Le calme avant la tempête ?

Habituée des coups d’éclat au moment du face-à-face, Mikaela Laurén (31-5-0, 13 K.-O) n’a cette fois rien tenté face à Marie-Ève Dicaire (14-0-0, 0 K.-O), hier matin. Les deux boxeuses, qui se retrouveront samedi au Casino de Montréal, se sont toutefois longuement regardées dans le blanc des yeux.

« Je lui ai dit : “Tu sais qu’on est supposées regarder les caméras ?” Elle m’a répondu : “Oui, mais je ne veux pas me retourner, alors on va le faire en même temps.” C’était clair que ni elle ni moi n’allions flancher, a indiqué Dicaire. Oui, elle semble avoir du bagage et de l’expérience, mais je ne suis pas née de la dernière pluie. »

Âgée de 43 ans, la Suédoise a déjà fait parler d’elle en embrassant deux adversaires, Christina Hammer, puis Cecilia Braekhus, sur la bouche. En 2017, elle avait aussi versé une bouteille d’eau sur la tête d’Ivana Habazin, qui n’avait pas bronché.

Dicaire s’était préparée à toute éventualité. « On connaît son historique, alors avec mon préparateur mental et mon entraîneur, nous étions prêts. Ce qui est important, c’est qu’on ne la laisse pas jouer dans notre tête. Somme toute, les choses se sont assez bien passées dans ce cas-ci. »

Deux générations

La semaine est cependant loin d’être finie. Dicaire retrouvera Laurén demain matin, dans le cadre de la pesée officielle. Et, samedi soir, la Québécoise, championne du monde IBF des poids super-mi-moyens, tentera d’assurer la première défense de son titre acquis en décembre dernier.

Hier, le ton est demeuré courtois en conférence de presse, mais chaque camp a insisté sur les lacunes de l’autre. Par exemple, Stéphane Harnois, entraîneur de Dicaire, a qualifié Laurén de boxeuse issue de « l’ancien régime ».

« Mikaela va tout donner, mais elle ne pourra pas rivaliser avec Marie-Ève, qui fait partie de la nouvelle génération. Elle fait partie de l’ancien régime, alors que les boxeuses actuelles sont des techniciennes rapides qui sont capables de se déplacer. Elle ne sera pas capable de s’approcher de Marie-Ève. »

— Stéphane Harnois, entraîneur de Marie-Ève Dicaire

« L’agilité distingue les deux générations. Les filles comme Laurén cognent dur, mais elles ne peuvent pas y arriver si elles n’ont pas les pieds ancrés dans le ring, a poursuivi Dicaire en donnant un exemple masculin. On voit maintenant, avec Vasyl Lomachenko et la filière ukrainienne, que les gars peuvent frapper dans n’importe quelle direction. Ils touchent leur adversaire sans se faire toucher. Je fais partie de cette génération. »

La Suédoise a, elle, gardé le même cap que lors des trois dernières semaines. Elle a ainsi rappelé que, malgré l’annonce de sa retraite en juin 2018, elle avait continué à boxer en tant que partenaire d’entraînement et à faire beaucoup de natation – elle a déjà fait partie de l’équipe nationale suédoise.

L’aspirante numéro 1 a ensuite récité sa fiche et le nombre de K.-O. qu’elle a réussis pour illustrer sa plus grande expérience et sa plus grande force de frappe.

« Avant de prendre ma retraite, je n’avais pas gagné le titre WBC une fois, mais bien quatre fois. J’ai abandonné ma ceinture parce que je voulais descendre d’une catégorie de poids et affronter Cecilia Braekhus. Je me considère encore comme la championne WBC.

« Puis, lors de mon dernier combat, j’ai mis la main sur le titre IBO, mais je l’ai aussi abandonné à cause de ma retraite. Je n’ai jamais perdu chez les poids super- mi-moyens. […] Je vais tout donner samedi. Je suis ici pour gagner et pas parce que je m’ennuie de la boxe. Je suis prête à aller à la guerre. »

D’autres gains

La carte présentée au Cabaret du Casino de Montréal comprendra six combats. Elle a été montée en l’espace de trois semaines en raison de l’annulation du duel entre Dicaire et Lina Tejada, aveugle de l’œil gauche. Cela a obligé Dicaire à prolonger un camp d’entraînement qui s’était avéré particulièrement exigeant.

« On a optimisé le repos et, dans le gym, je suis allée chercher de la vitesse, de la puissance et de la confiance. Les gains ont continué à se faire, dit-elle. Je suis énergique comme jamais et je compte livrer un combat intelligent même si je suis consciente que mon adversaire a énormément de cartes dans son jeu. »

Ce combat de championnat du monde est prévu pour 10 rounds. En demi-finale, le Québécois David Théroux affrontera le Mexicain Juan Daniel Bedolla Orozco.

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