Sport étudiant

Tous les matchs de football universitaire sont annulés en 2020. Le rugby écope aussi, tandis que les autres sports automnaux devront se contenter de matchs hors concours. Les ligues collégiales pourront toutefois aller de l’avant.

Une décision « dure à avaler »

Tous les matchs de football universitaires sont annulés en 2020. Le rugby écope aussi, tandis que les autres sports automnaux devront se contenter de matchs hors concours. Les ligues collégiales pourront toutefois aller de l’avant.

« On s’y attendait un peu, mais on avait espoir quand même… On est déçus. »

Rheda Kramdi devait amorcer, au cours des derniers jours, sa quatrième saison dans l’uniforme des Carabins de l’Université de Montréal. Le demi défensif souhaitait se servir de cette vitrine comme tremplin vers une possible carrière professionnelle dans le football.

La décision rendue lundi par le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) l’obligera toutefois à réviser ses plans. Toutes les compétitions de sport universitaire prévues d’ici le 31 décembre 2020 dans la province ont été annulées en raison des risques de propagation de la COVID-19.

Les équipes de soccer, de golf et de cross-country pourront organiser des rencontres hors concours. Mais pour le football et le rugby, tout match entre deux équipes sera interdit. De leur côté, les sports collégiaux pourront par contre aller de l’avant et lancer leurs activités automnales.

« Il y a des choses bien pires dans le monde, mais en tant que compétiteur et joueur de football, c’est dur à avaler », avoue Rheda Kramdi.

Le verdict du RSEQ devait tomber il y a deux semaines, mais on a voulu se donner davantage de latitude pour évaluer toutes les options possibles, notamment à la lumière de la rentrée des classes au secondaire, au cégep et à l’université.

Voilà déjà des mois que USports, autorité canadienne encadrant le sport universitaire, a annoncé l’annulation des grands championnats nationaux, notamment la Coupe Vanier. Seul le Québec gardait la question ouverte. La voilà réglée. Le sort des sports annuels pratiqués à l’automne et à l’hiver, comme la natation, le volleyball et le hockey, sera quant à lui scellé le 15 octobre prochain. Il est cependant assuré qu’aucune compétition ne commencerait avant le début de l’année 2021.

Le gouvernement du Québec avait déjà donné son aval, vendredi dernier, à la reprise des programmes de sport-études au secondaire, à certaines conditions, établies notamment selon les niveaux d’alerte régionale de prolifération du virus.

Facteurs de risque

Le football, tout comme le rugby, partait avec deux prises contre lui : avec ses contacts constants, les joueurs qui amorcent systématiquement les séquences face à face et la grande proximité entre les athlètes, le transfert de liquides biologiques y est immensément plus probable qu’ailleurs.

Deux facteurs ont par contre plombé les chances des sports universitaires en général et celles du football en particulier.

D’abord, la circulation des étudiants sur un campus n’a rien à avoir avec celle des élèves d’une école secondaire.

« Au secondaire, les entrées et sorties de l’école sont contrôlées ; une université, c’est plusieurs bâtiments, plusieurs campus, des milliers d’étudiants. »

— Gustave Roel, président-directeur général du RSEQ

Si l’on reprend l’exemple du football, dont chaque équipe regroupe des dizaines de joueurs, « on pourrait se retrouver à devoir fermer plusieurs facultés s’il y avait des cas de COVID-19 confirmés. C’est le genre d’élément qui a servi à notre analyse », poursuit M. Roel.

D’autre part, et c’est sans doute là la contrainte principale : la répartition géographique des établissements rendait quasi impossible la tenue d’un calendrier complet qui puisse demeurer flexible en cas d'éclosions qui contraindraient des équipes à se retirer.

Encore ici, le cas du football est particulièrement patent : cinq équipes sont issues de trois régions – Montréal, Capitale-Nationale et Estrie. Ces deux dernières sont toujours en alerte « jaune », tandis que Montréal a été le principal foyer de la crise de la COVID-19 au pays pendant des semaines au printemps.

