elle implique ainsi 34 ministères et organismes gouvernementaux dans son application.

« Un maillage culture et éducation »

Au total, 30,5 millions seront consacrés à cette nouvelle alliance entre culture, éducation et famille, auxquels viendront s’ajouter 35 millions pour bonifier les sorties culturelles, mais aussi les activités culturelles dans les services de garde en milieu scolaire. « Nous viendrons ajouter d’autres activités culturelles comme la création vidéo, les arts visuels et l’improvisation théâtrale », précise la ministre Marie Montpetit.

« À une époque de mondialisation, il faut apprendre aux enfants du Québec à connaître notre culture, à l’aimer et à la fréquenter », a précisé la ministre. C’est dans cette optique que s’inscrit également l’accès gratuit aux musées un dimanche par mois, une nouveauté que dit chérir particulièrement le premier ministre Philippe Couillard. Il a d’ailleurs précisé, à propos de cette mesure inspirée du modèle en vigueur dans diverses villes européennes comme Paris, que « 80 % des personnes qui ont profité de ces premiers dimanches n’étaient jamais allées au musée de leur vie avant ».

Révision des deux lois sur le statut des artistes

L’amélioration des conditions socio-économiques des travailleurs culturels est au cœur des préoccupations de cette politique culturelle. « Ils travaillent fort, mais toujours dans des conditions difficiles. Cette précarité ne correspond pas à l’importance qu’ils représentent pour le Québec », observe la ministre Marie Montpetit, qui désire notamment revoir la Loi sur le statut professionnel des artistes et améliorer le filet social des créateurs et artistes avec entre autres une enveloppe de 5 millions vouée aux problématiques de l’emploi, de la rémunération et de la protection sociale. « Protection sociale, sécurité au travail, transition de carrière et retraite sont des aspects à réviser et à améliorer au cours des prochaines années », précise-t-elle. Le plan inclut aussi la reconnaissance de certaines disciplines comme l’improvisation théâtrale, dont la LNI devrait profiter.

Un soutien à la création, à la production et à la diffusion culturelle

Le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) recevra 65,5 millions, alors que 50,2 millions seront versés à la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) « pour soutenir notamment la réalisation de nouveaux projets » et « actualiser la loi constitutive de l’organisme », selon la ministre de la Culture et des Communications.

« L’avenir sera numérique »

Les 168,2 millions visent à accompagner les acteurs clés face à « une liste de défis impressionnante ». « En collaboration surtout avec la SODEC et les autres institutions culturelles, un des grands défis auquel on fait face, c’est que les créations, que ce soit la musique, les webséries ou les émissions de télévision, soient accessibles. Il faut accompagner les créateurs, les entreprises culturelles pour améliorer leurs compétences et pour s’assurer que leurs créations soient disponibles ici et à l’international », précise la ministre.

Protection et valorisation du patrimoine

Nouveauté de cette politique culturelle, l’élaboration d’une stratégie gouvernementale en architecture. Ainsi, 35,5 millions seront investis pour bonifier le Fonds du patrimoine culturel québécois, en plus des 5 millions visant à instaurer « des pratiques exemplaires dans la gestion du patrimoine culturel de l’État ». Enfin, 25 millions serviront à la stratégie de conversion des lieux de culte désacralisés.

D’autres mesures en bref

28 millions consacrés au développement de projets culturels qui tiennent à cœur aux régions et tiennent comptent de leur diversité ;

10 millions pour réduire l’isolement par des initiatives culturelles. L’idée est d’augmenter les activités culturelles en dehors des lieux traditionnels, notamment dans les camps de jour et dans les résidences pour personnes âgées ;

16,19 millions pour assurer l’engagement auprès des autochtones pour l’essor de leurs cultures et le rayonnement de leurs langues ;

11,5 millions pour la promotion et la valorisation du français.

Politique culturelle

Ils ont dit

Propos recueillis par Stéphanie Vallet et Hugo Pilon-Larose, La Presse, avec La Presse canadienne

« J’apprends ce matin avec la politique culturelle qu’il faudra légiférer sur plusieurs aspects importants de cette politique. D’annoncer à la dernière semaine de travaux parlementaires, à la fin d’un mandat, qu’il faut légiférer, ça démontre que ça ne se fera pas. C’est une plateforme électorale finalement [qu’ils ont présentée]. Le Parti québécois aura une plateforme électorale en culture également à proposer. »

— Pascal Bérubé, leader parlementaire du Parti québécois et porte-parole en matière de culture

« C’est une politique qu’on attendait depuis longtemps, une politique qui arrive très tard, à trois jours de la fin de la session parlementaire. Il y a des éléments intéressants dans ce qui a été annoncé, mais il faut prendre ça pour ce que c’est […], de belles promesses électorales. Les libéraux font en culture ce qu’ils ont fait en éducation : couper en début de mandat, réinvestir par la suite et tenter de nous convaincre qu’il y a là un réel projet de société, un réel projet politique. » 

— Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire

« Il y a deux types de Parti libéral, l’un avant les élections, qui promet des milliards sans compter, et un second après les élections, qui est incapable de respecter ses engagements. Les Québécois ont déjà joué dans ce mauvais film. »

— François Bonnardel, leader parlementaire de la Coalition avenir Québec, dans un communiqué

« Nous sommes ravis d’avoir entendu la ministre exprimer clairement que l’improvisation théâtrale mérite une meilleure reconnaissance et qu’elle engage son ministère à travailler avec le Théâtre de la LNI à cet égard. Nous allons participer pleinement à ces travaux. »

— Pierre Guillot-Hurtubise, président du conseil d’administration de la Ligue nationale d’improvisation (LNI)

« ... les orientations de la politique culturelle Partout, la culture, visant à mieux soutenir ses artistes, à favoriser l’essor de la culture francophone, et à reconnaître qu’elle est un pilier de développement social et économique, sont de bon augure. Nous saluons cette volonté de mettre les créateurs et travailleurs culturels en langue française au cœur de cette nouvelle politique. Nous avons le sentiment d’avoir été entendus. »

— Mathieu Plante, président de la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC)

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