chronique

Prud’homme était l’homme de la situation

Le directeur intérimaire du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Martin Prud’homme, retournera donc à la Sûreté du Québec après un an à redresser le SPVM. C’est une mauvaise nouvelle.

Le SPVM, l’un des plus grands corps de police au Canada, a été sali et ébranlé par des scandales qui ont mené, il y a un an, à l’éjection de son directeur, Philippe Pichet.

Ce congédiement sans le nom faisait suite à une série de révélations sur les guerres de pouvoir intestines du SPVM, où les changements de régime à la tête du SPVM donnaient lieu à des intrigues de coulisses sanglantes dont les effets se faisaient ressentir pendant des années, voire des décennies.

On a aussi appris l’ampleur des saloperies qui avaient eu cours aux Affaires internes, une division sans gouvernail et sans éthique dont les agissements ont été analysés par Me Michel Bouchard, il y a un an. Ce qu’on lisait dans le rapport de Me Bouchard révélait que les enquêtes internes servaient à punir des policiers et à en protéger d’autres, au gré des loyautés du moment. Une honte.

Arriva alors Martin Prud’homme, appelé en renfort pour mettre de l’ordre au SPVM, qui vivait ses pires heures. En une année, il a fait un ménage à la haute direction, imposé des réformes nécessaires et rétabli quelque chose comme un climat sain dans la police de Montréal. Ce n’est pas rien.

J’étais de ceux qui espéraient que Martin Prud’homme verrait son mandat étiré à la tête du SPVM pour une raison bien simple : une année pour nettoyer une culture qui a mis des décennies à s’implanter – je parle de cette culture de concurrence entre cadres et leurs alliés désirant diriger le SPVM –, ce n’est tout simplement pas assez.

Je suis donc déçu de constater que ni la Ville de Montréal ni le gouvernement du Québec (qui, ultimement, nomme et dégomme le chef de la police de Montréal) n’ont réussi à créer les conditions nécessaires pour convaincre Martin Prud’homme de rester plus longtemps à la tête du SPVM…

Mais je suis rassuré de voir que la Ville a donné suite en temps record à une des recommandations du rapport de Martin Prud’homme : l’embauche de l’un de ses adjoints pour lui succéder. Sylvain Caron (ex-SQ) héritera du job. C’est une bonne nouvelle. Il poursuivra ce que Martin Prud’homme a commencé. Il connaît les dossiers.

Line Carbonneau (ex-GRC) aurait également été une excellente candidate. M. Caron et Mme Carbonneau ont été repêchés par M. Prud’homme à son arrivée au SPVM. M. Caron et Mme Carbonneau possèdent des CV impressionnants et les deux ont cette qualité essentielle, actuellement : ils ne sont pas issus des rangs du SPVM.

Choisir un ou une boss issu(e) du sérail du SPVM aurait créé les conditions pour reproduire ce qui a mis le SPVM dans le pétrin.

PARLONS DE L’ENQUÊTE ESCOUADE

Parlant de pétrin policier…

Hier, le policier David Chartrand a été libéré des accusations qui pesaient contre lui dans le cadre du Projet Escouade.

Escouade, c’est une enquête du sergent-détective Normand Borduas, des Affaires internes, lancée fin 2015. En juillet 2016, le chef Philippe Pichet a interrompu ses vacances pour annoncer l’arrestation de quatre policiers du SPVM dans le cadre du Projet Escouade. Deux ont fini par être accusés : Fayçal Djelidi et David Chartrand.

C’est dans le cadre du Projet Escouade, il y a deux ans, que l’histoire de la surveillance de journalistes de La Presse (Vincent Larouche et moi étions visés) éclatait. Après avoir lu les 24 déclarations sous serment rédigées par Normand Borduas dans le cadre de cette enquête, j’avais écrit dans La Presse que le policier avait fabulé et tourné les coins rond de façon spectaculaire au regard des faits, afin de convaincre des juges d’autoriser ma surveillance.

J’ai aussi énuméré en chronique comment le Projet Escouade est truffé d’invraisemblances et de coïncidences inexpliquées et inexplicables, qui sont en droite ligne avec les coups fourrés excavés des dossiers des Affaires internes, tels que révélés depuis 18 mois.

L’élargissement de David Chartrand, hier, me donne à penser que les fabulations du limier Normand Borduas ne concernaient pas seulement le volet espionnage des journalistes. Si le reste de son dossier avait été si solide, le procureur de la Couronne aurait décidé de foncer et d’aller chercher une condamnation ou une reconnaissance de culpabilité…

Ce n’est pas le cas : le procureur a retiré les accusations contre Chartrand.

Bref, le dossier Escouade a continué hier de se révéler tel qu’il est : du grand n’importe quoi gonflé à l’hélium.

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