VOYAGE 

Réaliser le voyage de ses rêves

Un voyage de rêve est en général plutôt dispendieux, et le compte en banque est loin d’être toujours assez garni pour le transformer en réalité. Du moins, pas tout de suite. Or, en suivant certaines stratégies, il y a peut-être moyen de réaliser ce voyage d’une vie.

Une date significative

Ce ne sera pas possible cette année. L’année prochaine non plus. Pourquoi ne pas lier ce voyage de rêve à une date significative ? Un 40e anniversaire de naissance, un 20e anniversaire de mariage, la retraite.

« Certains produits de luxe comme des croisières vous permettent de réserver deux ans d’avance, note Moscou Côté, de l’agence Voyages Constellation. C’est plus motivant lorsqu’on sait que c’est réservé. C’est plus facile de mettre de l’argent de côté chaque mois. »

Pour Mathieu Durand, il est important de fixer une date. Le jeune homme a dû économiser pendant des années pour effectuer de coûteux voyages d’escalade, comme l’ascension de l’Everest, qui peut coûter autour de 60 000 $. 

« Ce n’est pas tout le monde qui a la même définition du voyage d’une vie : pour certains, c’est une semaine à Cuba, mais ça reste le même principe, affirme-t-il. Si on dit : “J’économise pour un voyage”, ce n’est pas trop défini. L’être humain étant ce qu’il est, tant qu’il n’y a pas de date précise, il ne va pas nécessairement agir concrètement. »

Vivre simplement

L’enjeu, c’est de mettre de l’argent de côté sans (trop) se priver.

Céline Cusson, qui a effectué avec son conjoint un grand voyage de près d’un an en Amérique du Sud, en Europe, en Turquie et en Égypte en 2008, explique qu’elle a appliqué le principe « En as-tu vraiment besoin ? » avant qu’il soit populaire. 

« On a fait des choix, mais on n’avait pas l’impression de se priver : un peu moins de sorties au restaurant, je ne me suis pratiquement pas acheté de vêtements, on y allait mollo dans les dépenses. »

De son côté, Typhanie Sanchez a gardé son train de vie « étudiant » lorsqu’elle a commencé à travailler. Ça lui a permis d’entreprendre un grand voyage avant l’arrivée de la trentaine. « Je suis restée en colocation, je ne me suis pas acheté de voiture. Mon salaire, je le mettais presque tout de côté. »

Elle a suivi la même stratégie plus tard avec son conjoint et leur bébé : ils ont décidé qu’il n’était pas nécessaire de prendre un appartement plus grand ou d’acheter une deuxième voiture.

« Je ne m’achète pas un Starbucks tous les jours, indique pour sa part l’alpiniste Mathieu Durand. Les gratteux, les magazines, ça ne fait pas partie de ma vie. »

Établir des stratégies financières

Certaines personnes, comme Céline Cusson, ont accès à des programmes de traitement différé au travail. Pendant quelques années, l’employé peut faire placer une partie importante de son salaire dans une fiducie et prendre une année de congé.

« Je me suis habituée à vivre à 75 % de mon salaire », indique-t-elle.

Mathieu Durand n’avait pas accès à un tel programme pour préparer son ascension de l’Everest, mais il a mis en place un virement automatique pour qu’à chaque paye, un pourcentage de son salaire se retrouve dans un compte distinct.

« Je n’ai pas de carte de guichet pour ce compte, raconte-t-il. Je suis obligé d’aller à la banque, au comptoir, pour retirer de l’argent. Ça diminue la tentation de vider le compte. »

On peut utiliser le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) dans le même but, ou encore des certificats de placement garantis. Il faut parfois payer des pénalités pour encaisser un tel certificat avant son échéance. Il faut donc y penser à deux fois.

Lorsqu’on prévoit un gros voyage dispendieux payable en dollars américains, il faut suivre l’évolution des taux de change au cours des années. Si le dollar canadien connaît une remontée importante, il peut être avantageux d’ouvrir un compte en dollars américains et d’y placer une certaine somme.

Parler de son projet

Pour réussir à garder sa motivation tout au long des années, l’alpiniste Mathieu Durand fait connaître ses objectifs à ses proches.

« Ça devient concret. Après, c’est plus difficile de faire des choix qui vont à l’encontre de ton projet de voyage. »

Ça permet également d’aller chercher de « l’argent de l’affection » (love money).

« Les cadeaux de fête, les cadeaux de Noël, toutes ces choses-là : je dis à mes proches de ne pas me donner des bébelles, mais de me donner de l’argent pour mon voyage, affirme Mathieu Durand. C’est sûr que ça aide. On ne parle pas de montants majeurs, mais dans ces cas-là, chaque dollar compte. »

Le fait de parler de ses projets à ses proches peut avoir un autre effet positif : ceux-ci voudront peut-être offrir au voyageur des livres liés à la destination. Par exemple, des polars d’Arnaldur Indriðason en prévision d’un voyage en Islande ou de Petros Markaris pour celui qui se dirige vers la Grèce.

Bouger en attendant le grand voyage

Prévoir un voyage de rêve dans quelques années, c’est bien. Mais ce n’est pas une raison pour rester encabané entre-temps.

Christelle Proulx Cormier et son conjoint avaient rêvé pendant 10 ans à un grand voyage, qu’ils ont finalement effectué en Asie du Sud-Est et en Europe. Mais en attendant, ils avaient fait de petits voyages : du trekking, un road trip en camionnette aux États-Unis avec bébé.

Ils rêvent d’un autre grand voyage un de ces jours.

« On n’a pas l’impression de se priver au quotidien, on ne s’empêche pas de louer un chalet de temps à autre », raconte-t-elle.

L’idéal, c’est de trouver des projets pas trop chers qui ont un lien avec la destination de rêve. Ainsi, la personne qui planifie un safari en Afrique peut s’inscrire à un camp de photographie ou aller observer les oies blanches à Cap-Tourmente. Le passionné de la route de la soie peut s’organiser des escapades en Amérique du Nord pour visiter de grands musées comme le Metropolitan Museum à New York ou le Peabody Museum à Cambridge. Quant à l’adepte du plein air, il peut se préparer à son expédition arctique en pagayant sur la rivière Saguenay et en parcourant à pied les Chic-Chocs, en Gaspésie.

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