Débat démocrate

Les hauts et les bas de Joe Biden

New York — C’était la première fois que Joe Biden affrontait sur la même scène Elizabeth Warren, étoile montante parmi les candidats démocrates à la Maison-Blanche.

D’entrée, l’ancien vice-président a tenu tête non seulement à la sénatrice du Massachusetts, mais également à Bernie Sanders, l’autre poids lourd de la course à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2020.

Énergique, le meneur dans les sondages s’est porté à l’attaque sur la question de la santé, abordée au début d’un débat tenu à Houston qui allait durer 2 heures 45 minutes.

« Je sais que la sénatrice dit qu’elle est avec Bernie. Je suis avec Barack », a déclaré Joe Biden, faisant référence à l’appui d’Elizabeth Warren à la proposition de Bernie Sanders d’instaurer un système de santé à payeur unique.

« Comment allons-nous payer pour ça ? », a-t-il ajouté en affirmant que sa proposition d’améliorer l’Obamacare coûterait 740 milliards en 10 ans, contre 30 000 milliards pour la réalisation de la promesse de ses rivaux.

Mais Joe Biden s’est montré beaucoup moins fougueux et cohérent au fur et à mesure que progressait le débat.

Il a notamment fait sourciller en encourageant les parents à faire jouer des disques à leurs enfants. Il tentait alors de répondre à une question sur ses positions raciales remontant aux années 70.

« Allumez la radio, assurez-vous que la télévision – excusez-moi, assurez-vous que vous avez le tourne-disque en marche en soirée, le téléphone –, assurez-vous que les enfants entendent des mots. Un enfant venant d’une école très pauvre, d’un milieu très pauvre, entendra quatre millions de mots de moins avant d’arriver là », a-t-il dit de façon confuse avant d’être interrompu par un des modérateurs.

La question de l'âge

Julián Castro, l’un des plus jeunes rivaux de Joe Biden, a soulevé la question de son âge et de ses facultés de façon très peu subtile au cours du débat.

« Avez-vous oublié ce que vous avez dit il y a deux minutes ? », a répété sur un ton insistant l’ancien secrétaire au Logement et au Développement urbain sous Barack Obama au cours d’un échange sur la santé.

À en juger par les commentaires sur Twitter et plus tard à la télévision, Julián Castro est allé trop loin en tentant de marquer des points de cette façon contre Joe Biden, qui célébrera en novembre son 77e anniversaire. D’autant que l’ancien maire de San Antonio avait tort sur le fond de l’affaire, selon les vérificateurs de faits.

Joe Biden a terminé le débat en revenant de façon émouvante et plutôt confuse sur les tragédies personnelles qui ont jalonné sa vie.

Les candidats avaient été invités à parler de leurs revers professionnels.

Le troisième débat démocrate survenait à la fin d’un été où Joe Biden avait regagné une bonne partie des appuis qu’il avait perdus à la suite du premier affrontement entre les candidats présidentiels de son parti en juin. Reste à voir comment sera reçue sa performance d’hier soir.

L'aplomb de Warren et de Sanders

Elizabeth Warren et Bernie Sanders ont débattu avec l’aplomb qu’on leur connaît, même s’ils ont été moins présents dans les échanges après le volet sur la santé. Parmi les autres sujets abordés par les modérateurs : le racisme, les armes à feu, la justice pénale, l’immigration, les changements climatiques et la politique étrangère.

Sur la santé, la sénatrice du Massachusetts a tenu à souligner « l’énorme dette » des Américains à l’endroit de Barack Obama, pour avoir « fondamentalement transformé les soins de santé en Amérique et engagé ce pays vers des soins de santé pour chaque être humain ».

« Et maintenant, la question est de savoir comment nous pouvons faire mieux ? », a-t-elle ajouté.

Bernie Sanders a affirmé de son côté que le « statu quo » préconisé à son avis par Joe Biden coûterait 59 000 milliards de dollars aux Américains en 10 ans.

Joe Biden a été placé sur la défensive sur plusieurs questions, dont celles de l’immigration et de la politique étrangère.

Bernie Sanders l’a notamment attaqué après que l’ancien sénateur du Delaware eut exprimé du regret pour son vote d’appui à la guerre en Irak en octobre 2002.

