Maya Vorderstrasse

Chaos contrôlé

Sur l’incontournable Instagram, les publications à caractère « être mère, c’est parfois l’enfer » pullulent. Suivant la tendance, Maya Vorderstrasse en a fait sa signature. « Certains m’appellent maman. Mais je préfère le terme coordonnatrice de chaos. »

En remontant le compte Instagram de Maya Vorderstrasse, on trouve des photos toutes simples de voyages, de famille, d’amis. Puis, les clichés de grossesse se mettent à se multiplier et les abonnés à augmenter. De quelque 100 « J’aime » par publication en moyenne, la jeune femme est passée à 2300, le 3 mai 2017, jour où elle s’est présentée enceinte en évoquant la douleur causée par son nerf sciatique.

C’est pendant sa deuxième grossesse que la Brésilienne établie au New Jersey s’est mise à publier de tels instantanés accompagnés d’un tableau noir sur lequel elle a épinglé des messages qu’elle juge « décomplexants ». « Enceinte de 37 semaines. Je mérite le droit de ne pas porter de pantalon. » « Enceinte de 35 semaines, donnez-moi de la crème glacée. »

Avec le temps, et la naissance de son deuxième enfant, Maya Vorderstrasse a multiplié les photos de scènes de son quotidien de mère. Un procédé qui lui permet de sentir qu’elle « n’est pas seule dans ses combats ». Certaines de ses publications – c’est l’époque – sont commanditées. Et accompagnées de mots-clics populaires tels #motherhoodproblems, #soucisdematernité.

La maman jure pourtant qu’elle n’a « jamais travaillé avec un photographe professionnel ». Qu’elle prend ses clichés seule, ou lorsque son mari Tim rentre à la maison. Son mari, « très beau joueur », que l’on a déjà vu dans une publication, le pauvre, un melon d’eau fixé avec du ruban adhésif sur le ventre. Explication : Maya voulait lui montrer comment on se sent à 39 semaines de grossesse. « Cette publication est sortie de mon propre cerveau quand nous étions en chicane pour savoir qui était le plus fatigué. »

Ces chicanes de couple, elle y a récemment fait allusion en partageant un portrait d’eux deux, l’air parfaitement heureux. Le texte placé en accompagnement fait pourtant état d’une tout autre histoire. Maya y raconte les premiers mois de fréquentation, les fiançailles, l’époque extraordinaire qui a suivi. Et puis, l’arrivée du premier bébé. À quel point la relation s’est désintégrée. « Nous avons même cessé de nous parler. » Aujourd’hui, ils s’aiment de nouveau, promet-elle. Et, confession IG oblige, ils ne se disputent plus à propos de la vaisselle.

Autre confession : il y a quelques années, elle ne cessait de se comparer à ces gens vivant, sur les réseaux sociaux du moins, une existence entre guillemets « irréprochable ». « C’était toxique. Je savais que si je n’acceptais pas mon quotidien bordélique, je tomberais dans le trou noir du complexe d’infériorité. »

Ce qui l’a aidée ? « J’ai trouvé le sens à ma vie le jour où je suis devenue mère. Mes filles, adorables, bruyantes et fortes, sont ma raison d’exister. » Elle tient à le préciser : « La seule raison pour laquelle j’ai eu tant de chance avec mon compte Instagram, c’est elles. Mais je fais attention à ne pas y passer trop de temps. Je ne veux pas qu’elles se souviennent de moi scotchée à mon téléphone. »

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