Notre choix

Sublime réinvention

Pop

so sad so sexy

Lykke Li

RCA

4 étoiles

Lykke Li avait déclaré, à la sortie de son troisième album I Never Learn en 2014, avoir clos une trilogie qui marquait la fin de sa vingtaine. À 32 ans, Lykke Li vit aujourd’hui à Los Angeles. Elle a un garçon de 2 ans. Un cancer a emporté sa mère. Sous le signe du changement, elle a voulu s’ouvrir à la musique pop contemporaine américaine avec des machines à tubes. À commencer par l’homme avec qui elle a fondé une famille, Jeff Bhasker, qui est derrière de grands tubes pop des dernières années, dont Uptown Funk. Lykke Li a aussi travaillé avec T-Minus, Malay, Rostam et même Skrillex. En apprenant que Lykke Li avait embrassé des sonorités R&B et même trap, nous avons craint le pire pour l’artiste suédoise dont nous apprécions tant les mélodies de ses tubes Little Bit, I Follow Rivers et les power ballads à fleur de peau de son excellent album I Never Learn. Or, Lykke Li mène toujours la direction artistique de ses albums avec un grand raffinement. C’est ainsi qu’on a déjà écouté des centaines de fois (même avec obsession) l’extrait deep end et la chanson last piece. On apprécie même son duo avec le rappeur Aminé. Et elle nous fait encore le coup des ballades coup-de-poing avec better alone et bad woman. Si Lykke Li fait un certain virage musical, on retrouve la vulnérabilité, l’introspection et les tourments propres à l’auteure-compositrice-interprète. Sa musique se destine encore davantage aux soirées de mélancolie qu’aux pistes de danse hédonistes. Et l’album se termine sur une douce et magnifique note d’espoir avec la chanson utopia.

— Émilie Côté, La Presse

Critique

Extra d’Acadie

Hip-hop, R & B, dub, électro

Lagniappe

Arthur Comeau

Tide School

4 étoiles

Au début de sa vie publique, Arthur Comeau s’est imposé comme le beatmaker le plus visionnaire de Radio Radio. Par la suite, il a contribué à constituer les bases 2.0 du très doué Pierre Kwenders et… on ne connaît que très peu sa production solo amorcée il y a quatre ans, allez savoir pourquoi. Il vous faut écouter ses trois albums : 3/4, paru en 2014, Prospare, en 2015, et Lagniappe, sorti dans l’ombre en juillet 2017 – et dont il est ici question puisque connu par une poignée de fans et que son concepteur se produit aux Francos mercredi à 23 h, sur la scène Desjardins. Voilà trois enregistrements essentiels de la culture acadienne d’aujourd’hui. Interprétées en chiac, français profondément modifié par un parcours chaotique sur ce continent because la domination anglo-américaine, ces propositions rap/chanson signées Arthur Comeau n’ont aucun équivalent. Ces mots baignent dans un environnement sonore (numérique, analogique, électronique ou instrumental) absolument unique, il faut en reconnaître l’inventivité et la vision et affirmer sans ambages que son concepteur se distingue totalement dans l’archipel acadien. Au fait, un lagniappe, terme d’origine quechua et adapté en Louisiane française, est un petit cadeau donné à un client par un commerçant qui vient de vendre un produit. Marché conclu !

— Alain Brunet, La Presse

Critique

Presque intact après la (très longue) pause

Rock

La nuit juste après le déluge

WD-40

Productions Papa Richard

Trois étoiles et demie

Très prisé dans l’underground montréalais au cours des années 90, le groupe rock WD-40 nous avait menés « aux frontières de l’asphalte », et s’est retiré dans ses terres jusqu’à l’an dernier. À l’évidence, l’appel de la création fut irrésistible pour le frontman Alex Jones (chant, textes, basse, harmonica), ses acolytes Jean-Loup Lebrun (guitares) et Hugo Lachance (batterie et percussions), auxquels s’est joint Pat Mainville (guitares et lapsteel) sur quelques pistes. Mâtiné de rock’a’billy, de blues ou de folk americana, le rock garage de WD-40 ressemble ici à ce qu’il fut à sa grande époque, pour ne pas dire qu’il est resté au même point. Ce qui est un peu normal… forcément, un groupe reprend là où il a laissé, dérouille l’engin et le châssis, en lubrifie les roues et la suspension et reprend la route – comprenant une escale aux Francos, avant-hier. Encore maintenant, donc, on aime cet alliage de rock et de mots ; encore aujourd’hui, WD-40 porte des textes francophones d’un niveau supérieur à la moyenne québécoise. Comme c’était le cas il y a deux décennies, la poésie chansonnière d’Alex Jones fait toute la différence entre un groupe honnête constitué de valeureux mécanos et un véhicule rock dont on savoure le verbe à travers l’expression rock.

— Alain Brunet, La Presse

Critique

Rareté de chanson rock franco

Rock indé

Loïc April

Loïc April

Bonsound

Trois étoiles et demie

En Amérique francophone, il s’enregistre vraiment trop peu de chansons rock de ce type avec des titres comme ceux-ci : Fleurs de violence, Le Silex qui aimait trop le froid, Fais de ma tête ton jouet, Mes ruines sur tes décombres… On débusque peu de paroliers assez lettrés et poétiquement allumés pour écrire des textes de ce niveau et, par voie de conséquence, capables de contribuer à renverser cette tendance aux productions génériques applaudies avec cinq à dix ans de retard sur l’actualité internationale. Nous en sommes encore là dans notre réalité de minorité continentale et découvrons fort heureusement Loïc April, nouvel artiste chez Bonsound, dont l’opus de huit titres est sorti il y a quelques semaines et dont la matière a été présentée au premier soir des Francos. On aime cette attitude rock, on aime ces guitares de Loïc et Denis-Paul Mazerolle, on aime ce beat costaud, on aime cette propension à la saturation, on aime ces choix harmoniques, on aime ces accroches et ces ponts. On peut aussi émettre des réserves sur les inflexions pleurnichardes du chanteur, mais on peut convenir qu’il s’agit là d’un effet de style. Et on attend la suite.

— Alain Brunet, La Presse

Critique

L’herbier des frères Chiasson

Garage, punk, psyché, yé-yé

Mon herbier du monde entier

Ponctuation

Bonsound

Trois étoiles et demie

Mon herbier du monde entier n’est pas exactement celui du frère Marie-Victorin, mais plutôt celui des frères Chiasson. Les plantes médicinales, voire hallucinogènes, ont été répertoriées à Québec-ville et à Montréal par Guillaume et Maxime, chercheurs de pop culture et férus d’histoire en musique populaire. Les fragrances ici exhalées rappellent les années 60 et 70 et exhibent un florilège de styles éprouvés, du yé-yé au garage punk en passant par le psychédélique. L’univers ici exploré est assurément classique, sorte d’épitomé conçu et exécuté avec la rigueur des esthètes authentiques. Depuis ses débuts, il faut dire que Ponctuation a eu cette propension historienne du rock, cet album en est un point culminant. Le jeu, le choix des instruments, les sonorités, le mix enfin tous les éléments ici mis en place concourent à produire une synthèse néanmoins artistique. Il y a toujours moyen d’ajouter son fion aux époques antérieures, même si l’exercice consiste à en reproduire les traits et les pratiques. Classicisme, quand tu nous tiens…

— Alain Brunet, La Presse

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