LES FABULEUSES AVENTURES D’AURORE

FABULEUSE DÉTECTIVE AUTISTE

Écrivain américain dont les livres se sont vendus à plus de 8 millions d’exemplaires, Douglas Kennedy propose un premier roman jeunesse. Les fabuleuses aventures d’Aurore met en scène une gamine autiste – comme Max, le fils de Douglas Kennedy. Illustré par Joann Sfar, connu notamment pour la série de bandes dessinées Le chat du rabbin, le roman permet de voir le monde avec les yeux d’Aurore. La Presse a joint l’auteur à New York, pour une entrevue en français.

D’où vous est venue l’idée de ce premier roman jeunesse ?

Mon avocat parisien, Stéphane Lieser – qui est aussi mon ami, même s’il est rare d’être ami avec son avocat, mais c’est un chic type ! –, m’a dit : « As-tu pensé à écrire un livre au sujet de l’autisme ? »

On est très proches, il connaît ma vie personnelle. Mon fils Max est autiste. Quand il avait 5 ans, il a fait une crise épileptique qui l’a laissé dans un état catatonique pendant trois mois. Après, j’ai créé une école pour lui chez nous, avec la méthode ABA pour les enfants autistes. Le résultat, 21 ans après cette crise : Max a terminé un master à l’Université de Londres, il est photographe. Il est autonome.

Mais naturellement, avoir un enfant handicapé, ça a changé ma vie. Complètement. C’est une des raisons pour lesquelles mon premier mariage a basculé, comme la plupart des mariages quand il y a un enfant autiste. À l’époque, j’ai dit à Stéphane : « Écoute, si j’écris quelque chose au sujet de Max ou d’un enfant autiste, ce sera un drame familial. » Et je ne suis pas quelqu’un qui écrit des romans à clés. Je ne fais pas d’autofiction.

Mais l’autisme est un sujet très important. C’est omniprésent dans ma vie. J’ai donc commencé à réfléchir. Peut-être que je pourrais essayer d’écrire quelque chose pour les enfants ?

Il est intéressant pour vous de prendre le point de vue d’un enfant ?

Quand j’avais 8 ans – je l’ai écrit dans mon livre philosophique Toutes ces grandes questions sans réponse –, j’ai commencé à observer le mariage de mes parents. C’était un mariage très raté, avec beaucoup de malheur.

Petit à petit, l’idée d’Aurore est arrivée : une enfant autiste, qui ne parle jamais, qui communique avec une tablette, mais qui est aussi très perspicace. Au milieu de problèmes d’ados et, surtout, de problèmes d’adultes.

J’ai écrit dans un de mes calepins : « Les enfants comprennent tout. » Je suis très proche de mes deux enfants. Max, 26 ans, qui vit à Londres et Amelia, 22 ans, qui va terminer un des grands conservatoires d’art dramatique aux États-Unis. Après le divorce, quand on a parlé un peu, j’ai vu qu’ils avaient compris beaucoup, beaucoup de choses. Même s’ils étaient jeunes. Ça a été le début d’Aurore.

Dans votre livre, les parents d’Aurore sont séparés, mais leur relation se passe somme toute assez bien ?

Ce n’est pas mon divorce, malheureusement, mais c’est un livre pour les enfants. Au début, j’ai décidé deux choses. 1) Je vais oser parler de beaucoup de problèmes très actuels, comme le racisme, le divorce, la question du poids pour beaucoup de femmes et de filles. 2) Je le fais avec la voix de quelqu’un de 11 ans. Si Aurore a 11 ans, c’est parce que c’est un moment précis de la vie, entre l’enfance et l’adolescence.

On peut croire qu’Aurore est naïve parce qu’elle est autiste. En fait, tous les enfants de 11 ans n’ont-ils pas ce regard naïf sur le monde ?

Oui, la plupart. Aurore est très perspicace. Elle voit les problèmes des autres et elle a une bonté immense. Elle voit par exemple que sa maman, même si elle est toujours optimiste, est maintenant avec un homme très ennuyeux, Pierre. Elle a des regrets, surtout parce que le papa est maintenant avec une femme plus jeune. C’est très classique [rires] ! Cette femme plus jeune veut un enfant, c’est aussi très classique. Quant à Lucie, la grande copine de la sœur d’Aurore, elle déteste le fait qu’elle est grosse, et à cause de cela, elle mange tout le temps. Ça aussi, c’est très classique…

Aurore a un superpouvoir, celui de lire les pensées des autres. En France, cela vous a été reproché par le Collectif pour la liberté d’expression des autistes. C’est une fantaisie de votre part, une liberté d’auteur ?

Oui, tout à fait. L’idée qu’Aurore a un pouvoir magique est très importante. Est-ce à cause de son autisme ou grâce à celui-ci ? Peut-être que c’est une métaphore pour son empathie élevée. Ou peut-être qu’elle a un pouvoir magique, pourquoi pas ?

En France, beaucoup de profs et d’étudiants m’ont dit : « Le sujet du livre, c’est vivre la différence. » Qu’est-ce que la normalité ? Est-ce qu’il y a une vie normale ? Je ne pense pas.

Je pense que la plupart des romanciers sont autistes ou Asperger [rires]. J’ai certains aspects Asperger, moi aussi. Je suis un peu obsessionnel, j’aime être seul – c’est aussi un aspect de mon métier – et franchement, vivre avec une histoire dans la tête tout le temps, pendant quelques mois… La plupart des artistes sont autistes ou Asperger. Je ne sais pas si vous êtes d’accord, mais c’est la vérité.

Les propos de Douglas Kennedy ont été édités en raison de l’espace limité.

UN VRAI SOLEIL, COMME SON PRÉNOM

Aurore a 11 ans. « Tu sais pourquoi tu ne sais pas écrire ? la nargue Dorothée, une peste. Parce que tu es une attardée. » En réalité, Aurore est « née avec un truc qu’on appelle l’autisme », explique-t-elle en écrivant sur sa tablette – son moyen de communication privilégié. Aurore a un don : celui d’entendre les pensées des gens. Cela fait d’elle une précieuse enquêtrice quand Lucie, une amie victime d’intimidation, disparaît. Charmant, ce roman – bonifié d’une centaine d’illustrations de Joann Sfar – donne envie de faire régner l’entraide et l’empathie. Ce n’est pas rien. 

Dès 9 ans. Deux autres tomes sont à venir.

Les fabuleuses aventures d’Aurore

Texte de Douglas Kennedy

Illustrations de Joann Sfar

Traduction de Catherine Nabokov

Éditions Pocket jeunesse

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