Raid aérien au Yémen

Le Conseil de sécurité de l’ONU réclame une enquête « crédible »

Le Conseil de sécurité de l’ONU a dit, hier, vouloir une enquête « crédible » sur le raid aérien, attribué à la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite, qui a tué 29 enfants au Yémen.

L’ambassadrice de Grande-Bretagne à l’ONU, Karen Pierce, qui préside le Conseil et s’exprimait en son nom, a exprimé à des journalistes, après une réunion à huis clos sur le Yémen, sa « grande préoccupation » et appelé à « une enquête crédible et transparente ».

Plus tôt hier, la coalition militaire, qui intervient au Yémen contre les rebelles houthis, a annoncé l’ouverture d’une enquête sur le raid.

Le Conseil de sécurité n’a pas ordonné le lancement d’une enquête séparée, mais « va maintenant discuter avec l’ONU et d’autres pour voir comment l’enquête peut avancer au mieux », a précisé Mme Pierce.

Cette réunion avait été demandée par la Bolivie, les Pays-Bas, le Pérou, la Pologne et la Suède, tous membres non permanents du Conseil de sécurité.

Avant la réunion, les Pays-Bas avaient insisté sur le fait que l’enquête devait être indépendante, laissant entendre que la décision de la coalition de lancer une investigation était insuffisante.

« Nous avons vu les images des enfants qui sont morts », a déclaré à la presse l’ambassadrice adjointe des Pays-Bas à l’ONU, Lise Gregoire-van Haaren.

« Ce qui est crucial maintenant, c’est d’avoir une enquête crédible et indépendante. »

— Lise Gregoire-van Haaren, ambassadrice adjointe des Pays-Bas à l’ONU

Le Conseil de sécurité n’a pas spécifié si l’enquête devait être indépendante, comme l’a demandé le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, jeudi.

Images insoutenables

Sur le marché de Dahyan, dans la province septentrionale de Saada, des restes humains ainsi que des cartables d’enfants sont toujours visibles, selon des images de l’AFP. Le bus bleu et blanc qui transportait les écoliers apparaît, lui, entièrement déchiqueté.

« Les écoliers m’ont parlé de ce voyage pendant deux jours. Leurs mères m’ont dit qu’ils n’avaient pas fermé l’œil de la nuit tellement ils étaient heureux de participer à cette sortie scolaire », a affirmé à l’AFP Yahya Hussein, un des enseignants.

Au moins 29 enfants âgés de moins de 15 ans ont péri dans des frappes contre leur bus sur un marché très fréquenté de Dahyan – zone contrôlée par les Houthis –, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Quarante-huit blessés, dont trente enfants, ont été admis dans un hôpital géré par l’organisation.

Un photographe de l’AFP a vu des hommes creuser des tombes les unes à côté des autres en prévision de l’inhumation des jeunes victimes. Le moment de leurs funérailles n’a pas encore été annoncé.

« Ouvrir les yeux »

Le secrétaire général de l’ONU avait appelé à une « enquête rapide et indépendante », tandis qu’un porte-parole du département d’État américain avait demandé une « enquête approfondie et transparente ».

Les Houthis ont salué l’appel de M. Guterres, a affirmé sur Twitter le président de leur Comité révolutionnaire suprême, Mohammed Ali-Houthi, ajoutant qu’ils étaient « prêts à coopérer ».

La coordonnatrice humanitaire de l’ONU pour le Yémen, Lise Grande, a pour sa part dénoncé un acte « horrible et totalement inacceptable ».

« Nous devons ouvrir les yeux sur ce qui se passe au Yémen. Les chiffres sont sidérants, il faut faire tout ce qui est possible pour mettre fin à la crise humanitaire. »

— Lise Grande, coordonnatrice humanitaire de l’ONU pour le Yémen

À Dahyan, le ministre de la Santé houthi, Taha el-Moutawakel, a indiqué à la presse que « 51 personnes avaient été tuées, dont 40 enfants », et 79 blessées, dont 56 enfants, dénonçant « un crime horrible » qu’il a attribué à la coalition.

Selon lui, « ce bilan n’est pas définitif, de nombreuses personnes étant encore portées disparues ».

« Nous manquons de sang », a déploré de son côté Jamil Al-Fareh, un médecin urgentiste à l’hôpital de la ville de Saada.

« Guerre cruelle »

Le jour des frappes à Dahyan, la coalition militaire sous commandement saoudien a affirmé avoir mené une opération militaire « légitime » contre un bus transportant des « combattants houthis ».

Elle visait, selon elle, « des éléments qui ont tiré un missile contre la ville [saoudienne] de Jizane, faisant un mort et des blessés parmi les civils ».

Hier, Riyad a indiqué avoir intercepté deux missiles balistiques tirés depuis Saada en direction de Jizane, selon l’agence saoudienne SPA qui ne fait pas état de blessés.

Il y a une semaine, la coalition a nié avoir mené des attaques qui ont fait, selon le CICR, 55 morts et 170 blessés à Hodeida, dans l’ouest du Yémen.

Cette ville stratégique est contrôlée par les Houthis qui ont également attribué à la coalition la responsabilité de ces attaques. Mais celle-ci a accusé à son tour les rebelles de les avoir menées.

Par le passé, cette coalition a été accusée de plusieurs « bavures » contre des civils. Elle a admis sa responsabilité dans certains raids, mais elle accuse régulièrement les Houthis d’utiliser les civils en tant que boucliers humains et de recruter des enfants.

Les rebelles sont soutenus par l’Iran, mais Téhéran nie leur fournir un appui militaire.

La guerre au Yémen a fait quelque 10 000 morts depuis l’intervention de la coalition et provoqué « la pire crise humanitaire » au monde, selon l’ONU.

Jusqu’ici, tous les efforts pour mettre fin au conflit ont échoué. De nouveaux pourparlers sont prévus le 6 septembre à Genève sous l’égide des Nations unies.

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