Surreprésentation des cas en Estrie

« Granby et Bromont sont particulièrement touchés »

Avec une population quatre fois moins importante que celle de l’île de Montréal, l’Estrie a presque autant de cas confirmés. La santé publique surveille la situation « en continu, jour et nuit », assure le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda. Le maire de Granby parle même de « zone rouge ».

« C’est sûr qu’on est la zone rouge, c’est assez évident », a déclaré le maire de Granby, Pascal Bonin, en entrevue avec La Presse vendredi. « Granby et Bromont sont particulièrement touchés, c’est certain, on le sait. »

Le CIUSSS de l’Estrie a confirmé un « fort potentiel de transmission de la COVID-19 » à Granby, à Bromont et dans les environs. « Il semble que des personnes porteuses du virus aient circulé ou circulent toujours dans plusieurs lieux publics », a indiqué le CIUSSS dans un communiqué, vendredi soir.

« Ce ne sont pas les lieux en soi qui augmentent les risques, mais bien les personnes porteuses du virus qui ne respectent pas les consignes de confinement », a souligné le directeur de santé publique par intérim de l’Estrie, le Dr Alain Poirier.

L’information selon laquelle deux membres du personnel de l’hôpital de Granby, possiblement des médecins, ont contracté la COVID-19, a créé une onde de choc.

« Il y a des professionnels de la santé effectivement qui ont été atteints, mais on ne prévoit pas de bris de service actuellement parce qu’on a des plans [d’urgence] », a indiqué le DArruda en point de presse quotidien vendredi après-midi. « Il y a maintenant beaucoup de médecins spécialistes ou autres qui, en fonction de l’annulation des choses électives, vont pouvoir être mis à disposition. »

Ni Québec ni l’Estrie n’ont donné de détails sur la façon dont ces professionnels de la santé ont contracté le virus. Mais le CIUSSS a ouvert un dépistage préventif pour les membres du personnel des réseaux locaux de santé de la Haute-Yamaska (qui comprend notamment Granby et Bromont) et de la Pommeraie (qui englobe Cowansville) parce que la population circule beaucoup entre ces deux régions connexes.

Même s’ils n’ont pas voyagé à l’extérieur du pays ou eu de contact étroits avec un cas avéré, les travailleurs qui présentent de la fièvre, de la toux ou des difficultés respiratoires sont invités à aller passer un test avant 16 h lundi au centre de dépistage situé près de l’urgence de l’hôpital de Granby.

L’Estrie en surnombre

À 13 h, vendredi, l’Estrie comptait 26 cas confirmés, soit le même nombre que la veille. Malgré ce répit, la région occupe toujours le deuxième rang de la province, juste derrière Montréal, qui affichait 31 cas.

Or, la région sociosanitaire de l’Estrie compte quelque 474 000 personnes, contre près de 2 millions d’habitants pour celle de l’île de Montréal (données de 2015 et 2016 respectivement).

Et avec moins de 6 % de la population de la province, l’Estrie regroupe près de 20 % des 139 cas confirmés.

« Les équipes de santé publique sont en train de faire ce qu’on recommande, tant les plus hauts standards », a assuré le Dr Arruda. L’analyse « se fait en continu, jour et nuit ».

« Il n’est pas question de fermer la région de l’Estrie, il n’est pas question de fermer la région de Montréal, ce sont toutes de fausses rumeurs, c’est important de le dire. »

— François Legault, premier ministre du Québec

Le Dr Arruda a par ailleurs tenu à mettre le cas de Granby en contexte. « Les petits foyers qui peuvent être gros selon vous, parce qu’on les voit gros, parce que c’est Granby, si vous les placez dans une perspective québécoise, c’est encore petit. »

Ces petits foyers d’infection, la santé publique « ne les néglige pas », dit-il. « Mais cette information-là, il faut qu’elle soit validée. Elle ne peut pas venir de ce que j’ai vu dans la revue de presse. »

Par ailleurs, l’Estrie a été particulièrement active sur les tests, indiquent les données obtenues par La Presse. La région a effectué presque 17 % des quelque 10 000 tests faits jusqu’ici dans la province, alors qu’elle compte moins de 6 % de la population québécoise.

Cas à la piscine

La Ville de Granby a par ailleurs annoncé qu’un enfant ayant la COVID-19 aurait fréquenté la piscine Miner le 11 mars dernier, entre 18 h et 19 h. L’administration demande aux familles ayant été là durant cette période de joindre la direction de santé publique de l’Estrie au 1 877 644-4545. La Ville a quant à elle joint les entraîneurs du club de natation pour que les athlètes présents aient les informations nécessaires.

« Je pense qu’au début, il y avait une certaine insouciance, mais là les gens commencent à réellement comprendre », a indiqué le maire Bonin.

