Société

Gardez la forme, adoptez… l’intelligence artificielle

À quoi peut ressembler une journée normale, à l’ère de l’intelligence artificielle (IA) ? Probablement pas à ce que vous imaginez. En fait, peut-être vos journées sont-elles déjà (en partie) dictées par les algorithmes…

Ça commence dès la première heure. Quelques minutes avant, en fait, tandis que l’affichage de votre réveille-matin s’active doucement, passant progressivement de tons ocre et orangés à un jaune-blanc plus lumineux, reproduisant en accéléré les couleurs du soleil qui se lève. Puis celui-ci débite les principales actualités du jour. Politique locale, météo, état des routes vers le bureau… comme une station de radio personnalisée.

Sauf que ce n’est pas la radio. C’est la routine automatisée qu’intègre déjà l’Assistant Google dans son Home Hub et quelques téléphones de facture récente. Ça semble bien timide, comme intelligence artificielle, mais il faut bien commencer quelque part. Prochaine étape : vous proposer un petit-déjeuner et bâtir un menu adapté à vos besoins pour le reste de la journée.

L’art de la prédiction

Celle-là n’est pas de Google, par contre. C’est une création du spécialiste montréalais des repas prêts à cuisiner Goodfood, qui voit dans l’IA l’équivalent numérique d’un Ricardo capable de prédire vos goûts. À partir des commandes précédentes, ce chef virtuel passera en revue des centaines de recettes pour vous livrer d’avance celles qui vous plairont à tout coup, sans casse-tête. À terme, Goodfood pourrait même proposer des menus sur mesure en fonction d’autres facteurs, comme votre niveau d’activité physique au quotidien, par exemple.

« On se rend compte que le choix de recettes est parfois trop vaste, alors on a mis au point des algorithmes de prédiction des goûts, qui proposeront les bons repas en fonction de ce que les gens aiment déjà », explique Jonathan Ferrari, cofondateur de Goodfood.

Le mot-clé, ici, c’est « prédiction ». C’est le terme qui sort de la bouche de tout le monde en intelligence artificielle, ces jours-ci. Et ce n’est pas magique : c’est seulement qu’après quelques années à les mettre au point, les premières applications d’IA débarquent dans le quotidien des gens ces jours-ci.

Faire plus avec… plus

Un autre exemple ? Une fois avalé ce smoothie concocté selon vos goûts par de savants algorithmes, votre assistant numérique personnel prédit qu’en raison d’une circulation plus fluide qu’à la normale, vous n’aurez pas à quitter la maison avant encore 45 minutes, pour arriver au bureau à l’heure habituelle.

Ça vous laisse le temps de passer en revue toutes les factures empilées sur le coin de la table, afin de soumettre votre rapport de dépenses mensuel à la comptabilité plus tard dans la journée. Heureusement, il y a une application pour ça : il suffit de pointer la caméra de votre téléphone vers tous ces bouts de papier, et de la laisser faire tout le boulot. L’application « lit » vos reçus, en extrait l’information utile (montants, taxes, lieux, etc.) et produit un rapport détaillé et complet, prêt à être transmis.

Element AI, une autre boîte technologique montréalaise, a tous les outils pour créer un tel service. Le produit qui en résultera d’ici quelques mois s’adressera à des entreprises devant gérer beaucoup de paperasse. Mais de là à créer une appli grand public comme celle-là, il n’y a qu’un pas, qu’Element AI n’a pas encore décidé de franchir. « Mais ça démontre bien les avancées de la vision par ordinateur : notre IA peut interpréter ce que voit la caméra, ça permet de gagner beaucoup de temps », explique Simon Lemieux, le chercheur qui dirige le développement de ces outils chez Element AI.

C’est normal, docteur ?

La vision par ordinateur a vu le jour il y a une soixantaine d’années dans une université de la côte ouest américaine… mais prend réellement son envol en ce moment. En 2019, une IA peut déterminer d’un rapide coup d’œil que vos enfants, sur la photo qui sert d’écran d’accueil sur votre mobile, sont à la plage, en train de bâtir un château de sable.

De retour du boulot, votre médecin vous reçoit à sa clinique pour votre rendez-vous annuel. Il prendra un cliché de votre rétine oculaire et la soumettra à une autre IA, qui y verra bien plus que vos souvenirs de vacances : elle pourra déterminer en une seconde si vous êtes susceptible de contracter certaines maladies, comme l’alzheimer, ou s’il y a risque d’une éventuelle défaillance cardiaque.

« L’IA en médecine, c’est la promesse d’avoir le meilleur spécialiste du monde dans chaque clinique de la planète », résume Alexandre Le Bouthillier, cofondateur d’Imagia. La start-up du Mile-Ex, à Montréal, a mis au point une telle IA, qui débarque dans les hôpitaux en ce moment même. « Elle accélère le diagnostic, elle pointe vers le bon traitement, elle aide à prédire la réaction et la guérison du patient, bref, elle règle quatre problèmes en un. »

Ça ne demande que quelques minutes. Comme la plupart des autres applications d’intelligence artificielle, qui sortent enfin de la fiction pour devenir réalité. Vos journées ne seront plus jamais les mêmes !

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