OPINION

L’affaiblissement américain

Aucun pays ne désire voir des problèmes à ses frontières. Généralement, ils cherchent, par leur politique étrangère, à tenir les problèmes le plus loin possible.

Les différents programmes d’aide au développement n’ont pas pour but de démontrer la générosité d’un pays, mais d’aider à garder la stabilité dans le système mondial. Un pays comme le Canada, comme la plupart des petites et moyennes puissances, a besoin d’un système international stable pour favoriser sa croissance.

Depuis deux ans, nous voyons au pays de l’Oncle Sam des politiques qui auront un effet exactement contraire.

Alors qu’au cours des 70 dernières années, les différents gouvernements qui se sont succédé ont cherché à signer des ententes et des traités qui avaient pour but de maintenir les risques de conflits le plus loin possible des frontières américaines.

L’OTAN visait à protéger l’Europe de potentiels conflits avec une Union soviétique qui cherchait à agrandir son influence. Les bases militaires américaines en Corée du Sud et au Japon visaient le même objectif. Il est préférable de surveiller la montée de l’ennemi près de ses eaux territoriales, comme dans le détroit de Taiwan, ou dans la mer des Caraïbes, autour de Cuba.

Les différents présidents américains se sont assurés que l’influence américaine avait une portée suffisante pour que la sécurité nationale soit garantie. Mais la sécurité nationale n’est pas que militaire, elle a également une portée économique, en santé et en environnement.

L’ALENA

Ceci a mené à d’autres ententes qui permettaient, elles aussi, de maintenir la sécurité nationale américaine. L’ALENA, qui n’était possiblement pas la meilleure entente pour les Américains, permettait de garder une certaine stabilité économique du côté mexicain. Les Mexicains travaillant du côté sud de la frontière n’ont pas besoin de défier celle-ci.

Depuis son arrivée au pouvoir, l’actuel président n’a cessé de multiplier les décisions qui affaiblissent l’influence internationale des États-Unis et augmentent rapidement l’instabilité nationale.

En partant à la chasse aux immigrants illégaux mexicains, il cherche à retourner ceux-ci dans un pays où ils manquaient déjà d’emplois. En renégociant l’ALENA, il veut ramener la balance commerciale en faveur des États-Unis et au détriment de ses partenaires, dont le Mexique. La résultante est qu’il a augmenté d’une manière importante les risques d’instabilité au Mexique, directement sur la frontière américaine.

Présence américaine internationale

La même réalité s’applique dans les pressions faites aux pays de l’OTAN. Non, les États-Unis n’étaient pas en Europe dans le but unique d’offrir une généreuse protection. Ils maintenaient les risques de conflits le plus loin possible des frontières américaines. Les pressions américaines ont mené à une déclaration, pas si surprenante, de la part du président français pour la création d’une armée européenne. Parmi les ennemis potentiels désignés par le président Macron : les États-Unis.

Du côté asiatique, la présence américaine est aussi intéressée. Il ne s’agit pas de simple générosité du partenaire américain. Le géant chinois gagne rapidement en influence. En exacerbant ses relations avec les chefs d’État nippon et coréen, l’hôte de la Maison-Blanche mine l’influence américaine dans cette région et alimente favorablement le pouvoir chinois.

La politique étrangère américaine du président actuel a donc mené à une diminution de l’influence internationale américaine et a un affaiblissement de la sécurité nationale. Du coup, il a rapproché les possibilités de conflits vers les frontières de son pays.

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