L’impossibilité d’accéder à l’une de ces régions court-circuiterait automatiquement la saison. Les autres sports, même si certains sont plus fédérateurs et réunissent davantage d’universités, sont eux aussi prisonniers de cette logique.

La situation est différente au collégial, où 64 cégeps sont représentés. Des regroupements régionaux pourront être envisagés, dans un modèle calqué sur celui en voie d’être mis en place au secondaire.

Plusieurs éléments doivent toujours être ficelés au collégial, notamment pour déterminer si ces regroupements réuniront des équipes de tous les calibres, pour l’heure réparties dans trois divisions. Une réunion aura lieu ce mardi pour déterminer le plan pour la suite des choses.

« Déchirante »

La décision sur le sport universitaire a été rendue après que les établissements eurent tenu un vote. Le résultat n’a pas été dévoilé, mais on assure qu’un « consensus » s’est dégagé, particulièrement en ce qui a trait aux sports de contact.

Déjà, les universités, celles de Montréal et de Sherbrooke en tête, se sont engagées à maintenir le financement des équipes sportives ainsi que l’encadrement des étudiants-athlètes afin que ceux-ci puissent poursuivre leur développement.

Impliquée dans « au moins deux réunions par semaine » depuis le mois de mars dernier au sujet de la reprise des activités, la directrice du sport d’excellence à l’Université de Montréal, Manon Simard, évoque une décision « excessivement difficile », voire « déchirante ».

« Nous sommes tous des gens de sport qui voulons investir dans la jeunesse et l’aider à atteindre ses objectifs. Cette décision est contre nature pour nous. » Elle va toutefois dans le sens du « bien-être et de la santé de nos athlètes », assure-t-elle.

Même privées de compétitions sanctionnées, les équipes pourront poursuivre l’entraînement. Mais le défi de la motivation sera évident.

Entraîneur-chef de l’équipe de football des Carabins, Marco Iadeluca devait rencontrer ses joueurs lundi soir pour faire le point sur les prochaines semaines et les prochains mois. Tout le monde sera mis à contribution, assure-t-il, dans une formule d’entraînement modifiée qui pointera déjà vers la préparation du cycle 2020-2021.

« Même s’il n’y a pas de match, on sait qu’on peut continuer à travailler », résume-t-il.

Optimisme

L’humeur est évidemment tout autre au collégial. Au bout du fil, Dave Parent, entraîneur-chef des Titans du cégep Limoilou, demeure prudent dans son optimisme, mais ne cache pas qu’il a vécu un soulagement en apprenant que sa saison serait sans doute sauvée.

Depuis le début du camp d’entraînement, le 3 août, il assure que le respect des mesures sanitaires a été rigoureux au sein de ses troupes, et la sensibilisation, constante, afin de garder vivant l’espoir de disputer des matchs.

« Il y a eu beaucoup d’émotions, beaucoup de hauts et de bas, et on a essayé de rester réalistes, raconte l’entraîneur. Il y a tellement de choses qu’on ne peut pas contrôler, alors on a optimisé ce qu’on pouvait contrôler. »

« La rentrée s’est bien passée, ça va bien à l’école et sur le terrain. Mais là, les gars ont hâte de jouer ! »

— Dave Parent, entraîneur-chef des Titans du cégep Limoilou

L’optimisme est d’ailleurs le mot d’ordre dans le petit monde du football québécois. Sur Twitter, l’entraîneur adjoint des Alouettes de Montréal et ex-entraîneur-chef du Vert & Or de l’Université de Sherbrooke André Bolduc a lancé un défi aux athlètes.

« Utilisez ce temps supplémentaire pour vos études, votre entraînement et allez coacher et côtoyer les jeunes. Faites de cette période instable quelque chose de constructif et productif », a-t-il écrit.

C’est exactement l’état d’esprit que Rheda Kramdi, des Carabins, a choisi d’adopter.

