Ontario

Pas d'équilibre budgétaire avant 2024

Les progressistes-conservateurs de Doug Ford en Ontario n’atteindront pas l’équilibre budgétaire pendant le mandat actuel, mais leur premier budget ouvre une ère de resserrement progressif, apaisée par un peu d’alcool.

Le budget, déposé hier, établit le déficit annuel à 11,7 milliards de dollars, et les conservateurs ne prévoient pas l’éliminer avant 2023-2024. Or, les prochaines élections provinciales sont prévues en 2022.

Les réductions draconiennes et généralisées que plusieurs craignaient ne se concrétisent pas dans ce premier budget, mais l’échéancier vers l’équilibre montre que le couperet s’abattra surtout à partir de la mi-mandat.

Le budget limite la croissance des dépenses – et il annonce des coupes dans les études postsecondaires et les services sociaux. Mais les dépenses de programmes dépassent quand même de près de 5 milliards celles prévues dans le plus récent budget présenté par le précédent gouvernement libéral, que les conservateurs ont souvent critiqué pour son côté dépensier.

Le ministre des Finances, Vic Fedeli, a soutenu hier que son gouvernement avait « établi une voie raisonnable vers l’équilibre », une « approche réfléchie et mesurée », sur cinq ans.

« Notre principe est de protéger ce qui compte le plus. »

— Vic Fedeli

Au cours des trois prochaines années, le budget global alloué aux dépenses de programmes augmentera en moyenne de 0,8 %, contre une croissance de 3,3 % prévue l’an dernier par les libéraux.

Le gouvernement Ford introduit également un crédit d’impôt pour la garde d’enfants, qui pourra atteindre 6000 $ par enfant de moins de 7 ans et jusqu’à 3750 $ par enfant de 7 à 16 ans, selon une grille modulée, pour les familles gagnant moins de 150 000 $ par année. Cette mesure devrait coûter environ 390 millions au Trésor public annuellement. Le gouvernement Ford promet également de créer 30 000 places en garderie sur cinq ans.

Des soins dentaires gratuits seront également offerts aux personnes âgées à faible revenu.

L’alcool et les plaques d’immatriculation

Le gouvernement assouplit par ailleurs plusieurs règles provinciales relatives à l’alcool : les municipalités pourront permettre la consommation d’alcool dans les parcs, les débits de boisson pourront commencer à servir de l’alcool à 9 h, la publicité pour les « heures festives » sera autorisée, tout comme les fêtes d’avant-match. Le gouvernement a également l’intention de permettre aux dépanneurs de vendre de la bière et du vin.

Ce qui a fait dire aux partis de l’opposition que le gouvernement Ford était « obsédé » par l’alcool.

Les conservateurs ont aussi annoncé dans leur budget un nouveau logo pour la province – pratiquement identique au précédent, avec la trille – ainsi qu’une nouvelle plaque d’immatriculation, qui laisse plus de place au bleu, avec un nouveau slogan, « A Place to Grow », qui remplacera « Yours to Discover ». Le gouvernement soutient qu’il a conclu un nouveau contrat de production de plaques qui fera économiser 4 millions à la province.

La chef du Nouveau Parti démocratique, Andrea Horwath, a estimé qu’en coloriant les nouvelles plaques de plus de bleu, couleur traditionnellement associée aux conservateurs, le gouvernement Ford « utilise les fonds publics à des fins partisanes ».

Hausses modestes en santé

Plus sérieusement, Mme Horwath a souligné que même là où les dépenses augmentent, ces hausses sont généralement inférieures à l’inflation, ce qui équivaut en fait à des réductions.

Les hôpitaux recevront 384 millions supplémentaires, ce qui représente une augmentation de 2,05 %, mais l’Association des hôpitaux de l’Ontario avait déclaré que ce secteur aurait besoin d’une augmentation de 3,45 % pour maintenir ses effectifs.

Les dépenses en éducation devraient augmenter de 1,2 %, mais cette croissance est due en grande partie à l’augmentation du nombre d’inscriptions, pas à de nouveaux programmes. L’Ontario a récemment annoncé une série de changements dans le secteur de l’éducation, notamment une augmentation du nombre d’élèves par classe au secondaire, ce qui a déclenché une importante grogne.

Le secteur de l’enseignement postsecondaire connaîtra des réductions de son financement, les dépenses chutant de 1 % en moyenne au cours des trois prochaines années, principalement en raison de modifications apportées à l’aide financière aux étudiants.

Les universités et les collèges seront par ailleurs assujettis à des conditions accrues pour obtenir leur financement : jusqu’à 60 % des sommes seront liées au rendement des établissements au cours des cinq prochaines années.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.