Conscience relative

Malgré le nombre élevé de cas diagnostiqués dans la région, les résidants ne semblent pas plus précautionneux qu’ailleurs, témoigne le président de l’Association des médecins omnipraticiens de l’Estrie, Alain Demers.

« J’ai encore l’impression [que les gens] voient ça comme une menace immatérielle ou irréelle qui ne les touchera pas. »

— Alain Demers, président de l’Association des médecins omnipraticiens de l’Estrie, en entrevue téléphonique 

Le Dr Demers, par contre, n’a pas ménagé ses efforts. Copropriétaire d’une clinique GMF à Sherbrooke, il s’est mis à la menuiserie avec un confrère et le conjoint d’une employée la fin de semaine dernière pour installer des panneaux de plexiglas destinés à protéger le personnel administratif. Tôt lundi matin, un plombier est venu installer un lavabo doté d’un détecteur de mouvement dans l’entrée, afin que les visiteurs se savonnent les mains sans rien toucher.

Les patients qui se présentent au sans rendez-vous sont soigneusement triés. Ceux qui ont absolument besoin d’être vus en personne sont invités à attendre dans leur véhicule. « On a enlevé 80 % des chaises de la salle d’attente. Il n’y a jamais plus d’une à deux personnes à la fois, durant quelques minutes seulement », indique le Dr Demers.

Il comprend la difficulté, pour ses patients qui travaillent, de ne pas faire garder leurs enfants par leurs parents âgés, mais les incite à respecter les consignes. « Ne soyez pas inconscients, c’est réel, il se passe quelque chose, dit-il. On n’a pas de transmission communautaire, mais c’est à nos portes. »

COVID-19

L’attente angoissante du Dr X

Plus d’une semaine après avoir passé un premier test de dépistage, un médecin montréalais n’a toujours pas reçu ses résultats

Neuf jours après être tombé malade en revenant de voyage, un médecin montréalais attend encore ses résultats de non pas un, mais bien deux tests de dépistage de la COVID-19. Avant l’apparition des premiers symptômes, il a examiné une quarantaine de patients. « Ça fait une semaine. S’il y en a un ou deux qui sont infectés, ils ont pu infecter beaucoup d’autres personnes », s’inquiète-t-il.

Nous l’appellerons le DX. Il est médecin spécialiste dans un grand hôpital montréalais. Il a souhaité raconter son histoire, mais sans que l’on publie son nom ou celui de l’établissement où il travaille.

D’abord, pour ne pas alarmer ses patients avant de savoir s’il est positif au coronavirus. Ensuite, « je ne veux pas que la loupe soit mise sur un service en particulier ou sur un hôpital en particulier. Je veux montrer que le système actuel fait tout son possible, mais que ses limites sont déjà mises à l’épreuve et elles vont malheureusement l’être davantage », explique-t-il.

Notre histoire commence le dimanche 8 mars. En cette fin de la semaine de relâche, comme bien des parents québécois, le DX et sa famille rentrent de voyage. Le lundi, il retourne travailler. Précisons qu’à cette date, seuls les voyageurs qui rentrent de certains pays bien précis, comme l’Iran, doivent se placer en quarantaine. Notre spécialiste ne revient pas d’une telle zone, donc rien ne l’empêche de pratiquer.

En pleine forme, il voit une quarantaine de patients. « J’ai fait des examens durant lesquels on a une certaine intimité avec ces patients », précise-t-il.

Apparition de symptômes

Le jeudi 12 mars, alors que Québec demande à tous les voyageurs revenant de l’étranger de s’isoler 14 jours, quelle que soit leur destination, le DX voit apparaître des symptômes, dont « une espèce de toux sèche inhabituelle ». Il se place en quarantaine et communique avec le 811 pour passer un test de dépistage.

Au téléphone, il précise qu’il est médecin et qu’il a vu de nombreux patients. Le lendemain, il n’a pas de nouvelles. Précisons ici que le 811 ne l’a rappelé que le jeudi 19 mars pour fixer un rendez-vous.

Entre-temps, son hôpital ouvre une clinique de dépistage pour les travailleurs. Il y est vu le samedi 14 mars. C’était il y a une semaine.

L’échantillon est envoyé au Laboratoire de santé publique du Québec. Les jours passent. Le DX et sa famille restent à la maison. Autour de lui, d’autres reçoivent leur résultat. « De nombreux collègues ont passé l’examen, certains des jours après moi, et ils ont reçu des résultats négatifs », dit-il.

De plus en plus, le médecin s’inquiète pour ses patients. S’il s’avère positif, avec le temps qui file, il deviendra particulièrement compliqué de retrouver leurs allées et venues.

Échantillon perdu ?

Le mercredi 18 mars, il joint donc le microbiologiste responsable du dépistage à son hôpital.