« On va goûter un petit peu de football auquel on aura accès, avec les protocoles en place, dit-il. À la fin de la journée, on a un toit, on mange, on est en santé, c’est ça l’important. Il faut garder le sourire. »

Éclosion au Vieux Montréal

Deux footballeurs des Spartiates du cégep du Vieux Montréal ont été déclarés positifs à la COVID-19. Le cégep a été informé de la situation vendredi et a pris la décision, « dès ce moment », « de suspendre toutes les activités de l’équipe », a écrit la direction des communications et des affaires corporatives de l’établissement dans un courriel à La Presse. À la suite d’une évaluation de la Direction régionale de santé publique de Montréal, tous les joueurs et membres du personnel d’entraîneurs ont été placés en isolement. Ils ne peuvent se présenter au collège « jusqu’à nouvel ordre ». Selon le calendrier établi pour la relance du football collégial, les Spartiates pourraient devoir déclarer forfait le temps d’un match si l’isolement de leurs membres devait se poursuivre.

« Il s’agit d’une journée triste »

L’entraîneur-chef du Rouge et Or de l’Université Laval, Glen Constantin, note de l’incohérence entre le sport collégial et universitaire

Québec — Déçu de voir la saison s’envoler en fumée, Glen Constantin ne pouvait pas s’empêcher de noter une forme d’incohérence entre l’interdiction de jouer au football universitaire et la permission de pouvoir le faire au niveau collégial.

« Au strict minimum, je m’attendais à ce que l’on ait pu pratiquer ou disputer des matchs hors concours contre d’autres équipes. Je trouvais cette option plus réaliste que celle d’un calendrier officiel, car ça nous offrait plus de flexibilité pour l’annuler pour diverses raisons, comme des cas de COVID-19, de la neige, les études, etc. », a expliqué l’entraîneur-chef du club de football du Rouge et Or de l’Université Laval.

Son sport de prédilection est l’un des plus touchés du réseau, avec le rugby. Les autres, comme le golf, le soccer et le cross-country, pourront tenir certains évènements, tandis que les autres disciplines conservent le droit de s’entraîner dans les murs du PEPS en attente d’une décision sur la tenue des calendriers de la session d’hiver, le 15 octobre.

« Il s’agit d’une journée triste pour le football, le rugby et d’autres sports, c’est du jamais-vu, pour moi en tout cas. Il y aura une grande déception pour nos joueurs, je les avais félicités tout l’été de venir s’entraîner en faisant abstraction de la possibilité qu’il n’y ait pas de saison, ce sera un bon deuil à vivre pour eux », a souligné l’homme de football, qui rencontrait ses recrues lundi soir, et doit voir les autres joueurs plus expérimentés à compter de mardi.

Déjà, quelques vétérans lui avaient indiqué qu’ils ne termineraient pas leur cinquième saison en raison de l’absence d’un championnat canadien. Il s’attend à en voir d’autres en faire autant.

« On pourrait en avoir au moins six. Le demi de coin Émile Chênevert, qui est trois fois membre de l’équipe d’étoiles canadiennes, fait sa résidence en médecine. S’il y avait eu une Coupe Vanier, il aurait fait les sacrifices et les efforts pour jouer une dernière saison. Vincent Lévesque [demi défensif] aurait pris des cours dont il n’avait même pas besoin pour disputer une dernière saison, mais il ne lui reste que six crédits à obtenir et il a déjà un emploi. Je respecte cela », a dit Constantin.

L’entraîneur-chef du Rouge et Or aurait aimé être à la table des discussions avec les autres universités au moment du vote. À tout le moins, il pense que les joueurs auraient pu être invités. Il semble que les risques étaient trop élevés au football, notamment, pour retenir l’option des matchs hors concours.

« Chaque sport possède son propre niveau de risques. Un match de football dure 60 minutes, le temps réel de jeu est de 15 minutes divisées entre l’attaque et la défense. Tu ne joues pas si longtemps que ça, finalement… J’ai présenté ma plaidoirie, mais elle n’a pas été retenue », a illustré Constantin, soulignant l’ouverture d’esprit des autres entraîneurs du circuit, chacun ayant laissé de côté les rivalités afin de travailler pour le bien-être des joueurs.