« L’une des grandes différences entre vous et moi, c’est que je n’ai jamais cru à ce que Bush et Cheney disaient », a déclaré le sénateur du Vermont en s’adressant à son rival. « J’ai voté contre la guerre en Irak et mené l’opposition contre elle. »

Plutôt éteint lors des débats précédents, Beto O’Rourke a retenu l’attention avec quelques déclarations à l’emporte-pièce, notamment sur les armes à feu. « Oui, nous allons prendre vos AR-15 et vos AK-47 », a déclaré l’ancien représentant du Texas, qui préconise l’interdiction des fusils d’assaut après les tueries récentes, dont celle d’El Paso, sa ville natale.

Kamala Harris, elle, a cherché à plusieurs reprises à recadrer le débat en rappelant que Donald Trump était l’adversaire à battre. « Si nous ne sortons pas Donald Trump de la Maison-Blanche, il se débarrassera du reste », a-t-elle déclaré en faisant allusion à l’Obamacare.

Pete Buttigieg et Amy Klobuchar ont donné de leur côté un coup de main à Joe Biden en attaquant les propositions de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren sur la santé. Mais ils n’ont pas poussé la charité sur d’autres sujets.

Procédure de destitution

Les démocrates intensifient leurs enquêtes contre Trump

Les démocrates américains ont franchi un nouveau cap hier dans leurs enquêtes visant le président Donald Trump, en les faisant entrer officiellement dans le cadre d’une procédure de destitution, bien que le parti de l’opposition reste divisé sur la question.

La puissante commission judiciaire de la Chambre des représentants, aux mains des démocrates, a formalisé l’ouverture d’une enquête destinée à déterminer s’il convient de lancer une procédure d’impeachment contre le président.

Cette démarche est encore très préliminaire et éloignée d’une destitution, mais elle permettra aux élus de réclamer à la Maison-Blanche davantage de documents et d’auditions.

« [Cette résolution] représente le pas en avant nécessaire dans notre enquête pour corruption, entrave [à la justice] et abus de pouvoir. »

— Jerry Nadler, président de la commission judiciaire de la Chambre des représentants

Aux États-Unis, la Chambre peut voter pour mettre en accusation le président pour certains délits, puis le Sénat doit le juger, ce qui aboutit à un acquittement ou une destitution. Tout commence par une enquête de la commission judiciaire qui détermine les délits.

L’enquête parlementaire portera sur quatre sujets : 

— les pressions exercées par Donald Trump sur l’enquête portant sur les ingérences russes dans la campagne présidentielle de 2016 (entrave à la justice) ;

— les promesses faites par Donald Trump à des membres de son équipe de campagne afin de les inciter à le protéger  ;

— le possible conflit d’intérêts lié aux recettes des hôtels de Donald Trump depuis son entrée à la Maison-Blanche  ;

— le versement d’argent pour acheter le silence d’anciennes maîtresses présumées de Donald Trump lors de la campagne de 2016, qui pourrait représenter une violation des lois sur le financement des campagnes électorales.

« La conduite qui fait l’objet de notre enquête est une menace pour notre démocratie. Nous avons une obligation de répondre à cette menace », a déclaré M. Nadler.

« Mesure clivante »

Mais les démocrates ne sont pas unis. Nancy Pelosi, leur chef à la Chambre, a averti des risques politiques d’une telle tentative, estimant que les élus devraient plutôt se concentrer sur la campagne présidentielle.

« Les Américains comprennent que la destitution est une mesure très clivante », a-t-elle expliqué hier, se gardant d’afficher un franc soutien à cette solution jugée extrême.

Elle s’est toutefois déclarée en faveur des enquêtes engagées par la commission, importantes selon elle pour déterminer s’il existe des preuves contre le président.

« Je soutiens ce qu’il se passe au sein de la commission judiciaire. »

— Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants

Quoi qu’il en soit, la majorité républicaine au Sénat condamne quasi certainement une éventuelle procédure de destitution à l’échec.

Le camp pro-destitution ne cesse malgré tout de croître. Plus de la moitié des 235 élus démocrates à la Chambre disent soutenir les poursuites.

La commission judiciaire prévoit d’interroger la semaine prochaine l’ex-directeur de campagne de Donald Trump, Corey Lewandowski, et cherche à entendre l’ancien conseiller présidentiel Don McGahn, l’une des principales sources du rapport du procureur spécial Robert Mueller sur les ingérences russes en 2016.

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