Lary Kidd

Surmonter la souffrance et devenir un surhomme

Après un premier album sous le signe de la morosité, de la mélancolie et même de la violence, Lary Kidd présente Surhomme comme une subtile lueur au bout du tunnel. On n’échappe pas aux crachats dépressifs qu’il envoie sur toutes ces choses qui le rebutent et l’affligent. Mais, de son propre aveu, son œuvre est cette fois plus « digestible ».

Ce n’était pas quelque chose de prémédité. Lary Kidd s’est assis avec ceux qu’il appelle « les gars », sans jamais les nommer, soit les bidouilleurs de sons attitrés et amis de longue date Ruffsound et Ajust (qui ont créé les musiques en quelques jours seulement). Leur but : faire un album de rap de qualité. « Du bon beat et de bons textes », dit le rappeur.

Il a pris une année pour ficeler les textes des 12 chansons, entre deux collections de sa ligne de vêtements, Officiel, et quelques concerts – au Centre Bell ou en Europe – avec son autre grand ami Loud.

L’intention n’était donc pas de faire un album plus léger ou lumineux. Mais le résultat est résolument plus accessible que Contrôle, paru en 2017. Nous le mentionnons, et Lary Kidd acquiesce.

« C’est cool que ce soit tombé comme ça. Ça fait changement de mon premier, qui était l’ode au mal-être ! Ça fait un peu de bien. »

— Lary Kidd

En écoutant ce premier opus, puis sa suite, parue vendredi dernier, on ne peut que se demander dans quel état d’esprit se trouvait le trentenaire au moment de créer l’un et l’autre. Pour Contrôle, c’était « une bulle de six mois où ça n’allait pas super bien », confie-t-il. La création a alors été thérapeutique. Cette fois, dit le rappeur, « l’idée était vraiment de faire de la bonne musique, peu importe où elle s’en allait ».

Ne pas intellectualiser

Lary Kidd s’est promis de ne pas intellectualiser son nouvel album, comme il a pu le faire avec le précédent. « Au Québec, on nous demande d’avoir une cohésion intellectuelle dans notre rap pour qu’il soit présentable, croit-il. C’est sûr qu’il y a des sujets intéressants sur l’album, que je parle de maladie mentale, d’injustice, d’inégalité des classes. Il y a des trucs intelligents et réfléchis, mais finalement, c’est juste des bars de rap, avec des doubles sens et des punchlines. Parce que c’est ce que je fais de mieux. »

Aussi simple que ça. Mais il ne faut pas fouiller très loin pour trouver l’intellectualité (l’intelligence) derrière certains vers, même si lui tente de ne pas les suranalyser. Entre la mélancolie et le cynisme, il se laisse aller à la vantardise si naturelle au rap avant de tisser un court exposé sur la drogue ou l’alcool.

« Je continue d’envoyer des flèches à ce qui me tape sur les nerfs. Pas que je fais du conscious rap, mais il y a des choses que je ne peux pas laisser passer. »

— Lary Kidd

Quelques titres s’accolent à des rythmes plus énergiques, moins déprimants. Lorsque Lary Kidd échange les rimes avec Tizzo, 20Some ou Loud, il se laisse porter jusqu’aux terrains de jeu de ceux avec qui il collabore. Il donne ainsi une tout autre couleur à cet album qui aurait pu autrement rester dans la même teinte de noir sur noir que le précédent.

Tout faire à la fois

Et puis, aux trois quarts de la galette, on tombe sur une Barcelone déprimante à souhait. « Ces temps-ci j’suis absent/J’essaie de crever l’abcès avec un peu d’absinthe/En fait, j’essaie de crever/J’ai d’la misère à m’lever l’matin », lâche-t-il d’emblée, avant d’entamer plus tard son refrain sur : « Je sais pas pourquoi j’suis triste comme ça/But hey, don’t you think it’s beautiful ? »

« J’étais à Barcelone, dans une immersion totale de beauté, de saveurs, d’art. Et j’étais quand même vraiment triste. Mais il y avait quand même une certaine beauté là-dedans. Ça m’a inspiré », explique Lary Kidd.

C’est qu’il y a Lary Kidd et il y a Laurent Fortier. Grâce à la musique qu’il crée en tant que Lary, Laurent est plus heureux, dit-il. Une dualité certaine oppose ce qu’il est en tant qu’homme et ce qu’il crée en tant qu’artiste.

« Même ce que je consomme, ce sont des trucs dark, malheureux, […] du rap hard. Je crois que c’est ce qu’il me faut pour créer une balance avec ma vraie vie. »

— Lary Kidd

Une vraie vie bien occupée. La balance, il doit aussi la trouver entre sa musique et sa marque de vêtements. Une nouvelle collection est attendue, alors qu’il a les deux mains dans la promotion et le lancement de Surhomme. Entre chaque entrevue qu’il fait, le jour de notre rencontre, il répond à des courriels. « Je ne sais pas comment [je m’en sors], mais c’est correct. On est jeunes et on le fera tant qu’on le peut », dit-il, s’avouant heureux que ses « affaires » aillent bien.

Avant même que l’album ne sorte, son concert de lancement affichait complet. « Je pourrais être le gars le plus confiant, mais je reste “groundé” parce que je mets les bouchées doubles partout comme si je commençais », affirme celui qui a maintenant plusieurs offrandes musicales (en incluant les albums de Loud Lary Ajust) à son actif. 

Avec toutes ces choses à faire, Lary Kidd serait-il un surhomme, à sa façon ? Peut-être, mais ce n’est pas dans ce sens qu’il le voyait quand il a baptisé sa galette. Alors que les rappeurs sont « toujours au-dessus de tout, se vantent de tout », les épreuves de sa vie (dont il parle dans ses deux albums) l’ont changé. « Je pense que la souffrance m’a lassé, m’a gelé, m’a engourdi, dit-il. De là est venu un certain je-m’en-foutisme. Je suis un surhomme parce qu’enfin, il n’y a plus rien qui m’affecte. »

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