Le Canadien

Danault devra attendre… pour le moment

À moins d’un revirement de situation, Phillip Danault devra patienter avant de pouvoir lui aussi obtenir un nouveau contrat. Pendant combien de temps ? Ce n’est pas très clair.

En conférence vidéo jeudi après-midi, Marc Bergevin a paru détendu, souriant… et pas du tout pressé de régler le seul dossier vraiment chaud qu’il lui reste à régler, celui de Danault, dont le contrat actuel va expirer au terme de la prochaine saison.

« Ma priorité sera de prendre des vacances ! a-t-il répondu à la blague. Mais nous sommes comme un dépanneur qui est ouvert en tout temps… »

Cette blague est peut-être la preuve qu’une nouvelle entente entre Danault et le club montréalais pourrait tout de même survenir à tout moment – c’est en plein ce qui est arrivé dans le cas de Brendan Gallagher mercredi, rappelons-le –, mais le directeur général a néanmoins tenu à dire que sa formation mise sur plusieurs joueurs de centre, notamment les jeunes Ryan Poehling et Jake Evans.

On pourrait y voir une tentative de faire croire que finalement, Danault n’est peut-être pas si important, mais Bergevin a tenu à rappeler que c’est lui-même qui était allé l’observer naguère dans les rangs juniors, et aussi que c’est lui-même qui avait poussé très fort pour que les Blackhawks de Chicago, son employeur avant qu’il n’arrive au Centre Bell en 2012, repêchent le joueur québécois avec un choix de premier tour en 2011.

Avec le 18e choix au total, les Blackhawks avaient misé sur un certain Mark McNeill, qui n’aura pris part qu’à deux matchs dans la Ligue nationale, et qui a joué la saison dernière en Autriche. Le club de Chicago a ensuite sélectionné le Québécois avec son autre choix de premier tour cette année-là, le 26e au total.

Bergevin ne s’est peut-être pas rendu au bord des larmes en parlant de lui comme il l’a fait en parlant de Gallagher, mais il a tenu à raconter tout ça pour souligner à quel point Danault n’est pas qu’un autre joueur à ses yeux.

« Et même après ça au repêchage, il y a le directeur général du Lightning qui est venu me voir pour me dire qu’eux, ils auraient choisi Danault si on ne l’avait pas pris juste avant, a ajouté Marc Bergevin. Alors ma relation avec Phillip remonte à très loin. »

Un peu après, alors que c’était à son tour de prendre part à une conférence vidéo, Brendan Gallagher a tenu à dire que parfois, les négociations de contrat peuvent s’avérer difficiles.

« Je viens de le vivre moi-même, ça ne se fait pas du jour au lendemain, a-t-il expliqué. Le travail de mon agent et de la direction du Canadien, c’était énorme, ils ont travaillé très fort. Phil le vit, et [Marc Bergevin] a eu un été très chargé. Tout le monde sait ce que Phil fait pour notre groupe. Je ne m’en mêlerai pas, je sais à quel point c’est dur. »

En attendant la prochaine saison…

Avec tout ça, le DG montréalais a rappelé qu’il avait réussi à « cocher des cases », sa façon imagée de dire qu’il avait réussi à régler plusieurs gros dossiers, notamment ceux du gardien numéro deux, d’un défenseur et de deux gros ailiers. Reste bien quelques petits détails à régler, dont le transfert de Jesperi Kotkaniemi dans la Ligue de Finlande pour le moment (« il a besoin de jouer », a admis Bergevin), et peut-être aussi celui du jeune espoir Alexander Romanov dans la KHL de Russie, « mais ça, c’est plus compliqué », a-t-il précisé.

Pour le moment, et selon CapFriendly, la masse salariale du Canadien dépasse un peu le plafond (81,5 millions US), ce qui n’est pas un drame tant que la saison n’est pas commencée. Une saison qui pourrait d’ailleurs être bien différente, surtout s’il faut en croire ces rumeurs d’une division toute canadienne qui pourrait être créée.

« C’est quelque chose qui tomberait sous le sens, mais il n’y a rien de confirmé. »

— Marc Bergevin, à propos d’une possible division canadienne en vue de la prochaine saison

Enfin, avec toutes ces embauches, ces décisions et ces nouveaux contrats, peut-on croire que le Canadien se retrouve finalement dans le groupe des prétendants ?

À ce sujet, Marc Bergevin a préféré ne pas se lancer dans les prédictions spectaculaires.

« On va laisser nos joueurs jouer, et on va voir comment la sauce va prendre, a-t-il conclu. Mais j’aime la direction prise par notre club à court et à long terme. »

Le Canadien

Les espoirs devront bûcher et patienter pour obtenir un poste

À la belle époque des Red Wings, les espoirs de l’organisation devaient suer avant de faire leur place à Detroit.