« Il était plutôt inquiet que mon résultat ne soit pas encore sorti. Il y a des possibilités que mon échantillon soit perdu, entre guillemets. Je ne sais pas s’il est vraiment perdu ou s’il traîne dans le fond d’un tiroir et que les gens ne l’ont pas analysé encore. »

Quelle que soit la réponse, il n’a toujours pas la confirmation de son état de santé.

Le jour même, le DX retourne à la clinique de l’hôpital pour qu’on lui prélève un deuxième échantillon, dont il espère avoir le résultat plus rapidement. Au moment d’écrire ces lignes, il était toujours en attente.

« Ce qui m’inquiète, c’est que les patients avec qui j’ai eu des contacts, ça fait maintenant plus d’une semaine de ça. Si je suis positif et que j’ai contaminé certains patients, l’enquête de santé publique va être extrêmement ardue à faire. » — Le DX

« C’est facile pour moi de retrouver les patients. Mais ces patients-là depuis une semaine, s’il y en a un ou deux qui sont infectés, ils ont pu infecter beaucoup d’autres personnes sans être au courant », explique le médecin.

Dans le contexte actuel, le médecin souhaite aussi retourner travailler le plus vite possible, si son état de santé le permet, bien sûr.

« À mon hôpital, on se met tous sur un pied de guerre parce qu’on ne veut pas que la situation de l’Italie se répète. »

Difficile de se préparer à la guerre quand on est confiné dans son salon.

Région de montréal

Au moins quatre cas parmi le personnel soignant

En première ligne, le personnel du réseau de la santé n’est pas épargné par la COVID-19. Tour d’horizon des cas d’infection dans la région de Montréal.

Pneumologue du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM)

La semaine dernière, le CHUM a confirmé qu’un de ses pneumologues était infecté et qu’il avait vu des patients avant de recevoir le diagnostic. L’équipe du CHUM suit de près le développement de symptômes chez les patients et les membres de son personnel qui ont été en contact avec lui. Depuis le début de l’éclosion du nouveau coronavirus, le CHUM a mis sur pied une cellule de crise pour se préparer à toutes les éventualités.

Médecin résident au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine

Un médecin en formation au département d’obstétrique-gynécologie du CHU Sainte-Justine est atteint de la COVID-19. « Une investigation interne a été rapidement effectuée afin de retracer les patients, le personnel et les médecins ayant été en contact direct avec l’employé affecté », a écrit Florence Meney des communications. Elle a ajouté que toutes ces personnes sont « en isolement à la maison ».

Médecin du Centre hospitalier Kateri-Memorial de Kahnawake

Une médecin du Centre hospitalier Kateri-Memorial de Kahnawake, qui a voyagé aux États-Unis au début de mars, est atteinte de la COVID-19. Elle aurait été en contact avec des patients à son retour, avant de commencer à présenter des symptômes, a annoncé la direction de l’hôpital cette semaine.

Chef des urgences de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Depuis jeudi, le chef des urgences de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont est en isolement, après avoir reçu un diagnostic positif de COVID-19, a appris Le Devoir. Le conseiller en communication du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Christian Merciari, ne peut « confirmer ou infirmer » cette information, mais reconnaît qu’un membre de l’équipe a contracté la COVID-19. « Il s’agit d’un premier cas parmi les équipes de notre établissement. Toutefois, sachant que nous offrons maintenant le service de dépistage aux membres du personnel, il faut s’attendre à ce que de nouveaux cas soient confirmés dans les prochains jours », a-t-il répondu par courriel.

Québec

La police intervient auprès d’une femme infectée

QUÉBEC — La police de Québec est intervenue vendredi à la demande des autorités sanitaires auprès d’une jeune femme infectée par la COVID-19 qui ne respectait pas les règles de confinement.

Les policiers étaient munis d’un mandat de la direction de la Santé publique (DSP) lors de l’intervention qui a eu lieu vers 14 h, dans le quartier Limoilou. La femme a collaboré. Elle a été conduite à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec.

« Le CIUSSS de la Capitale-Nationale confirme qu’une intervention a eu lieu [vendredi] afin de remettre un “ordre d’isolement et de respect des directives pour éviter toute contagion” à une personne atteinte par la COVID-19 », explique Vincent Lamontagne, porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

« Notre priorité ultime est la santé et la sécurité de tous, et nous utiliserons toutes les mesures requises et nécessaires mises à notre disposition afin d’assurer le respect des consignes en place. »

— Vincent Lamontagne, porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale, dans un communiqué

Une première 

La police de Québec a reconnu que ce type d’intervention était une première. « Il nous arrive de travailler en partenariat avec la santé publique quand par exemple une personne ne prend pas ses médicaments. Mais là, dans le contexte actuel, c’est une première pour nous », a expliqué une porte-parole du Service de police de la Ville de Québec, Sandra Dion.

Une photo publiée par Le Soleil montre les policiers intervenir munis de gants et de masques.

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