Constantin espère maintenant que son projet d’un tournoi réunissant six universités au PEPS, en mai, ne subisse pas le même sort que la saison 2020.

« Le tournoi du printemps devient impératif. Il faut avoir du football, on ne peut pas arrêter de pratiquer un sport de haut niveau pendant 21 mois. Le plan A est d’avoir ces équipes à Québec, mais peu importe la forme, ça va prendre quelque chose. C’est aussi vrai pour nos partisans, ça leur permettrait de voir d’autres équipes, de nouvelles couleurs.

« Si ton restaurant préféré ferme pendant six mois, il se peut que les clients aillent voir ailleurs, et t’es mieux d’avoir de bons spéciaux pour qu’ils reviennent. Je pense aussi à l’an prochain. Y aura-t-il un vaccin ou pas ? C’est alarmant de voir ce qui se passe. »

Pas tout perdu

La direction du Service des activités sportives (SAS) de l’Université Laval s’est rangée derrière la décision « collective » du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) d’annuler tout le calendrier sportif universitaire, cet automne, mais a estimé ne pas avoir tout perdu.

« Oui, c’est déchirant, mais actuellement, les autres conférences n’ont même pas le droit de faire des évènements et de l’entraînement, alors que certains de nos étudiants-athlètes pourront le faire, c’est quand même positif de ce côté », a noté Julie Dionne, directrice du SAS.

Elle n’est pas entrée dans le débat de l’incohérence par rapport au sport collégial, qui pourra tenir ses saisons automnales, « parce que les discussions étaient indépendantes d’un niveau à l’autre… »

Certaines informations laissaient entendre que l’Université Laval et deux autres, notamment Sherbrooke et Concordia, étaient favorables à une reprise des activités. Encore là, même genre de réponse.

« Le vote était confidentiel, on ne connaît pas le résultat, et le nôtre le restera », a dit Mme Dionne à propos de la décision prise en fin de semaine à majorité simple.

Directeur du programme d’excellence Rouge et Or, Jean-Noël Corriveau avait un message à lancer aux 500 étudiants-athlètes qui font partie des équipes de l’UL.

« Je leur dirais que c’est une année particulière, personne n’a jamais vécu ça. Si on avait pris la décision en juin, on aurait pu avoir le regret d’être allé trop vite si la situation s’était améliorée. »

« On a étiré au maximum, mais force est de constater qu’on ne pouvait pas aller plus loin. »

— Jean-Noël Corriveau, directeur du programme d’excellence Rouge et Or

« Ils peuvent être déçus, mais on peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Il y aura des disciplines avec des activités. On vit avec la décision, qui a été collective, et on va de l’avant pour offrir la meilleure année possible à nos étudiants-athlètes dans les circonstances. »

Pour l’instant, tout se passe bien dans les différentes équipes, la COVID-19 ne s’est pas encore invitée sur les plateaux d’entraînement du PEPS.

« Tout le monde fait attention, on passe souvent le message d’être prudent, d’éviter les rassemblements inutiles et de se retrouver dans des endroits à risque pour ne pas perdre le privilège qu’on a de s’entraîner. Car présentement, c’est bien un privilège de pouvoir le faire », a ajouté M. Corriveau, qui a demandé aux entraîneurs de bien encadrer les étudiants qui suivent leurs cours à distance.

Pour ce qui est des amateurs, notamment les milliers de partisans qui se donnaient rendez-vous au stade Telus-Université Laval pour encourager le club de football, Julie Dionne avait une pensée pour eux.

« On veut qu’ils soient positifs et avec nous. Ce n’est pas une situation facile, les émotions peuvent parfois prendre le dessus. On va se préparer pour revenir en force et on va espérer pouvoir encore remplir ce stade avec 20 000 personnes, ce serait le fun », a-t-elle espéré à propos d’un avenir pas trop lointain que personne ne connaît avec précision.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.