Henrik Zetterberg a obtenu sa première chance à l’aube de ses 23 ans. Johan Franzen avait 25 ans à sa première saison à Detroit et Pavel Datsyuk 23 ans. Le gardien Jimmy Howard a passé quatre saisons complètes dans la Ligue américaine avant de devenir le gardien numéro un de l’équipe pendant une décennie.

Martin Lapointe, premier choix des Wings, 10e au total en 1991, désormais l’un des hommes de hockey de Marc Bergevin, a été ballotté entre la Ligue américaine et la LNH avant de finalement faire sa place à 22 ans. Tomas Tatar a eu à faire ses preuves pendant quatre ans avec le club-école avant d’être promu.

Les Red Wings ont participé aux séries éliminatoires 25 années de suite et remporté la Coupe Stanley quatre fois entre 1996 et 2008 parce qu’ils repêchaient bien et que leurs meilleurs espoirs pouvaient se développer à leur rythme, sans pression.

Ceux du Canadien ont peut-être mal dormi ces derniers jours, avec les nombreuses mises sous contrat de Marc Bergevin. On peut les comprendre.

Mais pour une organisation, il serait difficile de trouver un meilleur contexte de développement. Les espoirs savent qu’ils devront bûcher afin d’obtenir un poste.

Lutte à prévoir à l’attaque…

Ils n’auront pas tout cuit dans le bec, comme Ryan Poehling, par exemple, pouvait le croire après son match de trois buts en fin de saison il y a deux ans. Pas besoin non plus de précipiter des arrivées dans la LNH, comme on l’a fait avec Jesperi Kotkaniemi ou Victor Mete, parce qu’il n’y avait personne de meilleur à ces positions.

Après son année au Wisconsin et sa participation au Championnat mondial junior, l’ailier droit Cole Caufield devra vraisemblablement passer par Laval, où il sera aussi en lutte avec Jesse Ylonen. Au cours des prochains camps d’entraînement, ils devront prouver qu’ils sont supérieurs à Brendan Gallagher et Josh Anderson, sous contrat jusqu’en 2027, et Tyler Toffoli, dont l’entente se termine en 2024. Il faudra voir ce qu’il advient de Joel Armia, joueur autonome sans compensation à compter du 1er juillet 2021.

Les postes au centre sont pourvus pour longtemps. À moins d’une surprise de taille, Kotkaniemi et Nick Suzuki constitueront les centres offensifs de l’équipe pour la prochaine décennie. En toute logique, Phillip Danault devrait imiter Brendan Gallagher d’ici la fin de son contrat.

Jake Evans semble avoir une avance sur Ryan Poehling pour le poste de quatrième centre.

C’est un peu plus ouvert à gauche. Jonathan Drouin et Artturi Lehkonen seront à Montréal pour encore plusieurs années. Il ne sera peut-être pas possible de garder Tomas Tatar à compter de juillet 2021. Poehling sera sans doute transformé en ailier gauche éventuellement. Mais on pourra muter Toffoli ou Caufield à gauche pour ouvrir une place à droite. Mais il n’y aura pas de presse à promouvoir Luke Tuch, Jan Mysak, Rhett Pitlick ou Jacob Olofsson.

… et congestion en défense

La défense est encore plus congestionnée. Alexander Romanov, 21 ans en janvier, est attendu avec fébrilité. Mais même un camp d’entraînement difficile ne constituerait pas une catastrophe. On lui réserve une place au sein de la troisième paire, mais le dernier poste au sein d’un duo avec Brett Kulak pourrait aussi très bien être occupé par Victor Mete, Xavier Ouellet, Cale Fleury ou Noah Juulsen.

Le premier quatuor constitué de Shea Weber, Jeff Petry, Ben Chiarot et Joel Edmundson est sous contrat pour quelques années au minimum. Le CH perdra peut-être Edmundson au repêchage de l’élargissement des cadres de la LNH.

Mais une deuxième vague de jeunes défenseurs luttera ces prochaines années pour les rares postes disponibles : Mattias Norlinder, Jordan Harris, le premier choix de 2020 Kaiden Guhle, Jayden Struble et Gianni Fairbrother.

Même situation devant le filet, à moins de perdre Jake Allen au repêchage d’expansion. Mais ça permettrait à Montréal de garder tous ses défenseurs.

Si Allen n’est pas choisi par Seattle l’été prochain, Cayden Primeau devra donc patienter jusqu’à 2023, à moins de blessures.

Il n’y a aucun mal cependant pour un gardien à accéder à la LNH à 24 ans. Carey Price a connu sa première grosse saison à 23 ans, après l’échange de Jaroslav Halak. Quelques années dans la Ligue américaine auraient sans doute contribué à un développement plus sain.

À Vancouver, Thatcher Demko pourrait enfin détenir le poste de numéro un, à la suite du départ de Jacob Markstrom. Il aura 25 ans en décembre. Mais on a quand même embauché Braden Holtby pour mieux l’épauler.

En bref, Marc Bergevin commence à avoir un gros jeu. Reste maintenant à gagner. Dès l’an prochain.

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